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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Parfums, chants et couleurs, 1878· Parfums chants et couleurs

Le peuple chasse

Gustave Mathieu· 97 vers

Dies iræ, dies illa.

I

Sur les hauteurs et sur l’étang,Sur les bois, sur la mer immense,Le soleil plus large s’avanceCouleur de sang…C’est aujourd’hui la grande chasse,Peuples, accourez tous,Peuples, entendez-vousCe fin bruit de cuivre qui passe ?C’est la fanfare du réveilQui sonne le dernier soleilDes tyrans et des maîtres,Des menteurs et des traîtres.

Fanfare

Taïaut ! taïaut ! le peuple chasseA coups de pieux, à coups de faux,Renversant comme un vent qui passeLes abus et les échafauds.Taïaut ! taïaut ! le peuple chasse.

II

Allons ! debout ! n’attendons pas.Roulez des monts et des collines,Armes au poing, nus de poitrinesEt nus de bras :Le jour est clair, la brise est belle,Nous pendrons des voleursDe toutes les couleurs.Gens de justice et de gabelle,Bancocrates, usuriers,Qui mangeraient les ouvriers,Les moissons et la terre,Si nous les laissions faire.

Refrain

Taïaut ! taïaut ! le peuple chasseA coups de pieux, à coups de faux,Renversant comme un vent qui passeLes abus et les échafauds.Taïaut ! taïaut ! le peuple chasse.

III

Entrez ! Fouillez dans la maison.Les mulets, les ânes, les zèbres,Chevaux de rien, chevaux célèbres,Tout sera bon…Les gens de bourse sont en fuite :Sous leurs bras les ventrusEmportent les écus,Plus ils s’en vont, plus ils vont vite,Ainsi que chevaux emportés,Et l’on ne voit de tous côtésQue dos et que semellesFaisant des étincelles.

Fanfare

Taïaut ! taïaut ! le peuple chasseA coup de pieux, à coups de faux,Renversant comme un vent qui passeLes abus et les échafauds.Taïaut ! taïaut ! le peuple chasse.

IV

Sur une mule au regard vif,Coiffé, mitré comme un satrape,Voici venir un fameux papeEn or massif…Gens noirs, violets, gens écarlates,Dans un petit vent fraisLe suivent de très-près.La cohorte à mines béatesMet en fuite tous les troupeaux,N’étaient les bœufs et les taureauxRoulant, des vertes pentes,Les cornes menaçantes.

Fanfare

Taïaut ! taïaut ! le peuple chasseA coups de pieux, à coups de faux,Renversant comme un vent qui passeLes abus et les échafauds.Taïaut ! taïaut ! le peuple chasse.

V

Dans la forêt, là-bas ! au nord,Les vieux tyrans ont pris la fuite,Traînant leurs petits à leur suite…Près d’eux la mort,Faux à la main, conduit en rondeFusillés et pendus,Poussant des cris aigus,Qui semblent dire à tout le monde :N’épargnez pas vos ennemis,Quand dessous vous les aurez mis.Ils iront chez les ombresChanter des nuits plus sombres.

VI

Si la nuit qui fait le sommeilVenait entraver sa colère,Le peuple arrêterait la terre…Ou le soleil !…Car les bergers ont vu l’étoile ;Et bâton dans la mainNe doutant du chemin,Ils vont sans boussole et sans voile,Les pieds sanglants et demi-nus,Réveiller les dieux inconnus…Les dieux des frais ombrages,Et des cieux sans nuages.

Fanfare

Taïaut ! taïaut ! le peuple chasseA coups de pieux, à coups de faux,Renversant comme un vent qui passeLes abus et les échafauds.Taïaut ! taïaut, le peuple chasse.

97 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Parfums, chants et couleurs, Paris, G. CHARPENTIER, ÉDITEUR, 1878· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources