Le chemin du rire, 1881· III Les loi des choses
XXVII. Postérité
Un épileptique et sa dameSont au lit, mais ne dorment point ;Des frissons courent sur la trameQui dessine leur embonpoint.« Non, mon ami, tu t’assassines ;Tu sais. le docteur le défend. »
Vive l’amour sous les courtines.Un enfant !
L’usurier a dit à l’aïeule :« Je suis le dieu des indigents,Amenez la petite, seule. »L’homme débourse ses argents.Et la petite se renverseDans ses bras, en se dégraffant.
Vivent l’amour et le commerce.Un enfant !
La femme n’a rien dans le ventre,Le mari se saoule ;voiciIl dit à sa femelle : « Ici. »Une heure du matin, il rentre ;Elle fuit ; il la prend, la presseEt sa maigre robe se fend.
Vive l’amour pendant l’ivresse.Un enfant !
Et de la chambre froide et nueAux boudoirs, dans l’obscuritéImmense, Paris continueCe travail de postérité.Ah ! germez, naissez, pauvre graine,Âme de fille ou de gamin…
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le chemin du rire, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1881· numérisation gallica.bnf.fr· Sources