Poésies, 1801‑1815· Élégies· Livre second
Danaé
La nuit règne ; les vents‖ assiégent en furieLa nef où Danaé‖ va, dans la sombre mer,Périr avec son fils,‖ le fils de Jupiter !Danaé de ses bras‖ l'environne, et s'écrie :« Nous ne reverrons plus‖ les rivages d'Argos ;Mon père nous condamne‖ aux ombres éternelles.Aimable et cher enfant,‖ dors, bercé par les flots ;Vagues, dormez ; dormez,‖ souffrances maternelles !
» O mon fils ! tu ne crains‖ ni le courroux des vents,Ni la nuit sans clarté,‖ ni la vague sonore ;Ton doux et jeune cœur‖ se rit des flots mouvantsQui passent sur ton front‖ sans le toucher encore.Ah ! si tu comprenais‖ nos dangers et nos maux,Tu sentirais aussi‖ mes alarmes mortelles.Mais non… dors, mon enfant ;‖ dors, bercé par les flots ;Vagues, dormez ; dormez,‖ souffrances maternelles !
» Tyndarides brillants,‖ dont l'éclat toujours purDes turbulentes mers‖ blanchit le noir azur,O célestes Gémeaux,‖ que le nocher révère !Ce fils d'un sang divin,‖ n'est-il pas votre frère ?De Danaé plaintive‖ écoutez les sanglots :Veillez sur nous du haut‖ des voûtes éternelles.Et toi, dors, mon enfant ;‖ dors, bercé par les flots ;Vagues, dormez ; dormez,‖ souffrances maternelles !
» Cyclades, chastes sœurs,‖ qui flottez sur la mer,Et couronnez au loin‖ les flots bruyants d'Égée !Je me confie à vous :‖ du fils de JupiterAttirez sur vos bords‖ la barque protégée.Sers une autre Latone,‖ ô palmier de Délos !Étends sur nous aussi‖ tes feuilles immortelles.Et toi, dors, mon enfant ;‖ dors, bercé par les flots ;Vagues, dormez ; dormez,‖ souffrances maternelles !
» N'ai-je point découvert‖ sur les flots aplanisTes enfants balancés‖ mollement dans leurs nids,Fille du dieu des vents,‖ tutélaire Alcyone ?N'ai-je pas entendu‖ ta plainte monotone ?Au nom de ton Céix‖ englouti dans les eaux,Que la docile mer‖ se calme sous tes ailes !Et toi, dors, mon enfant ;‖ dors, bercé par les flots ;Vagues, dormez ; dormez,‖ souffrances maternelles !
» Déesse aux pieds d'albâtre,‖ orageuse Thétis,Du souverain des dieux,‖ toi, fille auguste et chère !Tu sais, hélas ! quels pleurs‖ coûtent les jours d'un fils ;Mère, prête l'oreille‖ aux plaintes d'une mère. »Thétis entend sa voix,‖ et dit : « Nymphes des eaux,Confiez leurs destins‖ aux Cyclades fidèles !Et toi, dors, jeune enfant ;‖ dors, bercé par les flots ;Vagues, dormez ; dormez,‖ souffrances maternelles ! »
Versification
- Forme
- Ballade double ballade (ballade)
- Rimes
- abbacdcd 4(ababcdcd) 3(aabbcdcd)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Mots à la rime
- a furie / s'écrie féminine, classiqueb mer / Jupiter masculine, classiquec d'Argos / flots masculine, classiqued éternelles / maternelles féminine, classiquea vents / mouvants masculine, classiqueb sonore / encore féminine, classiquec maux / flots masculine, classiqued mortelles / maternelles féminine, classiquea pur / azur masculine, classiqueb révère / frère féminine, classiquec sanglots / flots masculine, classiqueb d'Égée / protégée féminine, classiquec Délos / flots masculine, classiqued immortelles / maternelles féminine, classiquea aplanis / nids masculine, classiqueb Alcyone / monotone féminine, classiquec eaux / flots masculine, classiqued ailes / maternelles féminine, classiquea Thétis / fils masculine, classiqueb chère / mère féminine, classiqued fidèles / maternelles féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de, PARIS, CHARPENTIER, LIBRAIRE-ÉDITEUR, 1865· numérisation Bibliothèque numérique de Lyon· Sources