Poésies, 1801‑1815· Poëmes· Alfred
Chant quatrième
« N'en doutez pas,‖ c'est lui, c'est lui, mon père !J'ai de son luth‖ reconnu la douceur.C'était sa voix :‖ cette voix toujours chèreA retenti‖ jusqu'au fond de mon cœur.— Y songes-tu,‖ ma fille ? Quel prodigeL'eût amené‖ dans ce séjour d'effroi ?— C'est lui, mon père !‖ — Il maudissait son roi ;Le pourrait-il ?‖ Détrompe-toi, te dis-je. »Dans une tour,‖ sur le tertre voisin,Ainsi parlait‖ à sa fille éperdueLe vieux Saxon‖ dont la mort suspendue…C'était Olgard,‖ et l'amante d'Edvin.
Mais la nuit règne,‖ et les autans mugissent ;Au camp danois‖ cependant retentissentLes jeux bruyants,‖ les ris désordonnés,L'aigre dispute‖ et les cris forcenés.L'affreuse Orgie‖ et la Débauche immonde,La coupe en main,‖ circulent à la ronde.Le frêne antique‖ et les chênes altiersSont dévorés‖ par la flamme éclatante,Fournaise immense‖ où des bœufs tout entiersTombe à grand bruit‖ la masse palpitante.La flamme à peine‖ a coloré leurs flancs,Que par lambeaux‖ leur chair est arrachée,Et que leurs os‖ dont la terre est jonchéeLoin du festin‖ roulent, noirs et brûlants.De tous côtés‖ les coupes étincellent ;De tous côtés‖ les breuvages ruissellent ;Elles soldais,‖ près des foyers ardents,Hurlent en chœur‖ des refrains discordants.
Parmi les chefs‖ assemblés sous sa tente,Le sombre Ivar,‖ de moment en moment,D'un air distrait,‖ verse et boit froidementEt l'hydromel,‖ et la bière écumante.Au vieux Reener‖ il songeait, et son œilCherchait le barde‖ assis non loin du seuil :« Approche, Edvin !‖ parle-moi de mon père ;Ainsi qu'à moi‖ sa mémoire t'est chère,Buvons à lui :‖ remplis la coupe d'or,Et vide-la‖ pour la remplir encor ! »L'instant d'après,‖ frémissant de colère,Ivar se lève,‖ et, déjà chancelant :« Ta coupe, Edvin !‖ Bois au trépas sanglantDu meurtrier‖ qui m'a privé d'un frère.— Arrête, Ivar !‖… Le luth mélodieuxNe s'unit point‖ à la coupe d'ivresse ;Le barde austère‖ a besoin de sagesse :Sobre ici-bas,‖ je boirai chez les dieux. »
D'Ivar pensif‖ le front alors s'abaisse ;D'une voix sombre‖ il prononce ces mots :« Fidèle Ubba,‖ l'ami de ma jeunesse,Qui partageais‖ mes plaisirs et mes maux !Tu n'es plus là.‖ Dans l'amère tristesse,Le cœur d'Ivar‖ lentement se flétrit ;Le plus doux miel‖ sur mes lèvres s'aigrit. »Et sa fureur‖ tout à coup se ranime :« Ouvre la tour,‖ impétueux Rismar !Amène-moi‖ l'une et l'autre victime ;Je veux les voir.‖ — Que vas-tu faire, Ivar ?S'écrie Edvin :‖ songe à la foi jurée.— Oui. Ma parole‖ en tout temps fut sacrée :Songe à la tienne,‖ EJvin. — Rassure-toi.A sa promesse‖ Edvin sera fidèle.Demain, aux feux‖ de l'aurore nouvelle,Alfred ici‖ doit paraître avec moi. »Il dit. Rismar‖ sous la tente guerrièreAu chef danois‖ amène brusquementLe vieux captif,‖ la jeune prisonnière…Edvin recule.‖ Un cri d'étonnementVa le trahir ;‖ mais la fille et le père,Déguisant mieux‖ leur trouble et leur effroi,Gardent tous deux‖ un visage sévère.» Où t'ai-je vu,‖ jeune barde ? et pourquoiCette surprise…‖ — Hélas ! pardonnez-moi,Noble vieillard,‖ et vous, belle étrangère ;Un doux prestige‖ avait trompé mon cœur :J'ai cru revoir‖ et mon père et ma sœur.— Jusqu'à demain‖ sous la prochaine tenteVous resterez,‖ gardés par mes soldats,Captifs ! Demain,‖ la vie ou le trépas.Malheur à vous,‖ s'il trahit mon attente !— Malheur à moi‖ plutôt !… reprend Edvin.Infortunés,‖ comptez sur moi ; j'espèreQu'en vous ici‖ je n'aurai pas en vainRevu ma sœur‖ et retrouvé mon père.— Prends, dit Ivar,‖ prends ton luth inspiré.Les fiers accords‖ plaisent au Scandinave ;Va, dans ce camp‖ au tumulte livré,A mes guerriers‖ chanter l'hymne du brave ;Tu me réponds‖ d'eux tous. — Sois sûr de moi.Je te l'ai dit,‖ Ivar, tu peux m'en croire :Je sais un chant‖ qui donne la victoire,Je sais un chant‖ qui dissipe l'effroi. «Soudain il part,‖ dans sa marche discrèteObservant tout,‖ les passages ouverts,Les feux éteints‖ et les postes déserts.Là, dérobant‖ son approche secrète.Il entrera‖ par des chemins couverts ;Là, des Danois‖ prévenant la retraite,Il leur destine‖ ou la mort ou des fers.Tout est prévu,‖ tout est dans sa pensée,Et sa victoire‖ est déjà commencée.Prudent, il chante ;‖ et les Danois ravisPrêtent l'oreille‖ à ces trompeurs avis :
Buvez, buvez,‖ en attendant l'aurore !Qu'elle vous trouve‖ au milieu des festins.Buvez, buvez !‖ Le jour est loin encore,Et les brasiers‖ ne se sont pas éteints.
Chantez, chantez !‖ que votre voix sonoreFrappe l'écho‖ des rivages lointains.Chantez, chantez !‖ le jour est loin encore,Et les brasiers‖ ne se sont pas éteints.
Dormez, dormez !‖ En attendant l'aurore,Rêvez la gloire‖ et les futurs destins !Donnez, dormez !‖ le jour est loin encore,Et les brasiers‖ ne se sont pas éteints.
Mais un Danois‖ l'observait en silence :« Pourquoi ce luth ?‖ il sied mal à ta main,Barde ; et mes yeux‖ t'ont vu porter la lance. »Il dit, se lève ;‖ Alfred suit son chemin.
« Ivar ! Ivar !‖ sais-tu qui tout à l'heureDans notre camp‖ chantait l'hymne au guerrier ?— Sans doute. Eh bien ?‖ — Ou qu'à l'instant je meure,Ou c'est d'Ubba‖ le fatal meurtrier.— De tes discours‖ la raison est bannie.Quoi ! sous les coups‖ d'un chanteur de Scanie,De qui la main‖ n'a point touché le Ter,Ubba, l'honneur‖ de la Scandinavie,Le fier Ubba,‖ le fils du grand Reener,Aurait perdu‖ sa généreuse vie !Pour sa mémoire‖ as-tu tant de mépris ?…Trop de breuvage‖ a troublé tes esprits :Va sommeiller.‖ — Je vis périr ton frère ;J'ai reconnu…‖ — Cesse, ou crains ma colère ! »Le Scandinave,‖ à cet ordre soumis,S'éloigne ; Edvin,‖ dans la nuit ténébreuse,Passe au milieu‖ des gardes endormis,Et librement‖ poursuit sa marche heureuseVers la forêt‖ où veillent ses amis.
Dévon alors‖ redoublait l'énergieDe ses soldats‖ autour de lui rangés.Ce n'étaient point‖ la turbulente orgie,Les chants impurs‖ et les cris prolongésDe ces Danois‖ dans l'ivresse plongés ;Mais une troupe‖ aux combats toujours prête,Qui, repoussant‖ les douceurs du sommeil,Debout, se plaint‖ de la nuit qui l'arrête,Et, tout armée,‖ appelle le soleil.
Au vaste sein‖ de la forêt obscureS'ouvre et s'étend‖ un cirque sans mesure,Désert sauvage,‖ et dont les pas humainsOnt rarement‖ fréquenté les chemins.Inébranlable,‖ un majestueux chêne,Seul, se balance‖ au milieu de la plaine,En vain battu‖ des tempêtes du Nord.Tel un héros,‖ seul avec son courage,Résiste seul‖ aux efforts de l'orage,Et sans plier‖ soutient les coups du sort.Sur ce rameau‖ le grand Alfred lui-même,Partant, hélas !‖ incertain du retour,Vint tristement‖ poser son diadème,Et s'enfonça‖ dans les bois d'alentour.Dévon, au pied‖ de l'arbre solitaire,A la clarté‖ des flambeaux pétillants,Avait conduit‖ les chefs les plus vaillants.Il leur disait :‖ « Soutiens de l'Angleterre !De vous dépend‖ le destin de la guerre.Jadis Alfred‖ vous guidait aux exploits ;Vengez Alfred, ou du moins sa mémoire,Et que son nom,‖ gage de la victoire,Porte la mort‖ dans le camp du Danois !Ces feux épars,‖ cette nuit, ce silence,Ce chêne altier‖ qui dans l'air se balance,Ces ornements‖ suspendus sur nos fronts,Et qui d'Alfred‖ rappellent les affronts,Tout semble ici‖ nous parler de vengeance.Vengeons Alfred !‖ Eh ! que diriez-vous tousSi du tombeau‖ sa grande ombre échappée,Sous ce feuillage,‖ aux lueurs de l'épée,Apparaissait‖ pour combattre avec nous ? »A cette image,‖ au saint nom de leur maître,Tous répétaient :‖ « Puisse-t-il apparaître !— Braves amis !‖ Alfred est devant vous, »Dit le héros ;‖ et la troupe étonnéeTressaille, et tombe‖ à ses pieds prosternée,En s'écriant :‖ « Mânes chers et proscrits !Dans la nuit sombre‖ entendiez-vous nos cris ?— Alfred vous parle,‖ et non son vain fantôme ;Je suis vivant :‖ sur les brigands du NordJ'aurai demain‖ reconquis mon royaume.Je suis vivant :‖ le Danois seul est mort. »
Tandis qu'Alfred‖ embrasse avec tendresseLe digne ami‖ qui protégea son sort,Autour du chêne‖ une foule s'empresse ;Et, sous vingt bras‖ courbé non sans effort,Un vert rameau‖ de la tige robusteAu front royal‖ rend la couronne auguste.Eu même temps‖ éclatent dans les airsLes glaives nus,‖ les enseignes dorées ;Les boucliers,‖ les lances acéréesOnt confondu‖ leur bruit et leurs éclairs.Les cris joyeux‖ et les chansons de gloireA cette fêle‖ invitent la victoire ;Elle y Viendra ;‖ pour elle est déployéLe vieux drapeau‖ si longtemps oublié,Dont les replis‖ enferment l'épouvante.Sur le tissu‖ respire un coursier blancQui, l'œil en feu,‖ la crinière mouvante,Souffle la guerre‖ et provoque le sang.
Couvert bientôt‖ d'une armure nouvelle,Le grand Alfred‖ a gardé toutefoisLa noble écharpe‖ et l'instrument fidèleDont les accords‖ se mêlaient à sa voix,Et sur ses pas‖ l'impétueuse éliteAu camp danois‖ vole et se précipite.Durant sa route‖ il compte les moments :L'affreux bûcher,‖ la hache suspendue,Semblent présents‖ à son âme éperdue.« Éloignez-vous,‖ tristes pressentiments !Se disait-il ;‖ le lien des serments,Lien sacré‖ pour la Scandinavie,Retient d'Ivar‖ la fureur asservie ;Ivar lui-même,‖ à l'aspect de la mort,De ses captifs‖ abandonnant le sort,Ne songera‖ qu'à défendre sa vie.A mon exil‖ toi qui vins m'arracher,Dieu protecteur !‖ que ta bonté suprêmeBrise le glaive,‖ éteigne le bûcher !Veiller sur eux,‖ c'est veiller sur moi-même… »
Mais sous sa tente‖ Ivar préoccupéD'un trouble extrême‖ est tout à coup frappé :« Le jeune barde‖ est lent à reparaître !S'il m'abusait !‖… Si le guerrier danois…Cet inconnu‖ ne serait-il qu'un traître ?…Et ces captifs‖ qu'il semblait reconnaître… ?Et son maintien,‖ et ses yeux, et sa voix… ?Serait-il vrai‖ qu'en un perfide piége… ?Éclaircissons‖ le doute qui m'assiége. »Et, s'élançant‖ vers les deux prisonniers :« Répondez-moi ;‖ parlez sans imposture,Et prévenez‖ l'effroyable tortureQui vous attend‖ sur les ardents brasiers !— La vérité‖ sur mes lèvres réside,Répond Olgard ;‖ je la dis sans trembler.Un seul instant‖ j'ai pu dissimuler,Et, j'en rougis.‖ — Tu connais le perfideQui dans ces lieux‖ est venu sur tes pas ?Dis. — A ce nom‖ je ne le connais pas.— Ce jeune barde,‖ est-ce Edvin qu'il s'appelle ?— Oui. — D'où vient-il ?‖ — De mon humble séjour.Hier pour lui,‖ dés le lever du jour,Nous cheminions‖ vers l'antique chapelle ;Au bord lointain,‖ pour lui notre ferveurAllait du ciel‖ implorer la faveur,Quand un ramas‖ de brigands ScandinavesVint nous surprendre‖ et nous fit tes esclaves.— Et cet Edvin,‖ quand doit-il revenir ?— Demain, cruel,‖ armé pour te punir.— Qu'oses-tu dire,‖ étranger téméraire ?Quoi ! ce chanteur…‖ — Il a tué ton frère,Et chez les morts‖ il va vous réunir. »Ivar frémit ;‖ la rage le consume :« Courez, soldats !‖ que le bûcher s'allume,Et qu'à l'instant‖ ces captifs abhorrésAu sein des feux‖ expirent dévorés !Du vaste camp‖ parcourez l'étendue ;Que l'insolent‖ soit saisi !… Malheureux,Tu m'appartiens,‖ et la mort qui t'est dueConsolera‖ mon désespoir affreux. »Comme il parlait,‖ un bruit confus s'élève ;Il voit dans l'ombre‖ étinceler le glaive,Frappe son front,‖ et crie à ses soldats :« Je suis trahi ;‖ mais frémisse le traître !Vous, des captifs‖ ne vous éloignez pas ;Vous, redoublez‖ les feux ; bientôt peut-êtreJe reviendrai‖ jouir de leur trépas. »Il est parti.‖ Déjà, sur son passage,Au bruit du cor‖ ses Danois réveillésSont accourus‖ avec des cris de rage,Ivres encore‖ et d'armes dépouillés.Des longs débris‖ de l'orgie infernaleQue sur leurs pas‖ la terre encore étaleIls sont armés :‖ les hideux ossements,Du front des bœufs‖ l'armure menaçante,La coupe énorme‖ et les lisons fumants,Tout sert de glaive‖ à leur main frémissante.A pas pressés‖ Tremnor, Usdal, RismarSuivent de loin‖ l'audacieux Ivar :Ivar, hurlant,‖ court à travers la plaine ;Sans s'arrêter,‖ il renverse, il entraîne,Ouvre les rangs,‖ abat les étendards ;Du large glaive‖ et de la double hacheIl perce, il tranche,‖ il brise, et sans relâcheAu même instant‖ frappe de toutes parts.De toutes parts‖ les hordes Scandinaves,Parmi les rangs‖ des Saxons étonnésOnt répandu‖ leurs flots désordonnés :Tel un volcan‖ précipite ses lavesDu haut des monts‖ par ses feux sillonnés.A leurs efforts,‖ un moment redoutables,A leur audace‖ et sans règle et sans frein,Bientôt Alfred‖ oppose un mur d'airain.Ses bataillons,‖ serrés, impénétrables,Autour de lui‖ viennent se rallier ;Et des Danois‖ l'attaque repousséeFaiblit, pareille‖ à la flèche émoussée,Qui d'un vain bruit‖ frappa le bouclier.
Devant ses pas,‖ Alfred voit sur la terreMorts et mourants‖ au loin s'amonceler,Et frémissant‖ des horreurs de la guerre :« Le sang d'un seul,‖ dit-il, pouvait couler.Superbe Ivar,‖ où donc. est ton audace ?A l'appeler‖ j'ai fatigué ma voix.De te chercher‖ une dernière foisJe daignerai‖ te faire encor la grâce. »Et dans la foule‖ il court se replonger.Dévon le suit‖ et bientôt le devance :A son monarque‖ épargner un danger,Combattre Ivar,‖ telle est son espérance.Tandis qu'Alfred,‖ du haut d'un roc voisin,A son appel‖ entend répondre enfin,Parmi les rangs‖ le Danois intrépideCourt furieux :‖ « Qui m'appelle ? — C'est moi.— Qui donc ? — Dévon.‖ Arrête, et défends-loi. »Et de leurs coups‖ un échange rapideAu même instant‖ fait scintiller dans l'airDu fer croisé‖ l'étincelant éclair.Le cimeterre‖ à la pointe luisante,Aux deux tranchants‖ récemment aiguisés,Trahit d'Ivar‖ les efforts épuisés ;Il se saisit‖ de sa hache pesante :Soin superflu !‖ Par Dévon assailli,Il pare en vain‖ l'atteinte de l'épée ;Deux fois déjà‖ son sang a rejailli,Et sa cuirasse‖ en est toute trempée.Dans le passage‖ ouvert avec effortAu sein durci‖ de la cuirasse épaisse,L'ami d'Alfred‖ espère avec adressePlonger ensemble‖ et le fer et la mort :Ivar recule‖ et trompe son attente ;Son fer se rompt‖ sur l'armure éclatante.Ivar joyeux‖ triomphe… Alfred paraît,Baisse son casque,‖ et lui dit : « Es-tu prêt ? »A cette voix,‖ que pourtant il déguise,A cette taille,‖ il ce port de héros,Le Scandinave‖ est saisi de surprise.
« As-tu besoin‖ d'un instant de repos ?Lui dit Alfred,‖ je te l'accorde. — Guerre !Répond Ivar,‖ du pied frappant la terreEt par ces mots‖ se croyant offensé :Vois si mes coups‖ partent d'un bras lassé. »En même temps,‖ plus prompt que la tempête,D'Alfred tranquille‖ en fureur s'approchant,Sur le cimier‖ qui décore sa tèteIl fait tomber‖ le rapide tranchant.Le haut cimier‖ à la crête dorée,Brisé sans peine,‖ a tournoyé dans l'air ;Mais le tranchant,‖ repoussé par le fer,Glisse en sifflant‖ sur l'épaule effleurée.Alfred échappe‖ à l'effort meurtrier ;Il y répond‖ d'un coup épouvantableQue, sans l'airain‖ de l'épais baudrier,Aurait suivi la mort inévitable.Le chef danois‖ vomit des flots de sang,Et fuit… Alfred‖ s'attache à sa poursuite.Tremnor d'Ivar‖ veut protéger la fuite,Mais de Tremnor‖ Alfred ouvre le flanc.Rismar frappé‖ tombe. Levant la lance,Usdal en vain‖ leur promet la vengeance ;Et tous les trois,‖ atteints du même fer…Pleurez, pleurez,‖ ô filles de Reener !Dieu ! les voici‖ La tête échevelée,Le front livide,‖ au fort de la mêlée,De trois coursiers‖ plus blancs que les frimasLeurs cris aigus‖ précipitent les pas,Les pas sanglants…‖ Hélas ! que faisaient-elles ?Sans le savoir‖ ces amantes cruellesOnt, sous les pieds‖ de leurs coursiers fumants,Foulé le corps‖ de leurs pâles amants.
De ces trois sœurs‖ l'approche inattendue,Leurs noirs cheveux,‖ leurs cris, leur main tendue,Leurs blancs coursiers‖ aussi prompts que l'éclairJettent l'effroi‖ dans la foule éperdue ;Les fils d'Odin,‖ laissant tomber le fer,Poussent des cris‖ et détournent la vue.Ils croyaient voir‖ les trois Parques du Nord,Quittant pour eux‖ la demeure éternelle,Paraître ensemble,‖ et du signe de mortLes désigner‖ pour leur moisson cruelle.
Alfred accourt :‖ Alfred habilement/Sait profiter‖ de leur saisissement ;Autour de lui‖ la mort se multiplie ;Rapide, il fond‖ sur la troupe qui plie,L'enfonce, et seul,‖ d'ennemis entouré,Prend de ses mains‖ leur étendard sacré.Pour lui dés lors‖ la victoire est certaine ;Les sœurs d'Ivar,‖ en frissonnant d'horreur,Ont regagné‖ leur caverne lointaine ;Et les Danois,‖ vaincus par la terreur,D'un dernier cri‖ font retentir la plaine.
Le fier Ivar,‖ à la fuite réduit,Rugit de rage‖ et vomit le blasphème.De sa défaite‖ il accuse et la nuit,Et les Danois,‖ et ses sœurs, et lui-même :« Oui, disait-il,‖ j'ai mérité mon sort.Apaise-toi,‖ fantôme de mon frère !Il brûle encor,‖ le bûcher funéraire !Apaise-toi,‖ je vais venger ta mort. »Alors il court‖ vers la lente voisineQue le bûcher‖ de sa flamme illumine ;Ses fortes mains‖ saisissent à la foisElle vieillard‖ et sa fille tremblante ;Et les traînant‖ vers la roche brûlante :« Sors de la tombe,‖ ô mon frère ! et reçoisCe sacrifice‖ à ton ombre sanglante.— Edvin ! Edvin !‖ mon père va mourir :Ah ! si jamais‖ sa fille te fui chère,Laisseras-tu‖ sacrifier mon père ?— Non, crie Edvin,‖ je viens vous secourir.Parjure Ivar !‖ tombe devant ton maître. »Et sous ses pieds,‖ renversé sans combat,Ivar confus‖ vainement se débat.« Du barde Edvin‖ il te souvient peut-être ?Pour te payer‖ de l'hospitalité,De son serment‖ Edvin est acquitté.Il t'a promis‖ de te faire apparaîtreAlfred vivant…‖ Sois satisfait ; c'est moi :Reçois de moi‖ la vie, et lève-toi. »En même temps‖ il détourne son glaive,Et lentement‖ le Danois se relève.Au nom d'Alfred,‖ le vieil Olgard surprisCroit qu'un vain songe‖ a troublé ses esprits.Il veut parler,‖ et sa parole expire.A ses côtés‖ son Edvitba soupire.Elle compare‖ ( et non pas sans effroi )Le nom de prince‖ et le nom de bergère,Et dans Edvin,‖ qu'elle appelait son frère,Gémit tout bas‖ de retrouver son roi.Tandis qu'Alfred‖ les contemple en silence,Ivar lui dit :‖ « Perce-moi de ta lance ;Délivre-moi‖ du jour. — Moi, t'immoler !Non, tu vivras ;‖ je veux te consoler.Je te rendrai‖ le glaive, la puissance,Le bonheur même.‖ — Hélas ! me rendra-t-onDe mes travaux‖ le brave compagnon ?J'ai tout perdu,‖ tout jusqu'à la vengeance.Mais dis : mon frère‖ est-il mort sous tes yeux ?— Oui, sous mes veux.‖ — Comment ? — Calme et farouche.— Est-ce là tout ?‖ — Le rire sur la bouche.— Je suis content :‖ mon frère est chez les dieux. »La sombre joie‖ a passé dans son âme ;Son front est calme,‖ et son sourire amer :Au sein des feux‖ il s'élance, et la flammeEnsevelit‖ l'héritier de Reener.
De cette scène‖ imprévue éternelleAlfred ému‖ se détourne ; ses yeuxCherchent Dévon :‖ « Ami brave et fidèle,Viens recevoir‖ ce fer victorieux,Trop faible prix‖ de ton généreux zèle. »Il ajouta :‖ « Je vous délivre tous,Danois ! Vos fils‖ béniront ma mémoire ;Votre vainqueur‖ entre son peuple et vousPartagera‖ son vaste territoire.Pour le vrai Dieu,‖ l'unique Dieu, le mien,Vous quitterez‖ l'aveugle idolâtrie,Et sur vos fronts‖ le signe du chrétienVous ouvrira‖ la céleste patrie.Londres bientôt‖ reconnaîtra son roi :Vous m'y suivrez,‖ et les Danois fidèles,Soumis sans honte,‖ et libres sous ma loi,A mes sujets‖ serviront de modèles. »Il parle encor ;‖ leur cri de libertéFrappe déjà‖ la plaine et le rivage,Et de leurs mains‖ sur un tertre sauvageLe grand Alfred‖ en triomphe est porté.Le vieil Olgard‖ tombe aux pieds de son maître.« Vous à mes pieds !‖ Ah ! venez sur mon cœur.Je suis Edvin,‖ et je veux toujours l'être ;Soyez mon père,‖ Olgard ! A mon bonheurIl manque un bien‖ dont mon âme est jalouse :Sous la chaumière‖ Edvitha fut ma sœur,Que sur le trône‖ elle soit mon épouse ! »Le front d'Olgard‖ de rougeur s'est couvert,Tant le confond‖ une faveur si grande !Alfred alors :‖ « Sais-tu, soldat d'Ecbert,Que par ma voix‖ Ecbert te la demande ?Sais-tu, vieillard,‖ qu'un soldat tel que toiPeut honorer‖ la famille d'un roi ? »L'heureux Olgard‖ s'incline ; et de son pèreAlfred obtient‖ la main de la bergère ;Et, la guidant‖ vers le tertre isolé,Il la présente‖ à ce peuple assemblé :« Dignes Saxons !‖ valeureux Scandinaves !Leur a-t-il dit,‖ reconnaissez-la tous,C'est votre reine ;‖ elle est digne de vous,Et la beauté‖ doit régner sur les braves. »A ces accents,‖ qui font battre son cœur,La jeune reine,‖ encor simple et timide,Ne répond rien,‖ mais lève avec lenteurSon doux regard‖ et sa paupière humide,Pour contempler‖ ce roi qui fut pasteur.
Alfred, assis‖ au trône d'Angleterre,Songeait souvent‖ à l'île solitaire.De chaque année‖ il consacrait dix joursA visiter‖ cette modeste plage :Son Edvitha‖ l'accompagnait toujours.Olgard longtemps,‖ malgré le poids de l'âge,Suivit leurs pas ;‖ et son toit protégéFut désormais‖ en chapelle érigé.En lettres d'or,‖ sur un autel d'albâtre,On y grava‖ le nom des deux époux ;Et le saint lieu,‖ conservé jusqu'à nous,Se nomme encor‖ la Chapelle du Pâtre.
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 37[abab] 32[abba] 64[aa] 6[ababa] 1[ababba] 1[abbacac] 1[ababb] 2[abbaa] 3[aabba] 2[abbacca] 1[abaab] 2[abbab] 1[ababcbc]
- Mètre
- Décasyllabes· profil 4+6
- Mots à la rime
- a père / chère féminine, classiqueb douceur / cœur masculine, classiquec prodige / dis-je féminine, classiqued d'effroi / roi masculine, classiquee voisin / d'Edvin masculine, classiquef éperdue / suspendue féminine, classiquea mugissent / retentissent féminine, classiqueb désordonnés / forcenés masculine, classiquec immonde / ronde féminine, classiqued altiers / entiers masculine, classiquee éclatante / palpitante féminine, classiquef flancs / brûlants masculine, classiqueg arrachée / jonchée féminine, classiqueh étincellent / ruissellent féminine, classiquei ardents / discordants masculine, classiquea tente / écumante féminine, classiqueb moment / froidement masculine, classiquec œil / seuil masculine, classiquee d'or / encor masculine, classiquef colère / frère féminine, classiqueg chancelant / sanglant masculine, classiqueh mélodieux / dieux masculine, classiquei d'ivresse / sagesse féminine, classiquea s'abaisse / jeunesse / tristesse féminine, classiqueb mots / maux masculine, classiquec flétrit / s'aigrit masculine, classiqued ranime / victime féminine, classiquee Rismar / Ivar masculine, classiquef jurée / sacrée féminine, classiqueg Rassure-toi / moi masculine, classiqueh fidèle / nouvelle féminine, classiquei guerrière / prisonnière féminine, classiquej brusquement / d'étonnement masculine, classiquek père / sévère / étrangère féminine, classiquel effroi / pourquoi / pardonnez-moi masculine, classiquem cœur / sœur masculine, classiquen tente / attente féminine, classiqueo soldats / trépas masculine, classiquep Edvin / vain masculine, classiqueq j'espère / père féminine, classiquer inspiré / livré masculine, classiques Scandinave / brave féminine, classiquet moi / l'effroi masculine, classiqueu croire / victoire féminine, classiquev discrète / secrète / retraite féminine, classiquew ouverts / déserts masculine, classiquex couverts / fers masculine, classiquey pensée / commencée féminine, classiquez ravis / avis masculine, classiquea l'aurore / encore féminine, classiqueb festins / éteints masculine, classiquea sonore / encore féminine, classiqueb lointains / éteints masculine, classiqueb destins / éteints masculine, classiquea silence / lance féminine, classiqueb main / chemin masculine, classiquea l'heure / meure féminine, classiqueb guerrier / meurtrier masculine, classiquec bannie / Scanie féminine, classiqued Ter / Reener masculine, classiquee Scandinavie / vie féminine, classiquef mépris / esprits masculine, classiqueg frère / colère féminine, classiqueh soumis / endormis / amis masculine, classiquei ténébreuse / heureuse féminine, équivalentea l'énergie / orgie féminine, classiqueb rangés / prolongés / plongés masculine, classiquec prête / l'arrête féminine, classiqued sommeil / soleil masculine, classiquea obscure / mesure féminine, classiqueb humains / chemins masculine, classiquec chêne / plaine féminine, classiqued Nord / sort masculine, classiquee courage / l'orage féminine, classiquef lui-même / diadème féminine, classiqueg retour / d'alentour masculine, classiqueh solitaire / l'Angleterre / guerre féminine, classiquei pétillants / vaillants masculine, classiquej exploits / Danois masculine, classiquek mémoire / victoire féminine, classiquel silence / balance / vengeance féminine, classiquem fronts / affronts masculine, classiquen tous / nous / vous masculine, classiqueo échappée / l'épée féminine, classiquep maître / apparaître féminine, classiqueq étonnée / prosternée féminine, classiquer proscrits / cris masculine, classiques fantôme / royaume féminine, classiquet Nord / mort masculine, classiquea tendresse / s'empresse féminine, classiqueb sort / effort masculine, classiquec robuste / auguste féminine, classiqued airs / éclairs masculine, classiquee dorées / acérées féminine, classiquef gloire / victoire féminine, classiqueg déployé / oublié masculine, classiqueh l'épouvante / mouvante féminine, classiquei blanc / sang masculine, classiquea nouvelle / fidèle féminine, classiqueb toutefois / voix masculine, classiquec élite / précipite féminine, classiqued moments / pressentiments / serments masculine, classiquee suspendue / éperdue féminine, classiquef Scandinavie / asservie / vie féminine, classiqueg mort / sort masculine, classiqueh m'arracher / bûcher masculine, classiquei suprême / moi-même féminine, classiquea préoccupé / frappé masculine, classiqueb reparaître / traître / reconnaître féminine, classiquec danois / voix masculine, classiqued piége / m'assiége féminine, classiquee prisonniers / brasiers masculine, classiquef imposture / torture féminine, classiqueg réside / perfide féminine, classiqueh trembler / dissimuler masculine, classiquei pas masculine, classiquej s'appelle / chapelle féminine, classiquek séjour / jour masculine, classiquel ferveur / faveur masculine, classiquem Scandinaves / esclaves féminine, classiquen revenir / punir / réunir masculine, classiqueo téméraire / frère féminine, classiquep consume / s'allume féminine, classiqueq abhorrés / dévorés masculine, classiquer l'étendue / due féminine, classiques Malheureux / affreux masculine, classiquet s'élève / glaive féminine, classiqueu soldats / pas / trépas masculine, classiquev traître / peut-être féminine, classiquew passage / rage féminine, classiquex réveillés / dépouillés masculine, classiquey infernale / étale féminine, classiquez ossements / fumants masculine, classiquea menaçante / frémissante féminine, classiquec plaine / entraîne féminine, classiqued étendards / parts masculine, classiquee hache / relâche féminine, classiquef Scandinaves / laves féminine, classiqueg étonnés / désordonnés / sillonnés masculine, classiqueh redoutables / impénétrables féminine, classiquei frein / d'airain masculine, classiquej rallier / bouclier masculine, classiquek repoussée / émoussée féminine, classiquea terre / guerre féminine, classiqueb s'amonceler / couler masculine, classiquec audace / grâce féminine, classiqued voix / fois masculine, classiquee replonger / danger masculine, classiquef devance / espérance féminine, classiqueg voisin / enfin masculine, classiqueh intrépide / rapide féminine, classiquei moi / défends-loi masculine, classiquej l'air / éclair masculine, classiquek luisante / pesante féminine, classiquel aiguisés / épuisés masculine, classiquem assailli / rejailli masculine, classiquen l'épée / trempée féminine, classiqueo effort / mort masculine, classiquep épaisse / adresse féminine, classiqueq attente / éclatante féminine, classiquer paraît / prêt masculine, classiques déguise / surprise féminine, classiquet héros / repos masculine, classiqueb Guerre / terre féminine, classiquec offensé / lassé masculine, classiqued tempête / tète féminine, classiquee s'approchant / tranchant masculine, classiquef dorée / effleurée féminine, classiqueg l'air / fer masculine, classiqueh meurtrier / baudrier masculine, classiquei épouvantable / inévitable féminine, classiquej sang / flanc masculine, classiquek poursuite / fuite féminine, classiquel lance / vengeance féminine, classiquem fer / Reener masculine, classiquen échevelée / mêlée féminine, classiqueo frimas / pas masculine, classiquep faisaient-elles / cruelles féminine, classiqueq fumants / amants masculine, classiquea inattendue / tendue féminine, classiqueb l'éclair / fer masculine, classiquec éperdue / vue féminine, classiquee éternelle / cruelle féminine, classiquea habilement / saisissement masculine, classiqueb multiplie / plie féminine, classiquec entouré / sacré masculine, classiqued certaine / lointaine / plaine féminine, classiquee d'horreur / terreur masculine, classiquea réduit / nuit masculine, classiqueb blasphème / lui-même féminine, classiquec sort / mort masculine, équivalented frère / funéraire féminine, classiquee voisine / illumine féminine, classiquef fois / reçois masculine, classiqueg tremblante / brûlante / sanglante féminine, classiqueh mourir / secourir masculine, classiquei chère / père féminine, classiquej maître / peut-être / apparaître féminine, classiquek combat / débat masculine, classiquel l'hospitalité / acquitté masculine, classiquem moi / lève-toi masculine, classiquen glaive / relève féminine, classiqueo surpris / esprits masculine, classiquep expire / soupire féminine, classiqueq effroi / roi masculine, classiquer bergère / frère féminine, classiquet t'immoler / consoler masculine, classiqueu puissance / vengeance féminine, classiquev rendra-t-on / compagnon masculine, classiquew yeux / dieux masculine, classiquex farouche / bouche féminine, classiquey âme / flamme féminine, classiquez amer / Reener masculine, classiquea éternelle / fidèle / zèle féminine, classiqueb yeux / victorieux masculine, classiquec tous / vous masculine, classiqued mémoire / territoire féminine, classiquee mien / chrétien masculine, classiquef idolâtrie / patrie féminine, classiqueg roi / loi masculine, classiqueh fidèles / modèles féminine, classiquei liberté / porté masculine, classiquej rivage / sauvage féminine, classiquek maître / l'être féminine, classiquel cœur / bonheur / sœur masculine, classiquem jalouse / épouse féminine, classiquen couvert / d'Ecbert masculine, classiqueo grande / demande féminine, classiquep toi / roi masculine, classiqueq père / bergère féminine, classiquer isolé / assemblé masculine, classiques Scandinaves / braves féminine, classiqueu cœur / lenteur / pasteur masculine, équivalentev timide / humide féminine, classiquea d'Angleterre / solitaire féminine, classiqueb jours / toujours masculine, classiquec plage / l'âge féminine, classiqued protégé / érigé masculine, classiquee d'albâtre / Pâtre féminine, classiquef époux / nous masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
513 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de, PARIS, CHARPENTIER, LIBRAIRE-ÉDITEUR, 1865· numérisation Bibliothèque numérique de Lyon· Sources