Parfums, chants et couleurs, 1878· Parfums chants et couleurs
Liberté, égalité, fraternité
1852
Prologue
On gratte au front des édificesLes noms sacrés de Liberté,Sans oublier ses deux complicesÉgalité, Fraternité !La pauvre France désarméeAssiste, la rougeur au front,Aux saturnales d’une arméeLui crachant ce suprême affront.
Chœur
Mais la devise réprouvée,Pour refleurir aux jours meilleurs,Bien mieux que sur l’airain, pour jamais est gravéeAu frontispice des grands cœurs.
Liberté
La République spoliée,Debout, pleurant sur ses débris,Cache sa face humiliée,Ses pieds sanglants, ses seins meurtris…Pour cette mère universelle,Traînant tout un peuple irrité,Le glaive au poing !… terrible et belle,Arme-toi donc, ô Liberté !…
Égalité
Égalité trop caressante,De ton triangle mépriséCourbe une faux étincelante,Taille un manche au fer aiguisé…Et comme on fait des hautes herbes,Dans les prés mûrs, aux jours d’été,Pour niveler les fronts superbesArme-toi donc, Égalité !
Fraternité
Fraternité, le prolétaireEst enfin las d’avoir aimé.Pour commencer la sainte guerreLe monde attend son Christ armé !Paix à l’amour ! place à la haine !De par la sainte véritéEt l’exécrable race humaine,Arme-toi donc, Fraternité !
Épilogue
Déshérités, race souillée,Brouteurs d’herbe et buveurs de fiel,Votre voix, de larmes mouillée,Se perd dans les chemins du ciel !…Allons, debout, troupe immortelle !Vos destins, sur l’axe arrêtés,Reprendront leur marche éternelle ;Armez-vous donc, déshérités…
Chœur
Mais la devise réprouvée,Pour refleurir aux jours meilleurs,Bien mieux que sur l’airain, pour jamais est gravéeAu frontispice des grands cœurs.
48 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Parfums, chants et couleurs, Paris, G. CHARPENTIER, ÉDITEUR, 1878· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources