Des vers, 1868‑1880
Un coup de soleil
C’était au mois de juin.‖ Tout paraissait en fête.La foule circulait‖ bruyante et sans souci.Je ne sais trop pourquoi‖ j’étais heureux aussi ;Ce bruit, comme une ivresse,‖ avait troublé ma tête.Le soleil excitait‖ les puissances du corps,Il entrait tout entier‖ jusqu’au fond de mon être,Et je sentais en moi‖ bouillonner ces transportsQue le premier soleil‖ au cœur d’Adam fit naître.Une femme passait ;‖ elle me regarda.Je ne sais pas quel feu‖ son œil sur moi darda,De quel emportement‖ mon âme fut saisie,Mais il me vint soudain‖ comme une frénésieDe me jeter sur elle,‖ un désir furieuxDe l’étreindre en mes bras‖ et de baiser sa bouche !Un nuage de sang,‖ rouge, couvrit mes yeux,Et je crus la presser‖ dans un baiser farouche.Je la serrais, je la‖ ployais, la renversant.Puis, l’enlevant soudain‖ par un effort puissant,Je rejetais du pied‖ la terre, et dans l’espaceRuisselant de soleil,‖ d’un bond, je l’emportais.Nous allions par le ciel,‖ corps à corps, face à face.Et moi, toujours, vers l’astre‖ embrasé je montais,La pressant sur mon sein‖ d’une étreinte si forteQue dans mes bras crispés‖ je vis qu’elle était morte…
Versification
- Forme
- Strophe unique
- Rimes
- 1[abba] 3[abab] 4[aa]
- Mètre
- Alexandrins· profil 6−6
- Mots à la rime
- a fête / tête féminine, classiqueb souci / aussi masculine, classiquec corps / transports masculine, classiqued être / naître féminine, classiquee regarda / darda masculine, classiquef saisie / frénésie féminine, classiqueg furieux / yeux masculine, classiqueh bouche / farouche féminine, classiquei renversant / puissant masculine, classiquej l’espace / face féminine, classiquek l’emportais / montais masculine, classiquel forte / morte féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
24 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, LOUIS CONNARD LIBRAIRE-ÉDITEUR, 1908· numérisation ÉFÉLÉ· Sources