Parfums, chants et couleurs, 1878· Parfums chants et couleurs
Le grand trois-ponts
Le grand trois-ponts met à la voile,La brigantine a fassayé ;L’ancre est à pic, largue la toile,Borde les focs, tout est payé,Vent à l’arrière,Adieu la terre ;Les hôteliers se souviendrontDes matelots du grand trois-ponts !
Toutes les filles sur la plage,Les bras tendus, l’ail vers les cieux,Des pleurs inondant leur visage,Agitent leurs derniers adieux !Vent à l’arrière,Adieu la terre ;Oui, les filles se souviendrontDes matelots du grand trois-ponts !
L’escadre vogue allant en guerre,Sabords levés, canons aux flancs,Les pavillons flottant derrière ;Nos ennemis ne sont pas blancs.Vent à l’arrière,Adieu la terre ;Les ennemis se souviendrontDes matelots du grand trois-ponts !
Notre amiral est rude à cuire,Et se fera couler, dit-on,Au fin fond du liquide empire,Plutôt qu’amener pavillon.Vent à l’arrière,Adieu la terre ;Les flots béants se souviendrontDes matelots du grand trois-ponts !
Le Vengeur, sous la République,Dans la fumée et les débris,Fit un grand trou dans l’Atlantique,Mais les Anglais ne l’ont pas pris.Vent à l’arrière,Adieu la terre ;Les flots fermés se souviendrontDes matelots du grand trois-ponts !
Les livres diront notre histoire,On en fera de grands tableaux,Et l’amiral aura la gloireDe s’être enfoncé sous les eaux.Vent à l’arrière,Adieu la terre ;Les flots tout seuls se souviendrontDes matelots du grand trois-ponts !
48 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Parfums, chants et couleurs, Paris, G. CHARPENTIER, ÉDITEUR, 1878· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources