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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Parfums, chants et couleurs, 1878· Parfums chants et couleurs

Jean raisin

CHANSON 1849

Gustave Mathieu· 68 vers

I

Dans une vieille écorce griseJean Raisin a passé l’hiver,Il est en fleurs, le voilà vert ;Jean Raisin ne craint plus la bise !…Il est joufflu, blanc et vermeil,Le voilà vin ; toute sa forceRuisselant de sa fine écorceS’échappe en rayons de soleil.

Chœur

Au nom de la machine ronde,De l’eau coulant pour tout le monde !..Place ! place ! pour Jean Raisin,Le Jean Raisin devenu vin !Laissez-donc passer Jean RaisinAvec son vieil ami le pain !

II

Enfant chéri des hautes cimes,Sous l’œil de Dieu libre jadis,Il s’en allait par tous paysBravant la gabelle et les dîmes.En ce temps-là, soir et matin,Parmi les brocs et les bouteilles,Le peuple chantait les merveillesEt les vertus de Jean Raisin.

III

Couronné de pampre et de roses,Joyeux, loyal, jamais menteur,A bon marché ce franc parleurÉclairait tous les fronts moroses.Les rois un jour l’ont arrêtéEt l’ont chargé de mille entraves,De gabelous, de rats de caves,Puis les voleurs l’ont frelaté.

IV

Inspiré par Dieu notre père,De Février le parlementUn jour décréta sagementQu’on lâcherait le gai compère.Ce jour-là, sur des airs nouveaux,Le peuple chanta les bouteilles,Les vins vieux, la vigne et les treilles,La République et les tonneaux.

V

Mais voici bien une autre affaire,Survient un second parlementQui, raisonnant différemment,Vient d’empoigner le pauvre hère.On garrotera le reclus,On le liera pour qu’il ne bouge,On l’accusera d’être rouge ;Le peuple ne chantera plus.

VI

Toute la nature enchaînéePleure et gémit sur tous les tons,L’air n’a son droit dans nos maisonsQu’en passant par la cheminée.On ferait mieux, j’y pense enfin,D’arrêter les bois de teintureEt le poison qui dénatureL’âme et le sang de Jean Raisin.

VII

Allons, frelateurs escogriffes,Apportez les clous et le bois,Mettez Jean Raisin sur la croix,Le diable s’en lave les griffes…Mais par l’amour et l’union,Comme le fils de Dieu le père,Jean Raisin reviendra, j’espère,Pour la grande communion.

Chœur

Au nom de la machine ronde,De l’eau coulant pour tout le monde !…Place ! place ! pour Jean Raisin,Le Jean Raisin devenu vin !Laissez donc passer Jean RaisinAvec son vieil ami le pain !

68 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Parfums, chants et couleurs, Paris, G. CHARPENTIER, ÉDITEUR, 1878· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources