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un seul est le mot juste.

Parfums, chants et couleurs, 1878· Parfums chants et couleurs

Le premier mai

Gustave Mathieu· 96 vers

Chantez, oiseaux ; dansez, collines ;Il va venir, le bien-aimé,Dans les lilas, les aubépines ;Il est venu, le premier mai.Sur les prés verts, les fleurs mi-closesJaillissent naturellement,Sous la trace de ses pieds roses,Comme étoiles au firmament.

Cloches et coqs font leur tapageDans le matin limpide et gai ;Éveillez-vous, gens du village !Il est venu, le premier mai.

Là-bas, dans l’or sur la montagne,Le soleil monte au ciel tout bleu,Enflammant la blanche campagne ;Les aubépins sont tout en feu ;La forêt chante, et l’hirondelleVient et revient ; on danseraAu cabaret, sous la tonnelle,A la bonne dame on boira,

Cloches et coqs font leur tapageDans le matin limpide et gai ;Éveillez-vous, gens du village !Il est venu, le premier mai.

Allons, les femmes, les fillettes,Tirez le lin de vos tiroirs,Ajustez vos blanches cornettes,L’œil de côté dans les miroirs,Déjà sous l’orme la musetteFredonne ses refrains nouveaux,Et l’écho lointain les répèteAux bois, aux vallons, aux coteaux,

Cloches et coqs font leur tapageDans le matin limpide et gai ;Éveillez-vous, gens du village !Il est venu, le premier mai.

Mais l’église trop pleine éclateDe chants, de rayons, de vermeil ;Dans la dentelle et l’écarlateLe pasteur luit comme un soleil.Chacun se signe à l’eau bénite,L’encens répand ses bons parfums ;Puis, l’on s’en va, la messe est ditePour les vivants et les défunts !

Toutes les cloches font tapageSous le ciel bleu, limpide et gai ;Dansez, buvez, gens du village !Il est venu, le premier mai.

La danse a repris de plus belle,On tourne, on tourne sous l’ormeau ;Au cabaret on se querelle,Tout en buvant le vin nouveau.Mais voici que par la fenêtreLe braconnier, rouge, fâché,Fait passer le garde champêtre,

Le nez en sang et l’ail poché !Cloches, musettes, font tapageSous le ciel bleu, limpide et gai ;Dansez, buvez, gens du village !Il est venu, le premier mai.

Avec l’écharpe tricoloreMonsieur le maire est arrivé,Le braconnier, qui court encore,A travers champs s’est esquivé.On crie, on chante, on verbalise,Et, quand chacun a bien juré,Le blessé retourne à l’égliseChanter vêpre avec le curé.

Cloches, musettes, font tapageSous le ciel bleu, limpide et gai ;Dansez, buvez, gens du village !Il est venu, le premier mai.

Sur le pré, l’étang, la colline,Les grands arbres vont s’allongeant,Et le soleil tombe et déclineDans les pourpres du ciel changeant.Tout comme une pâle étincelle,L’étoile du soir apparaît :Voici s’allumer avec elleLa chandelle du cabaret.

L’Angélus tinte et fait tapageDans l’air du soir plus embaumé ;Rentrez chez vous, gens du village !Il est passé, le premier mai.

Les sons perdus de la musetteS’en vont mourir au fond des bois,Avec le cri de la chouette,Comme un souvenir d’autrefois.La terre tourne et nous apporteEt le soleil et les amours ;La terre en tournant les emporte,Emparons-nous des plus beaux jours !

La lune a glissé du feuillageDans l’air du soir plus embaumé ;Endormez-vous, gens du village !Il est passé, le premier mai.

96 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Parfums, chants et couleurs, Paris, G. CHARPENTIER, ÉDITEUR, 1878· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources