Le soleil de minuit, 1875
« La belle jeune louve amoureuse du mâle »
La belle jeune louve‖ amoureuse du mâleRampe, se tend, clôt l'œil,‖ bâille avec un doux râle.Ils vont bientôt, de faim‖ moins que d'amour grondants,Mordre ensemble une proie‖ où se cherchent les dents,Puis, quand le flanc repu‖ sur le festin se vautre,Tendres, lécher du meurtre‖ aux lèvres l'un de l'autre.
Mais le loup, renversant‖ la gorge, arquant les reins,Voit le soleil ! L'horreur‖ lui rebrousse les crins,Et cramponné de l'ongle‖ au sol gelé qui craqueIl hurle longuement‖ à la vermeille flaque !
Brusque, il s'enfuit. Le vent‖ ne le précède point.Ses bonds roulent. Colère‖ où la terreur se joint,Il se mord en claquant‖ des dents dans les morsures.Il fuit toujours. L'abîme‖ a des profondeurs sûres :Il y plonge, farouche,‖ et plonge plus avant.Il se plaît dans la neige‖ et dans le sombre vent.Quand repèse sur lui‖ l'épais brouillard polaire,Il ne sait plus pourquoi‖ sa fuite s'accélère ;Oubliant l'orbe atroce,‖ à vif dans le ciel froid,Il s'arrête, apaisé,‖ se tourne, — et le revoit !La rougeur en ruisseau‖ jusques à lui serpenteComme s'il eût laissé‖ tout son sang sur la pente.
Fou de peur, il jaillit‖ et tente les lieux hauts !Ses vingt ongles de fer‖ grincent sur les ressautsDe la glace, et ses dents‖ mordent les neiges dures.Les pointes d'un torrent‖ gelé par les froiduresLui déchirent les flancs‖ et ne l'arrêtent pas.Il s'amasse, ou s'allonge,‖ il fait de petits pasOu de grands bonds, et quand,‖ noir fardeau qui se hisse,Il surmonte la cime‖ au loin dominatrice,L'écarlate rondeur‖ règne en face de lui !
Où donc n’a-t-il pas fui ?Dans la neige. Des crocs,‖ des griffes et du ventreIl défonce le sol‖ où sa forme obscure entre.La dure blancheur casse,‖ ou, sous la chaleur, fond.Il creuse encor. Autour‖ du trou déjà profondS'élève en bords épais‖ la neige qu'il déplace.Mais la fouille dénude‖ une paroi de glace !Et la bête, devant‖ l'inattendu miroir,Se pétrifie en la‖ stupeur de toujours voir,Comme un disque de chair‖ pourpre autour des vertèbres,Le soleil de minuit‖ saigner dans les ténèbres !
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 21((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6−6
- Mots à la rime
- a mâle / râle féminine, classiqueb grondants / dents masculine, classiquec vautre / l'autre féminine, classiquea reins / crins masculine, classiqueb craque / flaque féminine, classiquea point / joint masculine, classiqueb morsures / sûres féminine, classiquec avant / vent masculine, classiqued polaire / s'accélère féminine, classiquee froid / revoit masculine, classiquef serpente / pente féminine, classiquea hauts / ressauts masculine, classiqueb dures / froidures féminine, classiquec pas masculine, classiqued hisse / dominatrice féminine, classiquee lui / d’angoisse / fui masculine, classiqueb ventre / entre féminine, classiquec fond / profond masculine, classiqued déplace / glace féminine, classiquee miroir / voir masculine, classiquef vertèbres / ténèbres féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
43 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies, Paris, Bibliothèque Charpentier, 1892· numérisation poesies.net· Sources