Le chemin du rire, 1881· IV Les paradis ironiques· Les Paradis fantaisistes
I. Sonnet
MES aïeules ont cru pendant des mille annéesQue l’âme, étant divine, avait des destinées ;C’est pourquoi, dégoûté d’un monde bestial,Parfois, j’ai des rappels vers un blanc idéal.
Mes aïeux ont compris après des mille annéesQu’on les trompait par des chimères surannées,Que les sermons étaient des farces ; c’est pourquoiJ’ai senti l’ironie éclore et rire en moi.
La vieille illusion, en ma cervelle, alterneSes airs avec les airs de la raison moderne,Et le tout s’entremêle en étrange opéra.
Le doute est ondoyant et fait de poésie ;Dans les champs où le blé des forts un jour croîtra,Je te cueille, herbe folle, ô fleur de fantaisie !
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le chemin du rire, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1881· numérisation gallica.bnf.fr· Sources