Parfums, chants et couleurs, 1878· Parfums chants et couleurs
Une petite lâcheté
Poète fort léger et d’argent et de gloire,Fier bourgeois, sans pignon sur rue et vivant mal,N’étant pas rédacteur en chef d’un grand journal,Je viens, me sentant pris de la fureur de boireLe cidre havrais qui purge et le grand air marin,Je viens, vous connaissant la main prompte au service,Et me voici, pareil au publiciste Havin,Aux dieux du Morning-Post ou du Foreign-Office,Vous demandant, monsieur, et d’avance merci,Un bon laisser-passer pour m’envoler d’ici.
Salut ! Répondez-moi, je perche dans la rueHoudon, numéro trois, à Montmartre, où j’ai vueSur tous les horizons, dévorant des deux yeuxLe sillage enfumé de la locomotive,Trouant les monts, sautant de l’une à l’autre rive,Hennissante et fuyant par-delà les monts bleus,Plus prompte que le vent, l’aigle et le blanc nuageQui passe sur l’azur sans payer son passage.
18 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Parfums, chants et couleurs, Paris, G. CHARPENTIER, ÉDITEUR, 1878· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources