Des vers, 1868‑1880
Propos des rues
Quand sur le boulevard‖ je vais flâner un brin,Combien de fois j’entends,‖ sans mourir de chagrin,Deux messieurs décorés,‖ qui semblent fort capables,Causer, en se faisant‖ des sourires aimables.
S’il peut continuer,‖ nous aurons un étéMagnifique !
Demain je vais à l’herbe !Dans ma propriété.
Oui. — Chez moi les lilas‖ ont un peu de retard ;Le fond de l’air est sec‖ et les nuits sont très fraîches.
Voici la lune rousse.‖ Aurez-vous bien des pêches ?
Oh ! par le temps qui court,Tout le monde est malade.‖ — Avez-vous vu le drameDe Machin ?
Moi ? — non pas — Qu’en dit-on ?
Presque un four.Ce n’est pas assez fait‖ au courant de la plume.Ce n’est point du Sardou. Très fort, Sardou !
Machin s’applique trop.‖ C’est bon dans un volume,On y remarque moins‖ le travail et l’effort ;Mais au théâtre il faut‖ écrire comme on cause.
Moi je reprends Feuillet.‖ En voilà, de la prose !Quant à tous les faiseurs‖ de livres d’aujourd’huiJe m’en prive. — Je n’ai‖ plus l’âge où l’on peut lireBeaucoup ; et mon journal‖ suffit à mon ennui.
Le journal… et… le sexe !…— Ils ont ce petit rirePar lequel on avoue‖ un vice comme il faut. —
Oh ! ça non. — Je n’ai pas ce défaut.
Et vous vous occupez‖ toujours de politique ?
Beaucoup, c’est même là‖ ma consolation !
Oh ! consacrer sa vie‖ à la Chose publique,Certes, c’est une grande‖ et noble ambition.Nous avons maintenant‖ une fière phalangeD’orateurs à la Chambre.
Ils sont très forts, très forts.
Mais quel malheur que Thiers‖ et Changarnier soient morts !A propos, lisez-vous ce Zola ?
Et l’on viendra se plaindre‖ après que tout est cher,Et qu’on fraude, et qu’on trompe,‖ et qu’on vole, et qu’on pille !On sape la morale,‖ on détruit la famille.Où tombons-nous ?
Hélas !… Allons, adieu mon cher,L’heure me presse.
Je n’y manquerai pas.‖ Mes respects, s’il vous plaît,A votre demoiselle.— Et chacun s’en allait. —Et des prêtres savants‖ disent qu’ils ont une âme !Et que s’il est un signe‖ où l’on voit sûrement
Qu’un Dieu fit naître l’homme‖ au-dessus de la bête,C’est qu’il mit la pensée‖ auguste dans sa tête,Et que ce noble esprit‖ progresse incessamment !
Mais voilà si longtemps‖ que ce vieux monde existe,Et la sottise humaine‖ obstinément persiste !Entre l’homme et le veau‖ si mon cœur hésitait,Ma raison saurait bien‖ le choix qu’il faudrait faire !Car je ne comprends pas,‖ ô cuistres, qu’on préfèreLa bêtise qui parle‖ à celle qui se tait !
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 7[aa] 5[abab] 5[abba]
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Mots à la rime
- a brin / chagrin masculine, classiqueb capables / aimables féminine, classiquea vous / hasard / santé / été masculine, classiquea vous / bien / superbe / Magnifique / vrai / l’herbe féminine, classiquea propriété / part / retard masculine, classiqueb fraîches / pêches féminine, classiquea mal / outre / Rien / Madame / drame féminine, classiquea bien / grippée / court / Machin / on / four masculine, non classiqueb plume / volume féminine, classiquea Sardou / fort / l’effort masculine, classiquec cause / prose féminine, classiqueb d’aujourd’hui / ennui masculine, classiquec lire / sexe / rire féminine, classiqueb faut / table / défaut masculine, classiquea politique / publique féminine, classiquea consolation / ambition masculine, classiquec phalange / Zola / fange féminine, classiquea Chambre / forts / morts masculine, classiquea cher / nous masculine, classiqueb pille / famille féminine, classiquea presse / madame / âme féminine, classiquea plaît / demoiselle / allait masculine, classiquec sûrement / incessamment masculine, classiquea bête / tête féminine, classiquea existe / persiste féminine, classiqueb hésitait / tait masculine, classiquec faire / préfère féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.2
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
76 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, LOUIS CONNARD LIBRAIRE-ÉDITEUR, 1908· numérisation ÉFÉLÉ· Sources