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un seul est le mot juste.

Parfums, chants et couleurs, 1878· Parfums chants et couleurs

La vendange

Gustave Mathieu· 84 vers

Plenis spumat vindemia labris.(Virg.)

Aux pays que le pampre dore,La vendange débordera,Le grenier sous le grain ploîra.Chantons la vendange et l’aurore !

I

J’ai rêvé qu’au vieux firmament,Les comètes ensorcelées,Ivres-mortes, cheveux au vent,Dansaient des courbes étoilées.Et j’ai vu sous les pieds de Dieu,Pour nos pressoirs et pour nos granges,Épis dorés, rouges vendanges,Ruisseler de leurs flancs de feu.Aux pays que le pampre dore,La vendange débordera,Le grenier sous le grain ploîra.Chantons la vendange et l’aurore !

II

Plus incliné vers l’horizon,Le soleil a perdu sa force ;La vigne en sa mâle saisonMontre son fruit et son écorce.Vive le vin, l’air et le feu !Qu’on apporte les tonneaux vides,Pour serrer les rayons liquidesDe l’astre qui nous dit adieu !

III

Dans ton caveau, dans ton cellier,Dès l’heure où le ciel se colore,Le bras levé, franc tonnelier,Fais tonner ton tonneau sonore !Et vous, par les champs et les prés,Des hameaux et des grandes villes,Accourez, vendangeurs agiles,Pour cueillir les raisins pourprés !Aux pays que le pampre dore,La vendange débordera,Le grenier sous le grain ploîra.Chantons la vendange et l’aurore !

IV

Le ciel a comblé nos sillons,Et, si l’épi jaunit la grange,Le raisin rougit les poinçons ;Après la moisson, la vendange.Des pieds, des mains, jusques aux flancs,Gens du pressoir, foulez la grappe ;Coupeurs, coupez, que rien n’échappe ;Coupez raisins, rouges et blancs !

V

Tout fuit aux cris des vendangeurs :Là, c’est un lièvre qui se lève ;Puis, comme un vent sur les hauteurs,La bartavelle qui s’enlève.Plus loin, des bras d’un franc vaurienUne grosse fille s’échappe ;Elle s’enfuit pour qu’il l’attrapeAux buissons qu’elle connaît bien.

VI

Allons ! partons ! tout est fini.Le soleil, plus mélancolique,Sur les sommets du bois jauniS’en va posant son œil oblique.Les vaches vont la tête au vent :On les voit se pendant aux branches.Passer rousses, noires et blanches.Le pâtre chante en les suivant.

Aux pays que le pampre dore,La vendange débordera,Le grenier sous le grain ploîra.Chantons la vendange et l’aurore !

VII

Ils sont partis par les grands bois,Chacun lutinant sa chacune,Petits et grands, tous à la fois,S’en vont roulant au clair de lune ;Et pour sauver ses blancs tétins,En luttant, plus d’une JeannetteLaissera tomber sa cornette,Et son honneur, et ses raisins,

VIII

Vendangeurs, la cuve a chanté,Et, cuit à point, le vin ruisselle.Buvez, mangez en liberté.Dressons la table universelle.J’aperçois là-bas Jean RaisinDebout. Dans l’éclat de l’aurore,Il chante d’une voix sonore,Avec son vieil ami le Pain.

Aux pays que le pampre dore,La vendange débordera ;Le grenier sous le grain ploîra,Chantons la vendange et l’aurore.

84 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Parfums, chants et couleurs, Paris, G. CHARPENTIER, ÉDITEUR, 1878· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources