Parfums, chants et couleurs, 1878· Parfums chants et couleurs
Un homme a la mer
I
Sous la nuit sombre et sans étoiles,Par grosse mer et loin du port,On a cargué les hautes voiles,Il vente de plus en plus fort.Sous le flot qui déferle et gronde,Ils se hâtent, les francs gabiers,La cloche appelant tout le mondePour le bas ris dans les huniers.
De l’arrière au mât de misaine,Hâtons-nous ! le vent n’attend pas ;Ainsi le veut le capitaineDu grand trois-mâts.
II
L’équipage dans la matureSur tous les points s’est élancé,Et sur la vergue à l’empointureLe plus leste s’est avancé…Quand tout à coup un cri sauvageSonna plaintif et sans espoir,Et dans les lueurs du sillageUn matelot passa tout noir.
De l’arrière au mât de misaine,Hâtons-nous ! le vent n’attend pas ;Ainsi le veut le capitaineDu grand trois-mâts.
III
Le capitaine a dit : « Silence !Sauvons d’abord le grand trois-mâts ;Quand le danger pour tous commence,Non, pour un seul je n’attends pas…Que la vague lui soit légère !Et si nous revoyons le portNous dirons à sa vieille mère,Nous lui dirons… qu’il ventait fort. »
Du grand mât au mât de misaine,Hâtons-nous ! le vent n’attend pas ;Ainsi le veut le capitaineDu grand trois-mâts.
36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Parfums, chants et couleurs, Paris, G. CHARPENTIER, ÉDITEUR, 1878· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources