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un seul est le mot juste.

Parfums, chants et couleurs, 1878· Parfums chants et couleurs

Chant gaulois

Gustave Mathieu· 88 vers

Le glaive brisera le glaive
Et du combat naîtra l’amour.P. DUPONT.
Quidquid delirant reges, plectuntur Achivi.

I

L’Italie a frappé les airsD’un appel en sa délivrance :Des quatre coins de l’universLes échos ont répondu : France !…Sur tous les champs italiens,Aux cris des libres et des braves,On va voir les nouveaux anciens :La France a lâché ses zouaves !…

La poudre a parlé, les clairons au ventSonnent la charge et la victoire ;La baïonnette a soif… elle demande à boire.En avant ! en avant ! zouaves, en avant !

II

Ils s’en vont l’arme à volonté,Le rire en barbe, et haut la tête,Cou nu, bonnet sur le côté,Comme des coqs à rouge crête…En les voyant passer on sentQu’ils n’ont pas peur de teindre l’herbeDe la belle couleur du sang,Ces prompts soldats au front superbe.

III

Avec leurs amis les chasseurs,Les dragons, les grenadiers graves,Clairs cuirassiers, fiers artilleurs,Et les zéphyrs, et tous les braves ;Ils marchent pour la liberté,Le bon droit et la République,La justice et la vérité…Allons ! debout, masse électrique !

La poudre a parlé, les clairons au ventSonnent la charge et la victoire ;La baïonnette a soif.,. elle demande à boire.En avant ! en avant ! zouaves, en avant !

IV

Comme un champ de rouges pavots,Qui se meut à travers l’armée,Ils vont, sous leurs flottants drapeaux,Dans le feu, le sang, la fumée.Tout se nivelle devant eux,Ils sont là tout comme à la fête,Avec des élans furieux,Pour saisir l’aigle à double tête.

La poudre a parlé, les clairons au ventSonnent la charge et la victoire ;La baïonnette a soif… elle demande à boire.En avant ! en avant ! zouaves, en avant !

V

Marchant sur le canon brutal,Ils se traînent le ventre à terre,Avec des ruses de chacalEt des mouvements de panthère ;Puis, dans la poudre et les lueurs,Comme fantômes dans un rêve,Bondissent sur les mitrailleurs,Rapides comme un coup de glaive.

VI

Mitraillés, fusillés, sabrés,A travers la cavalerie,Les caissons, les chevaux cabrés,Ils forcent sur l’artillerie.Tous les canons sont encloués,Et dans la flamme et la mitraille,On voit leurs étendards trouésReluire au fort de la bataille.

VII

Tels ces fiers Gaulois chevelus,Vrais lions du pays des chênes,Qui jadis s’élançaient tout nusAu cœur des légions romaines,Ils vont droit leur rouge chemin ;Et quand le fer est las de boire,A coup de crosse et haut la mainIls brutalisent la victoire…

La poudre a parlé, les clairons au ventSonnent la charge et la victoire ;La baïonnette a soif… elle demande à boire.En avant ! en avant ! zouaves, en avant !

VIII

Allez-y, terribles enfants,Petits bien chaussés, soyez dignes,Mourez, ou rentrez triomphants ;Mais ne saccagez pas les vignes…Il faut laisser aux vrais buveursQui n’ont pas perdu l’espéranceEt la foi dans les temps meilleurs,De quoi boire à leur délivrance.

IX

Unissez-vous tous à jamais,Peuples de France et d’Italie !Puisqu’il faut des rois trouble-paixDe son sang payer la folie,Marchez une dernière foisPour en finir avec la guerre.A vous, Francs, Romains et Gaulois,L’honneur de délivrer la terre !

88 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Parfums, chants et couleurs, Paris, G. CHARPENTIER, ÉDITEUR, 1878· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources