Poésies, 1801‑1815· Poëmes
L’amour maternel
De ma veine docile‖ échappés au hasard,Coulez, mes vers, coulez‖ sans effort et sans art !Une mère, un enfant,‖ voilà votre modèle :Soyez purs comme lui,‖ soyez tendres comme elle.Puisse un jour cette mère,‖ au berceau de son fils,Pensive, quelquefois‖ parcourir mes récits ;Et, reposant ses yeux‖ sur l'enfant qu'elle adore,Suspendre sa lecture,‖ et la reprendre encore !
Ce maternel amour,‖ par des charmes secrets,Émeut la brute même‖ au fond de ses forêts.L'hyène épouvantable‖ et l'affreuse panthèreSous leur farouche aspect‖ cachent un cœur de mère.Terrible en sa douleur,‖ par de lugubres crisLa lionne au désert‖ redemande ses fils.Lorsque du doux printemps‖ la présence fécondeAu souffle des zéphyrs‖ ressuscite le monde,Renonçant à ses jeux,‖ le peuple des oiseauxCherche au fond des bosquets‖ les plus sombres rameaux,Et la mère attentive‖ arrondit et décoreLe nid de ses enfants‖ qui ne sont pas encore.Philomèle en nos bois‖ suspend l'hymne d'amour ;En vain elle voit naître‖ et voit mourir le jour,L'écho ne redit plus‖ sa finale légère,Et son tendre silence‖ avertit qu'elle est mère.Mais d'un devoir si doux,‖ d'un si pur sentiment,Femme ! qui mieux que toi‖ connaît l'enchantement ?Quand d'un souffle immortel‖ Dieu même t'eut formée,Tu naquis pour aimer‖ comme pour être aimée.En vain ce Dieu t'impose‖ un long tribut de pleurs,Ton courage redouble‖ au sein de tes douleurs :La mère qui pour nous‖ a souffert sans faiblesse,Avec moins de tourments‖ aurait moins de tendresse.
Malheureux le mortel‖ dont le cœur isoléPar le doux nom de fils‖ ne fut point consolé !Il cherche tristement‖ un appui sur la terre,Et l'ennui vient s'asseoir‖ sous son toit solitaire.Le temps blanchit sa tête,‖ et les ans l'ont vaincu :Hélas ! il a vieilli,‖ mais il n'a point vécu.
Que j'aime à contempler‖ cette mère adoréeDe rejetons charmants‖ avec grâce entourée !L'un assiége son front,‖ d'autres pressent sa main ;Tandis que le plus jeune,‖ étendu sur son sein,Sans bruit, cherchant la place‖ où son amour aspire,Gravit jusqu'à la bouche,‖ où l'appelle un sourire.Mais, par l'heure averti‖ moins que par son amour,Leur père impatient‖ est déjà de retour.Il entre… quelle image !‖ et quel moment de fête !Immobile et charmé,‖ sur le seuil il s'arrête.Ne respirant qu'à peine,‖ en silence il jouit,Sous son feutre à longs bords‖ son front s'épanouit ;Dans ses yeux paternels‖ la joie éclate et brille,Et du fond de son âme‖ il bénit sa famille.
Un père toutefois,‖ avec austérité,Tempère son amour‖ par la sévérité ;Il étend sur ses fils‖ sa longue prévoyance ;La mère sait aimer,‖ c'est toute sa science.J'en atteste un seul mot‖ par le cœur inspiré.Une mère perdit‖ son enfant adoré ;Son digne et vieux pasteur‖ sur sa vive souffranceVersait le baume heureux‖ d'une douce éloquence :« Ranimez, disait-il,‖ ce courage abattu ;« Du pieux Abraham‖ imitez la vertu.» Dieu demanda son fils,‖ et Dieu l'obtint d'un père.» — Ah ! Dieu ne l'eut jamais‖ exigé d'une mère ! »Cri sublime, qui seul‖ vaut les plus doctes chants !Et comment exprimer‖ ces transports si touchantsQu'à l'âme d'une mère‖ un tendre amour inspire ?Elle aime son enfant‖ même avant qu'il respire.Quand ce gage chéri,‖ si longtemps imploré,S'échappe avec effort‖ de son flanc déchiré,Dans quel enchantement‖ son oreille ravieReçoit le premier cri‖ qui l'annonce à la vie !Heureuse de souffrir,‖ on la voit tour à tourSoupirer de douleur‖ et tressaillir d'amour…Ah ! loin de le livrer‖ au sein de l'étrangère,Sa mère le nourrit,‖ elle est deux fois sa mère.Elle écoute, la nuit,‖ son paisible sommeil ;Par un souffle elle craint‖ de hâter son réveil.Elle entoure de soins‖ sa fragile existence ;Avec celle d'un fils‖ la sienne recommence ;Elle sait, dans ses cris‖ devinant ses désirs,Pour ses caprices même‖ inventer des plaisirs.Quand la raison précoce‖ a devancé son âge,Sa mère, la première,‖ épure son langage ;De mots nouveaux pour lui,‖ par de courtes leçons,Dans sa jeune mémoire‖ elle imprime les sons :Soin précieux et tendre,‖ aimable ministère,Qu'interrompent souvent‖ les baisers d'une mère !D'un naïf entretien‖ poursuit-elle le cours,Toujours interrogée,‖ elle répond toujours.Quelquefois une histoire‖ abrége la veillée :L'enfant prête une oreille‖ avide, émerveillée ;Appuyé sur sa mère,‖ à ses genoux assis,Il craint de perdre un mot‖ de ces fameux récits.Quelquefois de Gessner‖ la muse pastoraleOffre au jeune lecteur‖ sa riante morale ;Il s'amuse et s'instruit :‖ par un mélange heureux,Ses jeux sont des travaux,‖ ses travaux sont des jeux.
La lice va s'ouvrir :‖ l'étude opiniâtreTe dispute ce fils‖ que ton cœur idolâtre,Tendre mère ! Déjà‖ de sérieux loisirsPréparent ses succès‖ ainsi que tes plaisirs.Enfin luit la journée‖ où le rhéteur antique,D'un peuple turbulent‖ monarque flegmatique,Dépouillant de son front‖ la morne austérité,Décerne au jeune athlète‖ un laurier mérité.En silence on attache‖ une vue attendrieSur l'enfant qui promet‖ un homme à la patrie…Cet enfant, c'est le tien :‖ un cri part ; le vainqueurPorté par mille bras‖ est déjà sur ton cœur ;Son triomphe est à toi,‖ sa gloire t'environne,Et de pleurs maternels‖ tu mouilles sa couronne.
Il échappe à l'enfance,‖ et ses nouveaux destinsL'appellent désormais‖ vers les pays lointains :Ton âme se déchire‖ à cet adieu funeste…Mais, du moins, s'il s'éloigne,‖ une fille te reste :Ta fille caressante,‖ attachée à tes pas,Semble te dire : « Moi,‖ je ne partirai pas. »Moins changeante en ses goûts,‖ en ses jeux plus paisible,Son esprit est plus souple,‖ et son cœur plus sensible :Comme l'aube promet‖ le jour à l'horizon,Elle te fait déjà‖ pressentir sa raison ;Et, d'un devoir futur‖ déjà préoccupée,Rêve le nom de mère‖ en berçant sa poupée.Oh ! comme avec orgueil‖ ton regard enchantéVoit sa beauté naissante‖ éclipser ta beauté !Quand le trouble inconnu‖ d'une première flammeDe ses quinze printemps‖ vient avertir son âme,Ton silence attentif‖ interroge ses vœux,Et sa plus tendre amie‖ a ses plus doux aveux.
Mais il se lève enfin,‖ le jour où la tendresse,Aux vertus d'un époux‖ confiant sa jeunesse,Attache en soupirant‖ sur ce front virginalLa guirlande et le lin‖ du bandeau nuptial !Ta parure importune‖ est en vain préparée.Du bonheur de sa fille‖ une mère est parée ;Parmi les flots pressés‖ d'un peuple curieux,Tu t'avances ; la joie‖ étincelle en tes yeux.La voilà, celle enceinte‖ où jadis la familleUnit ta destinée‖ au père de ta fille !La majesté du lieu,‖ l'orgue et ses longs accents,Ces parfums solennels,‖ ces nuages d'encens,Des divines clartés‖ ce pur dépositaireQui grave dans les cieux‖ les serments de la terre,Le livre, les flambeaux,‖ les vases consacrés,De la religion‖ symboles révérés,L'autel, les deux époux,‖ le voile d'hyménéeQui s'étend soutenu‖ sur leur tète inclinée,Tout émeut, tout inspire‖ un saint recueillementLa mère est immobile,‖ et sourit tristement :Elle écoule, muette‖ et l'oreille captive,Ce seul mot que prononce‖ une bouche craintive ;Et le trouble touchant‖ de son cœur maternelEst encore une offrande‖ aux yeux de l'Éternel.
Charme consolateur,‖ la bonté d'une mère,De la bonté céleste‖ image auguste et chère,Trésor de tous les temps‖ et de tous les climats,A devancé la vie‖ et survit au trépas.Que des Canadiens‖ j'aime l'antique usage !Sur les bords du torrent,‖ près du rocher sauvage,Leur âme se nourrit‖ du charme des douleurs ;Ils cultivent la tombe‖ et l'arrosent de pleurs.Un tendre souvenir,‖ dans la saison nouvelle,Vers cet enclos sacré‖ doucement les rappelle.Morne et silencieux,‖ sur la pierre étendu,Le père croit revoir‖ le fils qu'il a perdu.Les yeux levés au ciel,‖ la mère désoléeS'approche avec lenteur‖ de l étroit mausolée,Et, soupirant le nom‖ de cet enfant chéri,Répand sur son tombeau‖ le lait qui l'eût nourri !
De son fils qui n'est plus‖ la plaintive IndienneVoit les vents balancer‖ la tombe aérienne…Mais, le jour où l'enfant‖ s'endort du grand sommeil,S'inclinant sur sa bouche,‖ elle attend son réveil :Quand le soleil trois fois‖ a doré le nuage,Elle lui forme un lit‖ de fleurs et de feuillage,De l'érable docile‖ agite le rameau…Et ne s'aperçoit pas‖ qu'elle berce un tombeau !
O de Madagascar‖ gémissante insulaire !Ton fils, qu'a réclamé‖ la fatale colère,Ton fils est en naissant‖ arraché de tes bras,Un inflexible dieu‖ le condamne au trépas.Ta voix se mêle au bruit‖ des vagues du rivage ;Elle attendrit l'écho‖ de ta grotte sauvage :» Dieu de pleurs et de sang !‖ qu'exiges-tu de moi ?» Dieu cruel ! quelle est donc‖ ta sanguinaire loi ?» Hélas ! pour t'obéir,‖ faut-il à l'innocence» Donner en même temps‖ et ravir l'existence ?« Mais si mon fils échappe‖ aux flots du noir torrent,» Comme un spectre hideux,‖ dans le désert errant,» Chargé d'une langueur‖ que chaque jour augmente,» Pâle et triste, insensible‖ aux baisers d'une amante,» Accablé de lui-même‖ et vieux avant le temps,» Malheureux, il vivra‖ pour mourir plus longtemps.« Qu'il meure… Qu'ai-je dit,‖ cruelle ? et je suis mère !» Non, mon fils, tu vivras.‖ S'il faut te satisfaire,» Redoutable Nyang !‖ frappe, je t'appartiens.» Me voici ; prends mes jours,‖ mais épargne les siens ! »
Si de l'antiquité‖ nous cherchons les vestigesAux poétiques lieux‖ si féconds en prestiges,Que de mouvants tableaux‖ se pressent sous nos yeux !Clylemnestre dispute‖ Iphigénie aux dieux.Aux bords du Simoïs,‖ sur les débris de Troie,Andromaque éplorée,‖ à sa douleur en proie,Cachant Astyanax‖ à ses vainqueurs jaloux,Recommande son fils‖ au tombeau d'un époux.Hécube échevelée,‖ et d'amour intrépide,Vole aux champs de la Thrace,‖ implacable Euménide.Frémis, Polymestor !‖… Évoquant Némésis,Aux mânes de son fils‖ clic immole tes fils.
Hâtons-nous d'écarter‖ ces images fatales.De l'antique Israël‖ parcourons les annales.Puissé-je retracer‖ avec fidélitéCes nobles traits, si grands‖ dans leur simplicité !
Dans le vaste silence,‖ une voix désoléeY retenti longtemps au fond de la vallée :C'est la voix de Rachel…‖ O regrets superflus !Ne la consolez point,‖ ses enfants ne sont plus.
De l'innocente Agar‖ qui ne sait l'aventure ?Dans le désert sans fruits,‖ sans ruisseaux, sans verdure,Elle a vu, d'un regard‖ sombre et désespéré,Le dernier aliment‖ par son fils dévoré ;Sur les arides bords‖ de la coupe épuiséeIsmaël porte en vain‖ une lèvre embrasée.Agar cherche autour d'elle…‖ Elle appelle trois fois,Et le désert immense‖ est muet à sa voix.» De l'eau ! lui dit l'enfant ;‖ des fruits ! ou que je meure ! »La triste Agar l'entend,‖ et se détourne, et pleure.Elle invoque le ciel :‖ « Daigne le secourir,» Grand Dieu ! je n'ai qu'un fils,‖ et ce fils va mourir.» Ne puis-je l'abreuver‖ de mes larmes amères ! »Agar ! il est un Dieu‖ qui veille sur les mères.Du séjour de la gloire‖ un ange est descendu ;L'onde jaillit : l'enfant‖ à la vie est rendu.Heureuse en un désert‖ que le soleil dévore,Sous le toit d'Abraham‖ Agar se croit encore.
Mais, sans interroger‖ le livre du passé,Qu'un plus récent exemple,‖ à nos yeux retracé,Dise par quel pouvoir‖ le maternel courageD'un lion dans Florence‖ intimida la rage.
De l'étroite prison‖ qui rassemble à grands fraisLes monstres des déserts,‖ les hôtes des forêts,Un lion s'échappa :‖ tout fuyait à sa vue.Dans le commun désordre,‖ une mère éperdueEmportait son enfant…‖ Dieu ! ce fardeau chéri,,De ses bras échappé,‖ tombe ; elle jette un cri,S'arrête, et l'aperçoit‖ sous la dent affamée.Elle reste immobile‖ et presque inanimée,Le front pâle, l'œil fixe‖ et les bras étendus.Elle reprend ses sens‖ un moment suspendus ;La frayeur l'accablait !‖ la frayeur la ranime.O prestige d'amour !‖ ô délire sublime !Elle tombe à genoux :‖ « Rends-moi, rends-moi mon filsCe lion si farouche‖ est ému par ses cris,La regarde, s'arrête,‖ et la regarde encore :Il semble deviner‖ qu'une mère l'implore.Il attache sur elle‖ un œil tranquille et doux,Lui rend ce bien si cher,‖ le pose à ses genoux,Contemple de l'enfant‖ le paisible sourire,Et dans le fond des bois‖ lentement se retire.
Tendres mères ! souffrez‖ qu'à ces récits nombreuxJ'ose ajouter encore‖ un récit douloureux ;Peut-être de mes chants‖ l'intérêt s'en augmente.
Délices de sa mère,‖ une fille charmanteDu père le plus tendre‖ était aussi l'amour.A sa neuvième année‖ il manquait un seul jour :Déjà pour célébrer‖ l'époque fortunéeLa fête de famille‖ allait être ordonnée ;Déjà… mais tout à coup‖ la jeune CoralyFuit les jeux ; sur ses traits‖ où la rose a pâliPar degrés se répand‖ une langueur secrète.Sa mère l'interroge,‖ elle reste muette.Bientôt d'un mal cruel‖ ses jours sont menacés ;Les brûlantes ardeurs‖ et les frissons glacésDe la fièvre inégale‖ attestent la présence.L'art s'arrête, étonné‖ de son insuffisance.L'élève d'Esculape‖ au chevet s'est assis :Il observe longtemps,‖ et, longtemps indécis,Reconnaît ce fléau‖ des rives étrangèresRécemment apporté‖ pour le malheur des mères.Il frémit, sans songer‖ qu'un avide regardÉpiait sur son front‖ les terreurs de son art.Hélas ! c'en fut assez‖ pour la triste Euphrasie.D'un invincible effroi‖ dès ce moment saisie,Elle ne rêva plus‖ qu'infortune et que mort.Pouf comble de douleur,‖ un inquiet transportAgita, tout un jour,‖ cette fille adorée.Souvent elle disait‖ d'une voix égarée :« Ma mère m'abandonne,‖ elle n'est point ici. »Sa mère, l'œil en pleurs,‖ répondait : « Me voici. »L'enfant la regardait,‖ et secouait la tète.» On ne me parle plus‖ des apprêts de la fête,Reprenait Coraly.‖ Je crois que j'y serai,A moins… » Elle se tait.‖ Dans un cœur ulcéréC'est ainsi qu'enfonçant‖ un trait qui le déchireDe sa mère souffrante‖ elle accroît le martyre.Sa mère cependant‖ la veillait ; une nuit,De son souffle pénible‖ elle écoutait le bruit :Des mots entrecoupés‖ et des soupirs plus sombresLui parurent soudain‖ sortir du sein des ombres ;Elle crut reconnaître,‖ à ces sons gémissants,L'effrayante agonie‖ et ses rauques accents.« Adieu, c'est pour toujours !‖ » fut l'adieu long et tendreQue d'une faible voix‖ Coraly fit entendre :Il lui semblait mourir.‖ D'Euphrasie à ces motsLe désespoir éclate‖ en douloureux sanglots.On accourt à ses (ris :‖ son époux, non sans peine,Muet et consterné,‖ loin de ces lieux l'entraîne ;Mais lui-même y revient‖ du baiser de douleurPresser un front livide‖ et des traits sans couleur.En tremblant il s'approche…‖ O bonheur ! ô merveille !Du sommeil de la mort‖ Coraly se réveille.La nature, de l'art‖ prévenant les secours,Par une crise heureuse‖ avait sauvé ses jours.« Viens, triste mère ! viens,‖ ta Coraly respire. »Elle ne répond pas.‖ D'un morne et froid délireL'égarement tranquille‖ occupe son esprit.Elle pleure parfois,‖ parfois elle sourit.Son trouble réfléchi‖ semble la raison même.« Ah ! lui dit son époux,‖ bénis le Dieu suprême :Notre fille est vivante,‖ et ce Dieu nous la rend.— Adieu, c'est pour toujours !‖ » répond-elle en pleurant.Dans le champ du repos,‖ voisin de son asile,Un jour, à ses regards,‖ sous le saule mobile,S'offrit récent encore‖ un étroit monument :« Elle est là ! » cria-t-elle ;‖ et depuis ce momentElle sema de fleurs‖ cette tombe inconnue.« Absente quelque temps,‖ la fille est revenue,Dit enfin son époux,‖ cherchant à la guérirDe ce trouble fatal‖ qu'elle aimait à nourrir.Tu l'aimais tant ! Veux-tu‖ qu'en les bras je l'amène ?— Non, répond Euphrasie.‖ Une espérance vaineA mes maux, à mon deuil‖ ne saurait m'arracher.Elle ne viendra point,‖ mais j'irai la chercher.— A tes yeux un instant‖ permets qu'elle paraisse.— Croit-on par un détour‖ abuser ma tendresse ?N'importe ! j'y consens.‖ Amenez dans mes brasCet enfant si chéri,‖ que je ne connais pas. »Coraly reparaît‖ sur le sein de son père.« C'est moi-même, c'est moi :‖ quille ce front sévère.Réponds, que t'ai-je fait ?‖ tu ne m'aimes donc plus ? »Sa douce voix s'exhale‖ en accents superflus.Sa mère la regarde‖ et demeure en silence.« Oui… J'admire, il est vrai,‖ leur vive ressemblance,Dit-elle, je revois‖ ce que j'ai tant aiméDans le portrait vivant‖ d'un reste inanimé.Vous avez bien choisi :‖ celte jeune étrangèreTromperait tous les yeux,‖ hors les yeux d'une mère.Éloignez-la. Je crois‖ que ce cruel présentRend de mes maux encor‖ le fardeau plus pesant.Mon enfant, laissez-moi‖ toute mon infortune ;Rejoignez votre mère.‖ — Hélas ! j'en avais une.— Elle n'est plus ? — Du moins‖ elle est morte pour moi.Elle me méconnaît,‖ et je ne sais pourquoi.— Viens, ma fille, partons ;‖ je suis encor ton père,Dit l'époux d'Euphrasie,‖ affectant la colère.— Arrêtez, cria-t-elle,‖ arrêtez, cher époux !Laissez-moi l'embrasser.‖ Ses regards sont si doux !A l'entendre, à la voir‖ déjà je m'accoutume.— Non, non ; de vos regrets‖ elle accroît l'amertume.Partons. — Adieu, ma fille !‖ en te perdant, je croisPerdre ma Coraly‖ pour la seconde fois.Pourquoi l'ai-je voulu ?‖ mon époux inflexiblePunit ce cœur glacé‖ redevenu sensible.Adieu, ma fille, adieu.‖ » Sa fille en l'écoutantFaiblement répéta‖ comme au fatal instant :« Adieu. C'est pour toujours !‖ » A cette voix si tendre,La mère jette un cri :‖ « Ciel ! que viens-je d'entendre !C'est elle encor, c'est elle.‖ Oui, les mêmes adieux,Le même accent !… j'en crois‖ mon oreille cl mes yeux.Ma Coraly, c'est toi‖ que je tiens, que j'embrasse.Et toi que j'accusais,‖ cher époux, fais-moi grâce.Quand pour elle mes bras‖ refusaient de s'ouvrir,Combien de ces refus‖ ton cœur a dû souffrir !Hélas ! dans les chagrins‖ dont j'étais consumée,Le mien la repoussait‖ pour l'avoir trop aimée. »Elle dit, et, baignés‖ de pleurs délicieux,Ils s'embrassent tous trois‖ en bénissant les cieux.Depuis, l'heureuse mère‖ avec un doux sourireRaconte quelquefois‖ son maternel délire.Quelquefois, quand le jour‖ penche vers son déclin,Avec sa Coraly‖ gagnant l'enclos voisin,Sur ce cercueil, objet‖ d'une erreur triste et chère,Elle porte des fleurs‖ au fils de l'étrangère.
Tant d'exemples touchants‖ me ramènent à toi,Ma mère ! Eh ! qui jamais‖ fut plus aimé que moi ?J'avais un père : il fut‖ l'ami de mon enfance.A peine dans la fleur‖ de mon adolescence,Je le perdis. Frappé‖ de ce premier malheur,Je fis sur son tombeau‖ l'essai de la douleur.Ma mère, ce fut toi‖ dont la main tutélaireÉcarta de mon front‖ le cyprès funéraire.Puissé-je, par mes soins‖ payant tes soins constants,Réchauffer ton hiver‖ des feux de mon printemps !Du chantre dont Windsor‖ admira l'harmonieJ'aurai du moins le cœur,‖ si je n'ai son génie.Des ennuis d'une mère‖ il charma le long cours ;Elle aida son enfance,‖ il soutint ses vieux jours ;Dans ses yeux inquiets‖ ses yeux aimaient à lire,Et pour servir sa mère‖ il déposait sa lyre.
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 200((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Mots à la rime
- a hasard / art masculine, classiqueb modèle / elle féminine, classiquec fils / récits masculine, classiqued adore / encore féminine, classiquea secrets / forêts masculine, classiqueb panthère / mère féminine, classiquec cris / fils masculine, classiqued féconde / monde féminine, classiquee oiseaux / rameaux masculine, classiquef décore / encore féminine, classiqueg d'amour / jour masculine, classiqueh légère / mère féminine, classiquei sentiment / l'enchantement masculine, classiquej formée / aimée féminine, classiquek pleurs / douleurs masculine, classiquel faiblesse / tendresse féminine, classiquea isolé / consolé masculine, classiqueb terre / solitaire féminine, classiquec vaincu / vécu masculine, classiquea adorée / entourée féminine, classiqueb main / sein masculine, classiquec aspire / sourire féminine, classiqued amour / retour masculine, classiquee fête / s'arrête féminine, classiquef jouit / s'épanouit masculine, classiqueg brille / famille féminine, classiquea austérité / sévérité masculine, classiqueb prévoyance / science féminine, classiquec inspiré / adoré masculine, classiqued souffrance / éloquence féminine, classiquee abattu / vertu masculine, classiquef père / mère féminine, classiqueg chants / touchants masculine, classiqueh inspire / respire féminine, classiquei imploré / déchiré masculine, classiquej ravie / vie féminine, classiquek tour / d'amour masculine, classiquel l'étrangère / mère féminine, classiquem sommeil / réveil masculine, classiquen existence / recommence féminine, classiqueo désirs / plaisirs masculine, classiquep âge / langage féminine, classiqueq leçons / sons masculine, classiquer ministère / mère féminine, classiques cours / toujours masculine, classiquet veillée / émerveillée féminine, classiqueu assis / récits masculine, classiquev pastorale / morale féminine, classiquew heureux / jeux masculine, classiquea opiniâtre / idolâtre féminine, classiqueb loisirs / plaisirs masculine, classiquec antique / flegmatique féminine, classiqued austérité / mérité masculine, classiquee attendrie / patrie féminine, classiquef vainqueur / cœur masculine, classiqueg t'environne / couronne féminine, classiquea destins / lointains masculine, classiqueb funeste / reste féminine, classiquec pas masculine, classiqued paisible / sensible féminine, classiquee l'horizon / raison masculine, classiquef préoccupée / poupée féminine, classiqueg enchanté / beauté masculine, classiqueh flamme / âme féminine, classiquei vœux / aveux masculine, classiquea tendresse / jeunesse féminine, classiqueb virginal / nuptial masculine, classiquec préparée / parée féminine, classiqued curieux / yeux masculine, classiquee famille / fille féminine, classiquef accents / d'encens masculine, classiqueg dépositaire / terre féminine, classiqueh consacrés / révérés masculine, classiquei d'hyménée / inclinée féminine, classiquej recueillement / tristement masculine, classiquek captive / craintive féminine, classiquel maternel / l'Éternel masculine, classiquea mère / chère féminine, classiqueb climats / trépas masculine, classiquec usage / sauvage féminine, classiqued douleurs / pleurs masculine, classiquee nouvelle / rappelle féminine, classiquef étendu / perdu masculine, classiqueg désolée / mausolée féminine, classiqueh chéri / nourri masculine, classiquea Indienne / aérienne féminine, classiquec nuage / feuillage féminine, classiqued rameau / tombeau masculine, classiquea insulaire / colère féminine, classiqueb bras / trépas masculine, classiquec rivage / sauvage féminine, classiqued moi / loi masculine, classiquee l'innocence / l'existence féminine, classiquef torrent / errant masculine, classiqueg augmente / amante féminine, classiqueh temps / longtemps masculine, classiquei mère / satisfaire féminine, classiquej t'appartiens / siens masculine, classiquea vestiges / prestiges féminine, classiqueb yeux / dieux masculine, classiquec Troie / proie féminine, classiqued jaloux / époux masculine, classiquee intrépide / Euménide féminine, classiquef Némésis / fils masculine, classiquea fatales / annales féminine, classiqueb fidélité / simplicité masculine, classiquea désolée / vallée féminine, classiqueb superflus / plus masculine, classiquea l'aventure / verdure féminine, classiqueb désespéré / dévoré masculine, classiquec épuisée / embrasée féminine, classiqued fois / voix masculine, classiquee meure / pleure féminine, classiquef secourir / mourir masculine, classiqueg amères / mères féminine, classiqueh descendu / rendu masculine, classiquei dévore / encore féminine, classiquea passé / retracé masculine, classiqueb courage / rage féminine, classiquea frais / forêts masculine, classiqueb vue / éperdue féminine, classiquec chéri / cri masculine, classiqued affamée / inanimée féminine, classiquee étendus / suspendus masculine, classiquef ranime / sublime féminine, classiqueg fils / cris masculine, classiqueh encore / l'implore féminine, classiquei doux / genoux masculine, classiquej sourire / retire féminine, classiquea nombreux / douloureux masculine, classiqueb augmente / charmante féminine, classiqueb l'amour / jour masculine, classiquec fortunée / ordonnée féminine, classiqued Coraly / pâli masculine, classiquee secrète / muette féminine, classiquef menacés / glacés masculine, classiqueg présence / insuffisance féminine, classiqueh assis / indécis masculine, classiquei étrangères / mères féminine, classiquej regard / art masculine, classiquek Euphrasie / saisie féminine, classiquel mort / transport masculine, classiquem adorée / égarée féminine, classiquen ici / voici masculine, classiqueo tète / fête féminine, classiquep serai / ulcéré masculine, classiqueq déchire / martyre féminine, équivalenter nuit / bruit masculine, classiques sombres / ombres féminine, classiquet gémissants / accents masculine, classiqueu tendre / entendre féminine, classiquev mots / sanglots masculine, classiquew peine / l'entraîne féminine, classiquex douleur / couleur masculine, classiquey merveille / réveille féminine, classiquez secours / jours masculine, classiquea respire / délire féminine, classiqueb esprit / sourit masculine, classiquec même / suprême féminine, classiqued rend / pleurant masculine, classiquee asile / mobile féminine, classiquef monument / moment masculine, classiqueg inconnue / revenue féminine, classiqueh guérir / nourrir masculine, classiquei l'amène / vaine féminine, classiquej m'arracher / chercher masculine, classiquek paraisse / tendresse féminine, classiquel bras / pas masculine, classiquem père / sévère féminine, classiquen plus / superflus masculine, classiqueo silence / ressemblance féminine, classiquep aimé / inanimé masculine, classiqueq étrangère / mère féminine, classiquer présent / pesant masculine, classiques infortune / une féminine, classiquet moi / pourquoi masculine, classiqueu père / colère féminine, classiquev époux / doux masculine, classiquew m'accoutume / l'amertume féminine, classiquex crois / fois masculine, classiquey inflexible / sensible féminine, classiquez l'écoutant / instant masculine, classiquea tendre / d'entendre féminine, classiqueb adieux / yeux masculine, classiquec j'embrasse / grâce féminine, classiqued s'ouvrir / souffrir masculine, classiquee consumée / aimée féminine, classiquef délicieux / cieux masculine, classiqueg sourire / délire féminine, classiqueh déclin / voisin masculine, classiquei chère / l'étrangère féminine, classiquea toi / moi masculine, classiqueb enfance / adolescence féminine, classiquec malheur / douleur masculine, classiqued tutélaire / funéraire féminine, classiquee constants / printemps masculine, classiquef l'harmonie / génie féminine, classiqueg cours / jours masculine, classiqueh lire / lyre féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
400 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de, PARIS, CHARPENTIER, LIBRAIRE-ÉDITEUR, 1865· numérisation Bibliothèque numérique de Lyon· Sources