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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Parfums, chants et couleurs, 1878· Parfums chants et couleurs

Août

ÉTUDE RUSTIQUE

Gustave Mathieu· 138 vers

L’ombre des ailes du moulinLà-haut ! là-haut, sur la bruyère,S’arrête court dès le matin ;Voici descendre la meunière,Des pentes vertes du ravin.Elle a passé tout empressée,Laissant les buissons du chemin,Rose et plus blanche que le linDe sa cornette retroussée.C’est dimanche au clocher voisin.

I

En bas, sous l’orme, près l’église,Filles, garçons, frappant le sol,Dans l’ombre du grand parasol,Vont tournoyant comme la bise.

II

Un gros flûteur enluminé,Aussi joufflu que sa musette,S’agite comme un vrai damné,Du pied tourmentant la banquette,Dans le creux du vieux tronc miné ;Et la colline labourée,Et la cure, et le grand château,Et la grange, et le ciel et l’eauSemblent tourner dans la bourréeQui ronfle sous le vieil ormeau.

Chœur

Le coquelicot dans les blés scintille,Mais sa pourpre luit d’un éclat moins pur,Et l’on voit pâlir, au soleil qui brille,Des bluets penchés le regard d’azur.La moisson jaunie attend la faucille.Le grain plus joufflu du raisin moins durSous le pampre vert déjà se colore :Aux coteaux pierreux, pour mieux l’attendrir,N’a-t-il pas pour lui les pleurs de l’aurore ?Les derniers soleils le feront mûrir.

Pour la danse et pour la grand’messe,Débouchant du creux du vallon,Petits et grands, chacun s’empresseDans les hauteurs de la moisson.Le soleil monte à l’horizon ;Dans l’infini du pâturage,Ormeaux et chênes isolésVont raccourcissant leur ombrageSur tous les troupeaux assemblés.

Dans la rivière serpentine,Les bouleaux se doublent tremblants,Et dans l’azur de la collineFlottent tantôt verts, tantôt blancs.Près de sa cavale rebelle,L’étalon se dresse hennissant ;Au flot qui là-bas étincelleLes bœufs plongent leur col puissant,Le relèvent en mugissant,Et l’eau de leurs naseaux ruisselle.

Du fond du val et des sillons,Cigales, grenouilles, grillons,De leur plus douce mélodieÉveillent la brise engourdie.Les oiseaux ont quitté les nids ;J’entends rappeler la perdrix.

Chœur

Le coquelicot dans les blés scintille,Mais sa pourpre luit d’un éclat moins pur,Et l’on voit pâlir, au soleil qui brille,Des bluets penchés le regard d’azur.La moisson jaunie attend la faucille.Le grain plus joufflu du raisin moins durSous le pampre vert déjà se colore :Aux côteaux pierreux, pour mieux l’attendrir,N’a-t-il pas pour lui les pleurs de l’aurore ?Les derniers soleils le feront mûrir.

L’alouette chante, perdueEntre les épis et la nue ;Des vertes pentes descendue,La meunière a passé dessous,Franchissant, la jambe tendue,Églantiers, aubépins et houx.Tout à coup la belle épeuréeBondit et s’arrête soudain,Se voyant barrer le cheminPar une génisse égarée :C’était la vache au vieux Colas,De blanc et de noir habillée,Œil véron, corne tortillée,Dont l’une est en l’air, l’autre en bas.

Passe ! passe ! belle meunière,Non, ce n’est pas ton amoureux ;Car tout là-bas, dans la clairière,Il te guette, et bientôt, tous deux,Tous deux, sous l’orme, près l’église,La jambe en l’air, frappant le sol,Vous tournerez comme la biseDans l’ombre du grand parasol.

Chœur

Le coquelicot dans les blés scintille,Mais sa pourpre luit d’un éclat moins pur,Et l’on voit pâlir, au soleil qui brille,Des bluets penchés le regard d’azur.La moisson jaunie attend la faucille.

Il est onze heures du matin,Hâtons-nous ! l’église remplie,Par son portail, sur le cheminRejette la foule qui prie :Les femmes sur leurs deux genoux,Hommes debout, la tête nue,Attendant pour s’incliner tousQue Jésus remonte à la nue.

La messe est dite ! Les plus vieuxVont s’attabler à la guinguette,Et les jeunes tournent entre euxAux sons perçants de la musetteQui domine les bêlements,Les cris des enfants et des vieilles,Les chants de coq, les aboîments,Le choc des brocs et des bouteilles,

Toujours, sous l’orme, près l’église,Filles, garçons, frappant le sol,Vont tournoyant comme la biseDans l’ombre du grand parasol.

Par le bleu du ciel appauvrie,La lune poursuit le soleil,Et sa blanche corne amoindrieFinira ce jour sans pareil.Déjà, dans l’onde qui se teinteDes couleurs du couchant vermeil,On voit passer sa forme éteinte :La nuit se fait, l’angélus tinte.

La chandelle du cabaretVient de s’éteindre la dernière.Le flûteur, ivre de clairet,Serpentant comme une rivière ;S’en va du val à la forêt ;Le son joyeux de sa musetteTout avec lui monte et descend,Tantôt se perd, tantôt reprend,Puis meurt comme un chant d’alouetteDans les plaines du firmament.

Là-bas, sous l’orme, près l’église,Filles, garçons, ont pris leur vol,Et l’ombre du grand parasolParle tout bas avec la brise.

138 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Parfums, chants et couleurs, Paris, G. CHARPENTIER, ÉDITEUR, 1878· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources