Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Pagode, 1866

Dialogue D’Yama Et D’Yamî

d’après Le Rig-Véda

Catulle Mendès· 14 quatrains, alexandrins, 56 vers

À Michel Baronnet

Selon le rhythme lent‖ de vers scandant ses pas,Le Riçhi matinal‖ traverse la pelouse.Vers le sein d’Yamî,‖ ta sœur et ton épouse,Remonte, fils des Eaux !‖ le courant du trépas.

Pareil au faon mort-né‖ d’une triste antilope,Je n’aurai pas d’épouse‖ et je n’ai pas de sœur ;Dans l’immobilité‖ de sa noire épaisseurLe tronc de l’arani‖ mystique m’enveloppe.

Les dix frères vaincront‖ le mystique arani,Afin qu’au bleu retour‖ des Aurores prospèresJe puisse voir le fils‖ auguste de mes pèresS’allonger près de moi‖ sur le gazon béni !

Nombre chétif épars‖ dans l’infini des sommes,J’ai rendu mon essence‖ au Nuage, au SoleilMon regard, et je dors‖ un ténébreux sommeilLoin de ta couche, ô toi‖ qui veux le mal des hommes !

Tu sortiras plus clair‖ de plus d’ombre, Yama,Car c’est en toi que l’Être‖ auguste se recrée,Et l’amant glorieux‖ dé la Coupe sacréeDans le céleste flanc‖ des ondes te forma !

On a vu s’abîmer‖ les splendeurs éphémèresAvec la troupe bleue‖ et fauve des Haris ;Sur les foyers obscurs,‖ près des vases taris,Je suis né de ta mort,‖ Agni, fils des deux mères !

Les cavales d’Indra‖ s’élanceront encor !L’une à l’autre, mêlons‖ nos âmes, divin couple.Tu sembleras, lié‖ de ma ceinture souple,Un bel arbre envahi‖ par des lianes d’or.

Les sept coursiers soumis‖ à quatre jougs de flammes,Sans éclairer mon œil,‖ éblouiront le tien ;La liane aux fleurs d’or‖ n’aura pas de soutien ;Nous ne mêlerons pas,‖ l’une à l’autre, nos âmes.

Quand nous dormions encor‖ au ventre originel.L’aïeul parla. « Vêtus‖ d’une splendeur égale.Soyez époux, dit-il.‖ Que la sœur conjugaleSans fin demeure unie‖ au mari fraternel ! »

Qui l’a su ? qui l’affirme ?‖ Aucun ne peut connaîtreSon premier jour. Le ciel‖ démesuré n’est pasUn champ d’orge qu’on peut‖ traverser en trois pas,Et nul ne sait où gît‖ la source de son être.

Cesse un discours amer.‖ Ma main cherche ta main.Ranime d’un baiser‖ la pâleur de mes joues,Et roulons doucement‖ comme un char à deux rouesQui se livre à la pente‖ heureuse du chemin.

Je ne baiserai point‖ le jasmin de tes jouesNi ta bouche pareille‖ à la fleur des âmras ;Sous la tête d’un autre‖ époux glisse ton bras,Et roulez doucement‖ comme un char à deux roues.

Que deviendra l’amie,‖ hélas ! loin de l’ami,Et qu’est-ce qu’une sœur‖ de son frère sevrée ?L’âme veuve succombe,‖ à Nirriti livrée ;Sans l’amour d’Yama,‖ c’en est fait d’Yamî !

Meurs donc, et laisse-moi,‖ femelle aux bras avides,Sous le ciel, à jamais‖ dépourvu de matins,Que hantent les Dévas‖ tristes des Feux éteints,M’exhaler sans retour‖ en des ombres livides !

Versification

Forme
14 quatrains (quatrains)
Rimes
14(abba)
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
14 quatrains
Mots à la rime
a pas / trépas masculine, classiqueb pelouse / épouse féminine, classiquea antilope / m’enveloppe féminine, classiqueb sœur / épaisseur masculine, classiquea arani / béni masculine, classiqueb prospères / pères féminine, classiquea sommes / hommes féminine, classiqueb Soleil / sommeil masculine, classiquea Yama / forma masculine, classiqueb recrée / sacrée féminine, classiquea éphémères / mères féminine, classiqueb Haris / taris masculine, classiquea encor / d’or masculine, classiqueb couple / souple féminine, classiquea flammes / âmes féminine, classiqueb tien / soutien masculine, classiquea originel / fraternel masculine, classiqueb égale / conjugale féminine, classiquea connaître / être féminine, classiqueb pas masculine, classiquea main / chemin masculine, classiqueb joues / roues féminine, classiqueb âmras / bras masculine, classiquea l’ami / d’Yamî masculine, classiqueb sevrée / livrée féminine, classiquea avides / livides féminine, classiqueb matins / éteints masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.8· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

56 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies, Paris, Bibliothèque Charpentier, 1892· numérisation poesies.net· Sources