Poésies, 1801‑1815· Élégies· Livre second
Les adieux d’Hélène
Tu dors, ô Ménélas !‖ et la liquide plaineBalance le vaisseau‖ qui doit ravir Hélène.Sur les parquets de cèdre,‖ effleurés en tremblant,Elle posait dans l'ombre‖ un pied furtif et lent ;Un obstacle imprévu‖ l'arrête… elle frissonne…Hélas ! ses mains touchaient‖ le berceau d'Hermione.Le ciel pour la punir‖ lui gardait ces adieux.« O ma jeune Hermione,‖ ô fille aimable et chère !Dit-elle, ma faveur‖ te demandait aux dieux ;Et je pars ! et demain‖ tu n'auras plus de mère ! »
A ces mots, l'œil baissé,‖ tout entière à son deuil,Du palais conjugal‖ elle passe le seuil,Et répète, en gagnant‖ les rives écartées :« O Pudeur ! où fuis-tu‖ quand tu nous as quittées ? »
Des astres de la nuit‖ brillaient les feux naissants :Hélène, à leurs clartés,‖ contemple cette terre,Ces prés, ces eaux, témoins‖ de sa fuite adultère ;Et sa douleur s'exhale‖ en ces tristes accents :« Couvrez-vous d'un long deuil,‖ odorantes prairiesQu'au jour de mon hymen‖ mes compagnes chéries,La corbeille à la main,‖ dépouillèrent de fleurs !Péris, arbre sacré,‖ qui fus l'arbre d'Hélène,Péris ! que des Autans‖ l'impétueuse haleineSèche ton vert feuillage‖ et fane tes couleurs !Je ne reverrai plus‖ ton fortuné rivage,Bel Eurotas ! adieu.‖ Vous, cygnes de ces bords,Dont un dieu pour ma mère‖ emprunta le plumage !Formez avant le temps‖ d'harmonieux accords ;Que d'échos en échos‖ votre chant se répète,Et porte mes regrets‖ aux nymphes du Taygète. »
Elle aperçoit alors‖ ces platanes nombreuxQui du long Céramique‖ ornent le sein poudreux.C'est là que devant elle‖ une foule en extaseOubliait pour lavoir‖ les combats du Gymnase ;C'est là que les vieillards‖ se redisaient entre eux :« Qu'elle est belle ! et combien‖ Ménélas est heureux ! »Plus loin, à ses regards,‖ sur la haute colline,De Minerve apparaît‖ la demeure divine.Elle rougit ; baissant‖ la tète sur son sein,Elle tourne ses pas‖ vers le temple prochain :Ce temple est à Vénus, mais à Vénus armée.Hélène alors s'arrête :‖ interdite, alarmée,Elle croit que déjà‖ la déesse en fureurDe ses futurs destins‖ lui présage l'horreur ;Elle croit, dans l'effroi‖ dont son âme est saisie,Voir les feux de l'autel‖ s'élancer vers l'Asie.Soudain Pâris accourt,‖ d'espérance enflammé ;Autour de lui s'exhale‖ un nuage embaumé :« Viens, tout est prêt ; Thétis‖ a reçu mon offrande ;Le zéphyr nous appelle,‖ et la mer te demande.Viens, ô ma belle amante,‖ ô fille de Léda !Vénus veille sur nous‖ des hauteurs de l'Ida,Des mortels ni des dieux‖ ne crains plus la colère :Vénus est ma déesse,‖ et Priam est mon père. »Il dit ; la triste Hélène,‖ en soupirant tout bas,De son nouvel époux‖ suit lentement les pas,Non sans redire, au bruit‖ des ondes agitées :« O Pudeur ! où fuis-tu‖ quand tu nous as quittées ? »
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 21[aa] 2[abab] 2[abba]
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Mots à la rime
- a plaine / Hélène féminine, classiqueb tremblant / lent masculine, classiquec frissonne / d'Hermione féminine, classiqued adieux / dieux masculine, classiquee chère / mère féminine, classiquea deuil / seuil masculine, classiqueb écartées / quittées féminine, classiquea naissants / accents masculine, classiqueb terre / adultère féminine, classiquec prairies / chéries féminine, classiqued fleurs / couleurs masculine, classiquee d'Hélène / haleine féminine, classiquef rivage / plumage féminine, classiqueg bords / accords masculine, classiqueh répète / Taygète féminine, classiquea nombreux / poudreux masculine, classiqueb extase / Gymnase féminine, classiquec eux / heureux masculine, classiqued colline / divine féminine, classiquee sein / prochain masculine, classiquef armée / alarmée féminine, classiqueg fureur / l'horreur masculine, classiqueh saisie / l'Asie féminine, classiquei enflammé / embaumé masculine, classiquej offrande / demande féminine, classiquek Léda / l'Ida masculine, classiquel colère / père féminine, classiquem bas / pas masculine, classiquen agitées / quittées féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
58 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de, PARIS, CHARPENTIER, LIBRAIRE-ÉDITEUR, 1865· numérisation Bibliothèque numérique de Lyon· Sources