Contes Épiques, 1876
Salëun ou Le Petit Ermite
Quand il avait grand'faim,‖ ayant longtemps mangéDe l'herbe comme un faon,‖ des mûres comme un geai,Le petit Salëun‖ s'en allait à l'aumône.A Dol, à Saint-Briac,‖ dès qu'on sortait du prône,Lui, comme un passereau‖ qui quête un grain de mil,« Maria ! Maria !‖ Maria ! » disait-il ;Rien de plus, mais d'un air‖ si plaintif et si tendreQue tous avaient chagrin‖ et plaisir à l'entendre.Ou, s'il voyait quelqu'un‖ devant l'âtre attablé,Il disait en montrant‖ le pain d'orge et de blé,Mais tout bas, car le bruit‖ peut fâcher quand on mange :« J'y mordrais bien aussi,‖ si j'en avais ! » Pauvre ange !Or, de Dol à Kergloff,‖ il n'est que bons chrétiens ;Nul ne criait : « Va-t'en !‖ » Plus d'un répondait : « Tiens,Prends ! » Et, le soir, tout seul,‖ dans la lande lointaine,Il mangeait sous un arbre,‖ au bord de sa fontaine.
Quand il avait grand froid,‖ — les hivers sont plus dursSi c'est les quatre vents‖ qui sont les quatre murs, —Le petit Salëun‖ se hissait dans son arbre.Il neigeait, il gelait‖ à fendre pierre et marbre,Et l'enfant, comme après‖ la tonte une brebis,N'avait que sa peau rose‖ hélas ! pour tous habits.Mais il se cramponnait‖ des doigts aux branches grêles,Allait, venait, montait,‖ planait, avait des ailes,En chantant : « Maria !‖ Maria ! » sous les cieux.Le charreton qui passe‖ avec un bruit d'essieuxS'imaginait, n'osant‖ regarder en arrière,Qu'un bel oiseau faisait‖ dans l'arbre sa prière.
A présent qu'on l'a mis‖ en la châsse d'or fin,Le petit Salëun‖ n'a plus ni froid ni faim.Seulement, sous son arbre,‖ au bord de sa fontaine,Un beau lys a poussé‖ dans la lande lointaine,Un lys si beau que nul‖ n'en vit jamais de tel ;L'été, l'hiver, n'importe,‖ il fleurit, immortel,Plein d'un parfum plus doux‖ qu'un encens de chapelle ;Et si, passant par là,‖ le soir, quelqu'un appelle :« Salëun ! Salëun !‖ » le frêle lys mouvantMurmure : « Maria !‖ Maria ! » dans le vent…
Versification
- Forme
- 3 distiquess (distiques)
- Rimes
- 19((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 3 distiquess
- Mots à la rime
- a mangé / geai masculine, classiqueb l'aumône / prône féminine, équivalentec mil / disait-il masculine, classiqued tendre / l'entendre féminine, classiquee attablé / blé masculine, classiquef mange / ange féminine, classiqueg chrétiens / Tiens masculine, classiqueh lointaine / fontaine féminine, classiquea durs / murs masculine, classiqueb arbre / marbre féminine, classiquec brebis / habits masculine, classiqued grêles / ailes féminine, classiquee cieux / d'essieux masculine, classiquef arrière / prière féminine, classiquea fin / faim masculine, classiqueb fontaine / lointaine féminine, classiquec tel / immortel masculine, classiqued chapelle / appelle féminine, classiquee mouvant / vent masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.5· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
38 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Conts épiques, Paris, Paul Ollendorf, 1885· numérisation poesies.net· Sources