Des vers, 1868‑1880
Vénus rustique
Les Dieux sont éternels.‖ Il en naît parmi nousAutant qu’il en naissait‖ dans l’antique Italie,Mais on ne reste plus‖ des siècles à genoux,Et, sitôt qu’ils sont morts,‖ le peuple les oublie.Il en naîtra toujours,‖ et les derniers venusRégneront malgré tout‖ sur la foule incrédule :Tous les héros sont faits‖ de la race d’Hercule,La vieille terre enfante‖ encore des Vénus.
I
Un jour de grand soleil,‖ sur une grève immense,Un pêcheur qui suivait,‖ la hotte sur le dos,Cette ligne d’écume‖ où l’Océan commence,Entendit à ses pieds‖ quelques frêles sanglots.Une petite enfant‖ gisait, abandonnée,Toute nue, et jetée‖ en proie au flot amer,Au flot qui monte et noie ;‖ à moins qu’elle fut néeDe l’éternel baiser‖ du sable et de la mer.
Il essuya son corps‖ et la mit dans sa hotte,Couchée en ses filets‖ l’emporta triomphant ;Et, comme au bercement‖ d’une barque qui flotte,Le roulis de son dos‖ fit s’endormir l’enfant.Bientôt il ne fut plus‖ qu’un point insaisissable,Et le vaste horizon‖ se referma sur lui,Tandis que se déroule‖ au bord de l’eau qui luitLe chapelet sans fin‖ de ses pas sur le sable.
Tout le pays aima‖ l’enfant trouvée ainsi ;Et personne n’avait‖ de plus grave souciQue de baiser son corps‖ mignon, rose de vie,Et son ventre à fossette,‖ et ses petits bras nus.Elle tendait les mains,‖ par les baisers ravie,Et sa joie éclatait‖ en rires continus.
Quand elle put enfin‖ s’en aller par les rues,Posant l’un devant l’autre,‖ avec de grands efforts,Ses pieds sur qui roulait‖ et chancelait son corps,Les femmes l’acclamaient,‖ pour la voir, accourues.Plus tard, vêtue à peine‖ avec de courts haillons,Montrant sa jambe fine‖ en ses élans de chèvre,A travers l’herbe haute‖ au niveau de sa lèvreElle courut la plaine‖ après les papillons,Et sa joue attirait‖ tous les baisers des bouches,Comme une fleur séduit‖ le peuple ailé des mouches.Quand ils la rencontraient‖ dans les champs, les garçonsL’embrassaient follement‖ de la tête aux chevilles,Avec la même ardeur‖ et les mêmes frissonsQu’en caressant le col‖ charnu des grandes filles.Les vieillards la faisaient‖ danser sur leurs genoux ;Ils enfermaient sa taille‖ en leurs mains amaigries,Et pleins des souvenirs‖ de l’ancien temps si doux,Effleuraient ses cheveux‖ de leurs lèvres flétries.
Bientôt, quand elle alla‖ rôder par les chemins,Elle eut à ses côtés‖ un troupeau de gaminsQui fuyaient le logis‖ ou désertaient la classe.D’un signe elle domptait‖ les petits et les grands,Et du matin au soir,‖ sans être jamais lasse,Elle traîna partout‖ ces amoureux errants.Leurs cœurs, pour la séduire,‖ inventaient mainte fraude.Les uns, la nuit venue,‖ allaient à la maraude,Sautant les murs, volant‖ des fruits dans les jardins,Et ne redoutant rien,‖ gardes, chiens ou gourdins ;D’autres, pour lui trouver‖ de mignonnes fauvettes,Des merles au bec jaune,‖ ou des chardonnerets,Grimpaient de branche en branche‖ au sommet des forêts.
Quelquefois on allait‖ à la pêche aux crevettes.Elle, la jambe nue‖ et poussant son filet,Cueillait la bête alerte‖ avec un coup rapide ;Eux regardaient trembler,‖ à travers l’eau limpide,Les contours incertains‖ de son petit mollet.Puis, lorsqu’on retournait,‖ le soir, vers le village,Ils s’arrêtaient parfois‖ au milieu de la plage,Et se pressant contre elle,‖ émus, tremblant beaucoup,La mangeaient de baisers‖ en lui serrant le cou,Tandis que grave et fière,‖ et sans trouble, et sans crainte,Muette, elle tendait‖ la joue à leur étreinte.
II
Elle grandit, toujours‖ plus belle, et sa beautéAvait l’odeur d’un fruit‖ en sa maturité.Ses cheveux étaient blonds,‖ presque roux. Sur sa faceLe dur soleil des champs‖ avait marqué sa trace :Des petits grains de feux,‖ charmants et clairsemés.Le doux effort des seins‖ en sa robe enfermésGonflait l’étoffe, usant‖ aux sommets son corsage.Tout vêtement semblait‖ taillé pour son usage,Tant on la sentait souple‖ et superbe dedans.Sa bouche était fendue‖ et montrait bien ses dents,Et ses yeux bleus avaient‖ une profondeur claire.Les hommes du pays‖ seraient morts pour lui plaire ;En la voyant venir‖ ils couraient au-devant.Elle riait, sentant‖ l’ardeur de leurs prunelles,Puis passait son chemin,‖ tranquille, et soulevant,Au vent de ses jupons,‖ les passions charnelles.Sa grâce enguenillée‖ avait l’air d’un défi,Et ses gestes étaient‖ si simples et si justes,Que mettant sa noblesse‖ en tout, quoi qu’elle fît,Ses besognes les plus‖ humbles semblaient augustes.
Et l’on disait au loin,‖ qu’après avoir touchéSa main, on lui restait‖ pour la vie attaché.
Pendant les durs hivers,‖ quand l’âpre froid pénètreLes murs de la chaumière‖ et les gens dans leurs lits,Lorsque les chemins creux‖ sont par la neige emplis,Des ombres s’approchaient,‖ la nuit, de sa fenêtre,Et, tachant la pâleur‖ morne de l’horizon,Rôdaient comme des loups‖ autour de sa maison.
Puis, dans les clairs étés,‖ lorsque les moissons mûresFont venir les faucheurs‖ aux bras noirs dans les blés,Lorsque les lins en fleur,‖ au moindre vent troublés,Ondulent comme un flot,‖ avec de longs murmures,Elle allait ramassant‖ la gerbe qui tombait.Le soleil dans un ciel‖ presque jaune flambait,Versant une chaleur‖ meurtrière à la plaine ;Les travailleurs courbés‖ se taisaient, hors d’haleine.Seules les larges faux,‖ abattant les épis,Traînaient leur bruit rythmé‖ par les champs assoupis ;Mais elle, en jupon rouge,‖ et la poitrine à l’aiseDans sa chemise large‖ et nouée à son col,Ne semblait point sentir‖ ces ardeurs de fournaiseQui faisaient se faner‖ les herbes sur le sol.Elle marchait alerte‖ et portant à l’épauleLa gerbe de froment‖ ou la botte de foin.Les hommes se dressaient‖ en la voyant de loin,Frissonnant comme on fait‖ quand un désir vous frôle,Et semblaient aspirer‖ avec des souffles fortsLa troublante senteur‖ qui venait de son corps,Le grand parfum d’amour‖ de cette fleur humaine !
Puis, voilà qu’au déclin‖ d’un long jour de moisson,Quand l’Astre rouge allait‖ plonger à l’horizon,On vit soudain, dressés‖ au sommet de la plaineComme deux géants noirs,‖ deux moissonneurs rivaux,Debout dans le soleil,‖ se battre à coups de faux !
Et l’ombre ensevelit‖ la campagne apaisée.L’herbe rase sua‖ des gouttes de rosée ;Le couchant s’éteignit,‖ tandis qu’à l’orientUne étoile mettait‖ au ciel un point brillant.Les derniers bruits, lointains‖ et confus, se calmèrent :Le jappement d’un chien,‖ le grelot des troupeaux ;La terre s’endormit‖ sous un pesant repos,Et dans le ciel tout noir‖ les astres s’allumèrent.
Elle prit un chemin‖ s’enfonçant dans un bois,Et se mit à danser‖ en courant, affoléePar la puissante odeur‖ des feuilles, et parfoisRegardant, à travers‖ les arbres de l’allée,Le clair miroitement‖ du ciel, poudré de feu.Sur sa tête planait‖ comme un silence bleu,Quelque chose de doux,‖ ainsi qu’une caresseDe la nuit, la subtile‖ et si molle langueurDe l’ombre tiède qui‖ fait défaillir le cœur,Et qui vous met à l’âme‖ une vague détresseD’être seul. — Mais des pas‖ voilés, des bonds craintifs,Ces bruits légers et sourds‖ que font les marches doucesDes bêtes de la nuit‖ sur le tapis des mousses,Emplirent les taillis‖ de frôlements furtifs.D’invisibles oiseaux‖ heurtaint leur vol aux branches.
Elle s’assit, sentant‖ un engourdissementQui, du bout de ses pieds,‖ lui montait jusqu’aux hanches,Un besoin de jeter‖ au loin son vêtement,De se coucher dans l’herbe‖ odorante, et d’attendreCe baiser inconnu‖ qui flottait dans l’air tendre.Et parfois elle avait‖ de rapides frissons,Une chaleur courant‖ de la peau jusqu’aux moelles.
Les points de feu des vers‖ luisants dans les buissonsMettaient à ses côtés‖ comme un troupeau d’étoiles.
Mais un corps tout à coup‖ s’abattit sur son corps ;Des lèvres qui brûlaient‖ tombèrent sur sa bouche,Et dans l’épais gazon,‖ moelleux comme une couche,Deux bras d’homme crispés‖ lièrent ses efforts.Puis soudain un nouveau‖ choc étendit cet hommeTout du long sur le sol,‖ comme un bœuf qu’on assomme ;Un autre le tenait‖ couché sous son genouEt le faisait râler‖ en lui serrant le cou.Mais lui-même roula,‖ la face marteléePar un poing furieux.‖ — A travers les halliersOn entendait venir‖ des pas multipliés. —Alors ce fut, dans l’ombre,‖ une opaque mêlée,Un tas d’hommes en rut‖ luttant, comme des cerfsLorsque la blonde biche‖ a fait bramer les mâles.C’étaient des hurlements‖ de colère, des râles,Des poitrines craquant‖ sous l’étreinte des nerfs,Des poings tombant avec‖ des lourdeurs de massue,Tandis qu’assise au pied‖ d’un vieux arbre écarté,Et suivant le combat‖ d’un œil plein de fierté,De la lutte féroce‖ elle attendait l’issue.Or quand il n’en resta‖ qu’un seul, le plus puissant,Il s’élança vers elle,‖ ivre et couvert de sang ;Et sous l’arbre touffu‖ qui leur servait d’alcôveElle reçut sans peur‖ ses caresses de fauve !
III
Quand le feu prend soudain‖ dans un village, on voitL’incendie égrener,‖ ainsi qu’une semence,Ses flammes à travers‖ le pays ; chaque toitS’allume à son voisin‖ comme une torche immense,Et l’horizon entier‖ flamboie. Un feu d’amourQui ravageait les cœurs,‖ brûlait les corps, et, commeL’incendie, emportait‖ sa flamme d’homme en homme,Eut bientôt embrasé‖ le pays d’alentour.Par les chemins des bois,‖ par les ravines creuses,Où la poussait, le soir,‖ un instinct hasardeux,Son pied semblait tracer‖ des routes amoureuses,Et ses amants luttaient‖ sitôt qu’ils étaient deux.Elle s’abandonnait‖ sans résistance, néePour cette œuvre charnelle,‖ et le jour ou la nuit,Sans jamais un soupir‖ de bonheur ou d’ennui,Acceptait leurs baisers‖ comme une destinée.Quiconque avait suivi‖ de la bouche ou des yeuxTous les sentiers perdus‖ de son corps merveilleux,Cueillant ce fruit d’ivresse‖ éternelle que sèmeLa Beauté dans ces flancs‖ de déesse qu’elle aime,Gardait au fond du cœur‖ un long frémissementEt, grelottant d’amour‖ comme on tremble de fièvreIl la cherchait sans cesse‖ avec acharnement,Laissant tomber des mots‖ éperdus de sa lèvre.
IV
Les animaux aussi‖ l’aimaient étrangement.Elle avait avec eux‖ des caresses humaines,Et près d’elle ils prenaient‖ des allures d’amant.Ils frottaient à son corps‖ ou leurs poils ou leurs laines ;Les chiens la poursuivaient‖ en léchant ses talons ;Elle faisait, de loin,‖ hennir les étalons,Se cabrer les taureaux‖ comme auprès des génisses,Et l’on voyait, trompés‖ par ces ardeurs factices,Les coqs battre de l’aile‖ et les boucs s’attaquerFront contre front, dressés‖ sur leurs jambes de faunes.Les frelons bourdonnants‖ et les abeilles jaunesVoyageaient sur sa peau‖ sans jamais la piquer.Tous les oiseaux du bois‖ chantaient à son passage,Ou parfois d’un coup d’aile‖ errant la caressaient,Nourrissant leurs petits‖ cachés en son corsage.Elle emplissait d’amour‖ des troupeaux qui passaientEt les graves béliers‖ aux cornes recourbées,N’écoutant plus l’appel‖ chevrotant du berger,Et les brebis, poussant‖ un bêlement léger,Suivaient, d’un trot menu,‖ ses grandes enjambées.
V
Certains soirs, échappant‖ à tous, elle partaitPour aller se baigner‖ dans l’eau fraîche. La luneIlluminait le sable‖ et la mer qui montait.Elle hâtait le pas,‖ et sur la blonde duneAux lointains infinis‖ et sans rien de vivant,Sa grande ombre rampait‖ très vite en la suivant.En un tas sur la plage‖ elle posait ses hardes,S’avançait toute nue‖ et mouillait son pied blancDans le flot qui roulait‖ des écumes blafardes,Puis, ouvrant les deux bras,‖ s’y jetait d’un élan.Elle sortait du bain‖ heureuse et ruisselante,Se couchait tout du long‖ sur la dune, enfonçantDans le sable son corps‖ magnifique et puissant,Et, quand elle partait‖ d’une marche plus lente,Son contour demeurait‖ près du flot incrusté.On eût dit à le voir‖ qu’une haute statueDe bronze avait été‖ sur la grève abattue,Et le ciel contemplait‖ ce moule de BeautéAvec ses milliers d’yeux.‖ — Puis la vague furtiveL’atteignant refaisait‖ toute plate la rive !
VI
C’était l’Être absolu,‖ créé selon les loisPrimitives, le type‖ éternel de la raceQui dans le cours des temps‖ reparaît quelquefois,Dont la splendeur est reine‖ ici-bas, et terrasseTous les vouloirs humains,‖ et dont l’Art saint est né.Ainsi que l’Homme aima‖ Cléopâtre et PhrynéOn l’aimait ; et son cœur‖ répandait, comme une onde,Sa tendresse abondante‖ et sereine sur tous.Elle ne détestait‖ qu’un être par le monde :C’était un vieux berger‖ perfide à qui les loupsObéissaient.Jadis une BohémienneLe jeta tout petit‖ dans le fond d’un fossé.Un pâtre du pays‖ qui l’avait ramasséL’éleva, puis mourut,‖ lui laissant une hainePour quiconque était riche‖ ou paraissait heureux,Et, disait-on, beaucoup‖ de secrets ténébreux.
L’enfant grandit tout seul‖ sans famille et sans joies,Menant paître au hasard‖ des chèvres ou des oies,Et tout le jour debout‖ sur le flanc du coteau,Sous la pluie et le vent‖ et l’injure des bouches.Alors qu’il s’endormait‖ roulé dans son manteau,Il songeait à ceux-là‖ qui dorment dans leurs couches ;Puis, quand le clair soleil‖ baignait les horizons,Il mangeait son pain noir‖ en guettant par la plaineCe filet de fumée‖ au-dessus des maisonsQui dit la soupe au feu‖ dans la ferme lointaine.
Il vieillit. — Un effroi‖ grandit à ses côtés.On en parlait, le soir,‖ dans les longues veillées,Et d’étranges récits‖ à son nom chuchotésTenaient jusqu’au matin‖ les femmes réveillées.A son gré, disait-on,‖ il guidait les destins,Sur les toits ennemis‖ faisait choir des désastres,Et, déchiffrant ces mots‖ de feu qui sont les astres,Épelait l’avenir‖ au fond des cieux lointains.Tout le jour il roulait‖ sa hutte vagabonde,Ne se mêlant jamais‖ aux hommes et souvent,Quand il jetait des cris‖ inconnus dans le vent,Des voix lui répondaient‖ qui n’étaient point du monde.On lui croyait encore‖ un pouvoir dans les yeux,Car il savait dompter‖ les taureaux furieux.
Et puis d’autres rumeurs‖ coururent la contrée.
Une fille, qu’un soir‖ il avait rencontrée,Sentit à son aspect‖ un trouble la saisir.Il ne lui parla pas ;‖ mais, dans la nuit suivante,Elle se réveilla‖ frissonnant d’épouvante ;Elle entendait, au loin,‖ l’appel de son désir.Se sentant impuissante‖ à soutenir la lutte,Malgré l’obscurité‖ redoutable, elle allaPartager avec lui‖ la paille de sa hutte !
Lors, suivant son caprice‖ impur, il appelaDes filles chaque soir.‖ Toutes, jeunes et belles,Sans révolte pourtant‖ et sans pudeurs rebelles,Prêtaient des seins de vierge‖ aux choses qu’il voulaitEt paraissaient l’aimer‖ bien qu’il fût vieux et laid.
Il était si velu‖ du front et de la lèvre,Avec des sourcils blancs‖ et longs comme des crins,Que, semblable au sayon‖ qui lui couvrait les reins,Sa figure semblait‖ pleine de poils de chèvre !Et son pied bot mettait‖ sur la cime du mont,Quand le soleil couchant‖ jetait son ombre aux plaines,Comme un sautillement‖ sinistre de démon.
Ce vieux Satan rustique‖ et plein d’ardeurs obscènes,Près d’un coteau désert‖ et sans verdure encorMais que les fleurs d’ajoncs‖ couvraient d’un manteau d’or,Par un brillant matin‖ d’avril, rencontra celleQue le pays entier‖ adorait. — Il reçutComme un coup de soleil‖ alors qu’il l’aperçut,Et frémit de désir‖ tant il la trouva belle.Et leurs regards croisés‖ s’attaquèrent. — Ce futLa rencontre de Dieux‖ ennemis sur la terre !Il eut l’étonnement‖ d’un chasseur à l’affûtQui cherche une gazelle‖ et trouve une panthère !Elle passa. — La fleur‖ de ses lourds cheveux blondsSe confondit, au pied‖ de la côte embaumée,Comme un bouquet plus pâle,‖ avec les fleurs d’ajoncs.Pourtant elle tremblait,‖ sachant sa renommée,Et malgré le dégoût‖ qu’elle sentait pour lui,Redoutant son pouvoir‖ occulte, elle avait fui.
Elle erra jusqu’au soir ;‖ mais, à la nuit venue,Elle s’épouvanta,‖ pour la première fois,De l’ombre qui tombait‖ sur les champs et les bois.Alors, en traversant‖ une noire avenue,Entre les rangs pressés‖ des chênes, tout à coup,Elle crut voir le pâtre‖ immobile et debout.Mais, comme elle partit‖ d’une course affolée,Elle ne sut jamais,‖ dans son effarement,Si ce qu’elle avait vu‖ n’était pas seulementQuelque tronc d’arbre mort‖ au milieu de l’allée.
Et des jours et des mois‖ passèrent. Sa raison,Comme un oiseau blessé‖ qui porte un plomb dans l’aile,S’affaissait sous la peur‖ incessante et mortelle.Même elle n’osait plus‖ sortir de sa maison,Car sitôt qu’elle allait‖ aux champs, elle était sûreDe voir le Vieux paraître‖ au détour d’un chemin ;Son œil rusé semblait‖ dire : « C’est pour demain, »Et mettait comme un fer‖ ardent sur la blessure.
Bientôt un poids si lourd‖ courba sa volontéQu’en son cœur engourdi‖ de crainte, vint à naîtreUn besoin d’obéir‖ à la fatalité.Et, décidée enfin‖ à se rendre à son Maître,Elle alla le trouver‖ par une nuit d’hiver.
La neige dont le sol‖ était partout couvertÉtalait sa blancheur‖ immobile. Une brise,Qui paraissait venir‖ du bout du monde, erraitGlaciale, et faisait‖ craquer par la forêtLes arbres qui dressaient,‖ tout nus, leur forme grise.Dans le ciel douloureux,‖ la lune, ainsi qu’un filDe lumière, indiquait‖ à peine son profil.La souffrance du froid‖ étreignait jusqu’aux pierres.
Elle marchait, les pieds‖ gelés, et sans songer,Certaine qu’elle allait‖ trouver le vieux berger,Et tachant d’un point noir‖ les plaines solitaires.Mais elle s’arrêta‖ clouée au sol : là-bas,Sur la neige, couraient‖ deux bêtes effrayantes ;Elles semblaient jouer‖ et prenaient leurs ébats,Et l’ombre agrandissait‖ leurs gambades géantes.Puis, poussant par la nuit‖ leurs élans vagabonds,Toutes deux, dans l’ardeur‖ d’une gaieté folâtre,Du fond de l’horizon‖ vinrent en quelques bonds.Elle les reconnut :‖ c’étaient les chiens du pâtre.Hors d’haleine, efflanqués‖ par la faim, l’œil ardentSous la ronce des poils‖ emmêlés de leur tête,Ils sautaient devant elle‖ avec des cris de fêteEt ce rire velu‖ qui découvre la dent.Comme deux grands Seigneurs‖ vont en une provinceQuérir et ramener‖ la Belle de leur Prince,Et, la guidant vers lui,‖ caracolent autour,Ainsi la conduisaient‖ ces messagers d’amour.
Mais l’Homme qui guettait,‖ debout sur une butte,Vint, et lui prit le bras‖ en montant vers sa hutte.La porte était ouverte,‖ il la poussa dedans,La dévêtant déjà‖ de ses regards ardents,Et des pieds à la tête‖ il tressaillit de joie,Ainsi qu’on fait au choc‖ d’un bonheur qu’on attend.Depuis qu’il l’avait vue‖ il était haletantComme un limier qui chasse‖ et n’atteint point sa proie !
Or, quand elle sentit‖ traîner contre sa peauLa caresse visqueuse‖ ainsi qu’une limaceDe ce vieux qui gardait‖ l’odeur de son troupeau,Tout son être frémit‖ sous ce baiser de glace.Mais lui, tenant ce corps‖ d’amour, aux flancs si doux,Que tant de fiers garçons‖ devaient déjà connaître,Et fait pour être aimé‖ si follement de tous,En son cœur de vieillard‖ difforme, sentit naîtreLa jalousie aiguë‖ et sans pardon. Il eutUn besoin vague et fort‖ de vengeance cruelle !
Elle subit d’abord‖ l’amant maigre et poilu,Puis, comme elle luttait,‖ il se rua sur elleEn la frappant du poing‖ pour qu’elle consentît,Et le silence épais‖ des neiges amortitQuelques cris, comme ceux‖ des gens qu’on assassine.Tout à coup, les deux chiens‖ poussèrent longuementPar la plaine déserte‖ un triste hurlement,Et des frissons de peur‖ couraient sur leur échine.
Dans la cabane alors‖ ce fut comme un combat :Les heurts désespérés‖ d’un corps qui se débatSonnant contre les murs‖ de l’étroite demeure ;Puis, comme les sanglots‖ d’une femme qui pleure !Et la lutte reprit,‖ dura longtemps, cessaAprès un faible appel‖ de secours qui passaEt mourut sans écho dans les champs !Le jour pâleCommençait à tomber‖ faiblement du ciel gris.Un vent plus froid geignait‖ avec le bruit d’un râle.Le givre avait roidi‖ les arbres rabougrisQui semblaient morts. C’était‖ partout la fin des choses.
Mais, comme on lève un voile,‖ un nuage glissantFit pleuvoir sur la neige‖ un flot de clartés roses.Le ciel devenu pourpre‖ éclaboussa de sangEt le coteau désert‖ au bout des plaines blanches,Et la hutte du pâtre,‖ et la glace des branches.On eût dit qu’un grand meurtre‖ emplissait l’horizon !— Et le berger parut‖ au seuil de sa maison. —Il était rouge aussi,‖ plus rouge que l’aurore !Même, lorsque le ciel‖ cramoisi fut lavé,Quant tout redevint blanc‖ sous le soleil levé,Lui, hagard et debout,‖ semblait plus rouge encore,Comme s’il eût trempé‖ son visage et sa main,Avant que de sortir,‖ dans un flot de carmin.Il se pencha, prenant‖ de la neige, et la traceDe ses doigts fit par terre‖ un large trou sanglant.S’étant agenouillé‖ pour se laver la face,Une eau rouge en coula,‖ qu’il regardait, tremblant,Avec des soubresauts‖ de peur. — Puis il s’enfuit.
Il dévale du mont,‖ roule dans les ornières,Perce d’épais fourrés‖ pareils à des crinières,Et fait mille détours‖ comme un loup qu’on poursuit !Il s’arrête. — Son œil‖ que la terreur dilateGuette de tous côtés‖ s’il est loin d’un hameau ;Alors dans sa main creuse‖ il fait fondre un peu d’eau,Pour effacer encor‖ quelque tache écarlate !Puis il repart. — Mais en‖ son cœur surgit l’effroiD’errer jusqu’à la mort,‖ sans rencontrer personne,Par la neige si vaste‖ et sous un ciel si froid !Il écoute. — Il entend‖ une cloche qui sonne,Et va vers le village‖ à pas précipités.Les paysans déjà‖ causaient de porte en porte ;Il leur crie en courant :‖ « Venez tous, Elle est morte ! »Il passe. — Il va frapper‖ aux logis écartés,Répétant : « Venez donc,‖ venez, je l’ai tuée ! »Alors une rumeur‖ grandit, continuéeJusqu’aux hameaux voisins.‖ Et chacun se levant,Et quittant sa maison,‖ accompagne le pâtre.Mais lui n’arrête pas‖ sa course opiniâtre ;Il marche. — Le troupeau‖ des hommes le suivantDéroule par les prés‖ sans tache un ruban sombre.Tout pays qu’on traverse‖ augmente encor leur nombre ;Ils vont, tumultueux,‖ là-bas, vers la hauteurOù les guide, essoufflé,‖ leur sinistre pasteur !
Ils ont compris quelle est‖ la femme assassinée,Et ne demandent pas‖ ni pourquoi ni commentLe meurtre fut commis.‖ Ils sentent vaguementPlaner sur cette mort‖ comme une Destinée.
Elle avait la Beauté,‖ lui la Ruse ; il fallaitQu’un des deux succombât.‖ Deux Puissances égalesNe règnent pas toujours.‖ Deux Idoles rivalesNe se partagent point‖ le ciel, et le Dieu laidNe pardonne jamais au Dieu beau.
Sur la cimeDe la côte, et devant‖ la hutte on s’arrêta.Il osa seul entrer‖ en face de son crime,Et, ramassant la morte‖ aimée, il l’apporta.Pour la leur jeter, nue,‖ et d’un geste d’outrage,Comme s’il eût crié :‖ « Tenez, je vous la rends ! »Puis il gagna sa hutte‖ et s’enferma dedans.On l’y laissa, mordu‖ d’amour, et plein de rage.
Sur la neige gisait‖ le corps éblouissantOù n’apparaissait plus‖ une goutte de sang ;Car les chiens, la trouvant‖ immobile et couchée,L’avaient avec tendresse‖ obstinément léchée.Elle semblait vivante,‖ endormie. Un refletDe beauté surhumaine‖ illuminait sa face.Mais le couteau restait‖ planté, juste à la placeOù s’ouvrait une route‖ entre ses seins de lait.Sa figure faisait‖ une tache doréeSur la blancheur du sol.‖ — Les hommes éperdusLa contemplaient ainsi‖ qu’une chose sacrée !Et ses cheveux ardents,‖ en cercle répandus,Luisaient comme la queue‖ en feu d’une comète,Comme un soleil tombé‖ de la voûte des cieux ;On eût dit des rayons‖ qui sortaient de sa tête,L’auréole qu’on met‖ autour du front des dieux !
Mais quelques paysans,‖ des vieux au cœur pudique,Arrachant de leur dos‖ la veste en peau de bique,Couvrirent brusquement‖ sa claire nudité,Et les jeunes, ayant‖ coupé de longues branches.Construit une civière‖ et retroussé leurs manches,Par vingt bras qui tremblaient‖ son corps fut emporté !
La foule, sans parole,‖ à pas lents l’accompagneEt, jusqu’aux bords lointains‖ de la pâle campagne,Rampe, comme un serpent,‖ l’immense défilé.Et puis tout redevient‖ muet et dépeuplé !
Mais le pâtre, enfermé‖ dans sa hutte isolée,Sent une solitude‖ horrible autour de lui,Comme si l’univers‖ tout entier l’avait fui.Il sort et n’aperçoit‖ que la plaine gelée !…La peur l’étreint. N’osant‖ rester seul plus longtemps,Il siffle ses grands chiens,‖ ses deux bons chiens de garde.Comme ils n’accourent point,‖ il s’étonne, il regarde ;Mais il ne les voit pas‖ gambader par les champs…Il crie alors. La neige‖ étouffe sa voix forte…Il se met à hurler‖ à la façon des fous !
Ses chiens, comme entraînés‖ dans le départ de tous,Abandonnant leur maître,‖ avaient suivi la morte.
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 43[abab] 51[abba] 66[aa]
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Mots à la rime
- a nous / genoux masculine, classiqueb Italie / oublie féminine, classiquec venus / Vénus masculine, classiqued incrédule / d’Hercule féminine, classiquea immense / commence féminine, classiqueb dos / sanglots masculine, classiquec abandonnée / née féminine, classiqued amer / mer masculine, classiquea hotte / flotte féminine, classiqueb triomphant / l’enfant masculine, classiquec insaisissable / sable féminine, classiqued lui / luit masculine, non classiquea ainsi / souci masculine, classiqueb vie / ravie féminine, classiquec nus / continus masculine, classiquea rues / accourues féminine, classiqueb efforts / corps masculine, classiquec haillons / papillons masculine, classiqued chèvre / lèvre féminine, classiquee bouches / mouches féminine, classiquef garçons / frissons masculine, classiqueg chevilles / filles féminine, classiqueh genoux / doux masculine, classiquei amaigries / flétries féminine, classiquea chemins / gamins masculine, classiqueb classe / lasse féminine, classiquec grands / errants masculine, classiqued fraude / maraude féminine, classiquee jardins / gourdins masculine, classiquef fauvettes / crevettes féminine, classiqueg chardonnerets / forêts masculine, classiqueb filet / mollet masculine, classiquec rapide / limpide féminine, classiqued village / plage féminine, classiquee beaucoup / cou masculine, non classiquef crainte / étreinte féminine, classiquea beauté / maturité masculine, classiqueb face / trace féminine, classiquec clairsemés / enfermés masculine, classiqued corsage / usage féminine, classiquee dedans / dents masculine, classiquef claire / plaire féminine, classiqueg au-devant / soulevant masculine, classiqueh prunelles / charnelles féminine, classiquei défi / fît masculine, non classiquej justes / augustes féminine, classiquea touché / attaché masculine, classiquea pénètre / fenêtre féminine, classiqueb lits / emplis masculine, classiquec l’horizon / maison masculine, classiquea mûres / murmures féminine, classiqueb blés / troublés masculine, classiquec tombait / flambait masculine, classiqued plaine / d’haleine féminine, classiquee épis / assoupis masculine, classiquef l’aise / fournaise féminine, classiqueg col / sol masculine, classiqueh l’épaule / frôle féminine, classiquei foin / loin masculine, classiquej forts / corps masculine, classiquek humaine / plaine féminine, classiquea moisson / l’horizon masculine, classiquec rivaux / faux masculine, classiquea apaisée / rosée féminine, classiqueb l’orient / brillant masculine, classiquec calmèrent / s’allumèrent féminine, classiqued troupeaux / repos masculine, classiquea bois / parfois masculine, classiqueb affolée / l’allée féminine, classiquec feu / bleu masculine, classiqued caresse / détresse féminine, classiquee langueur / cœur masculine, classiquef craintifs / furtifs masculine, classiqueg douces / mousses féminine, classiqueh branches / hanches féminine, classiquea engourdissement / vêtement masculine, classiquec d’attendre / tendre féminine, classiqued frissons / buissons masculine, classiquee moelles / d’étoiles féminine, classiquea corps / efforts masculine, classiqueb bouche / couche féminine, classiquec homme / assomme féminine, classiqued genou / cou masculine, classiquee martelée / mêlée féminine, classiquef halliers / multipliés masculine, classiqueg cerfs / nerfs masculine, classiqueh mâles / râles féminine, classiquei massue / l’issue féminine, classiquej écarté / fierté masculine, classiquek puissant / sang masculine, non classiquel d’alcôve / fauve féminine, classiquea voit / toit masculine, classiqueb semence / immense féminine, classiquec d’amour / d’alentour masculine, classiqued comme / homme féminine, classiquee creuses / amoureuses féminine, classiquef hasardeux / deux masculine, classiqueg née / destinée féminine, classiqueh nuit / d’ennui masculine, non classiquei yeux / merveilleux masculine, classiquej sème / aime féminine, classiquek frémissement / acharnement masculine, classiquel fièvre / lèvre féminine, classiquea étrangement / d’amant masculine, classiqueb humaines / laines féminine, classiquec talons / étalons masculine, classiqued génisses / factices féminine, classiquee s’attaquer / piquer masculine, classiquef faunes / jaunes féminine, classiqueg passage / corsage féminine, classiqueh caressaient / passaient masculine, classiquei recourbées / enjambées féminine, classiquej berger / léger masculine, classiquea partait / montait masculine, classiqueb lune / dune féminine, classiquec vivant / suivant masculine, classiqued hardes / blafardes féminine, classiquee blanc / élan masculine, non classiquef ruisselante / lente féminine, classiqueg enfonçant / puissant masculine, classiqueh incrusté / Beauté masculine, classiquei statue / abattue féminine, classiquej furtive / rive féminine, classiquea lois / quelquefois masculine, classiqueb race / terrasse féminine, classiquec né / Phryné masculine, classiqued onde / monde féminine, classiquee tous / loups masculine, classiquef Obéissaient / Bohémienne / haine féminine, classiqueg fossé / ramassé masculine, classiqueh heureux / ténébreux masculine, classiquea joies / oies féminine, classiqueb coteau / manteau masculine, classiquec bouches / couches féminine, classiqued horizons / maisons masculine, classiquee plaine / lointaine féminine, classiquea côtés / chuchotés masculine, classiqueb veillées / réveillées féminine, classiquec destins / lointains masculine, classiqued désastres / astres féminine, classiquee vagabonde / monde féminine, classiquef souvent / vent masculine, classiqueg yeux / furieux masculine, classiquea contrée / rencontrée féminine, classiqueb saisir / désir masculine, classiquec suivante / d’épouvante féminine, classiqued lutte / hutte féminine, classiquee alla / appela masculine, classiqueb belles / rebelles féminine, classiquec voulait / laid masculine, classiquea lèvre / chèvre féminine, classiqueb crins / reins masculine, classiquec mont / démon masculine, non classiqued plaines / obscènes féminine, classiqueb encor / d’or masculine, classiquec celle / belle féminine, classiqued reçut / l’aperçut masculine, classiquee fut / l’affût masculine, classiquef terre / panthère féminine, classiqueg blonds / d’ajoncs masculine, classiqueh embaumée / renommée féminine, classiquei lui / fui masculine, classiquea venue / avenue féminine, classiqueb fois / bois masculine, classiquec coup / debout masculine, non classiquee effarement / seulement masculine, classiquea raison / maison masculine, classiqueb l’aile / mortelle féminine, classiquec sûre / blessure féminine, classiqued chemin / demain masculine, classiquea volonté / fatalité masculine, classiqueb naître / Maître féminine, classiquec d’hiver / couvert masculine, non classiqueb brise / grise féminine, classiquec errait / forêt masculine, classiqued fil / profil masculine, classiquee pierres / solitaires féminine, classiquea songer / berger masculine, classiquec là-bas / ébats masculine, classiqued effrayantes / géantes féminine, classiquee vagabonds / bonds masculine, classiquef folâtre / pâtre féminine, classiqueg ardent / dent masculine, classiqueh tête / fête féminine, classiquei province / Prince féminine, classiquej autour / d’amour masculine, classiquea butte / hutte féminine, classiqueb dedans / ardents masculine, classiquec joie / proie féminine, classiqued attend / haletant masculine, classiquea peau / troupeau masculine, classiqueb limace / glace féminine, classiquec doux / tous masculine, classiqued connaître / naître féminine, classiquee eut / poilu masculine, non classiquef cruelle / elle féminine, classiquec consentît / amortit masculine, classiqued assassine / échine féminine, classiquee longuement / hurlement masculine, classiquea combat / débat masculine, classiqueb demeure / pleure féminine, classiquec cessa / passa masculine, classiqued champs / pâle / râle féminine, classiquee gris / rabougris masculine, classiquef choses / roses féminine, classiquea glissant / sang masculine, non classiquec blanches / branches féminine, classiquee l’aurore / encore féminine, classiquef lavé / levé masculine, classiqueg main / carmin masculine, classiqueh trace / face féminine, classiquei sanglant / tremblant masculine, classiquej s’enfuit / poursuit masculine, classiquea ornières / crinières féminine, classiquec dilate / écarlate féminine, classiqued hameau / d’eau masculine, classiquee l’effroi / froid masculine, non classiquef personne / sonne féminine, classiqueg précipités / écartés masculine, classiqueh porte / morte féminine, classiquei tuée / continuée féminine, classiquej levant / suivant masculine, classiquek pâtre / opiniâtre féminine, classiquel sombre / nombre féminine, classiquem hauteur / pasteur masculine, classiquea assassinée / Destinée féminine, classiqueb comment / vaguement masculine, classiquea fallait / laid masculine, classiqueb égales / rivales féminine, classiquea beau / cime / crime féminine, classiqueb s’arrêta / l’apporta masculine, classiquec d’outrage / rage féminine, classiqued rends / dedans masculine, classiquea éblouissant / sang masculine, non classiqueb couchée / léchée féminine, classiquec reflet / lait masculine, classiqued face / place féminine, classiquee dorée / sacrée féminine, classiquef éperdus / répandus masculine, classiqueg comète / tête féminine, classiqueh cieux / dieux masculine, classiquea pudique / bique féminine, classiqueb nudité / emporté masculine, classiquec branches / manches féminine, classiquea l’accompagne / campagne féminine, classiqueb défilé / dépeuplé masculine, classiquea isolée / gelée féminine, classiquec longtemps / champs masculine, classiqued garde / regarde féminine, classiquee forte / morte féminine, classiquef fous / tous masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.3
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
511 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, LOUIS CONNARD LIBRAIRE-ÉDITEUR, 1908· numérisation ÉFÉLÉ· Sources