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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Le chemin du rire, 1881· I Daniele

II. Le Tabouret

Paul Marrot· 32 vers

Dans le boudoir, fermé par le rideau qui traîne,Où l’ombre livre au jour de mystiques combats,A vos pieds, je m’assieds quelquefois, ô ma reine !A la façon des Nains, sur un tabouret bas.

Là, pendant que vos doigts distraits font une étudeDe coiffure nouvelle, entrevue hier au bois,Pensif, dans la candeur de ma béatitude,Les mains jointes, les yeux sur vous, l’âme aux abois,

Le cœur comme cousu dans le linceul du songe,Je poursuis, aux lueurs tremblantes de vos yeux,Une adoration lente qui se prolongeDans un énervement doux et voluptueux.

Alors, quand ma ferveur vous met trop mal à l’aise,Quand vous trouvez avoir permis trop d’abandonA mon regard, si lourd d’extase qu’il vous pèse,Vous me dites, en vous penchant « Lève-toi donc !

Et puis, vous prétextez le désir d’une choseQui me force à quitter mon cher poste à vos pieds :« Petit, apporte-moi ce flacon, cette rose ;« Les vers que tu me fis sont-ils tous copiés ?

« Va me chercher l’album, ce livre qui console« Par un mot, d’un amour que la pudeur céla,« Vois donc si mon coffret n’est pas sur la console,« Petit, va me chercher ceci, porte cela. »

Ma reine, si je reste à votre ordre insensible,Si pour vous obéir je ne fais point un pas,N’armez point de fureurs votre beau front paisible,Ne me condamnez point et ne m’en veuillez pas ;

Car je ne sais quel trouble inexprimable et tendreÉclos dans votre cœur vient envahir le mien ;Votre main tremble tant que je ne puis rien prendre,Vos yeux sont si troublés que je n’y vois plus rien.

32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le chemin du rire, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1881· numérisation gallica.bnf.fr· Sources