Les Nuits d’hiver, 1861
À la fontaine de Blandusie
IMITATION D’HORACE (O fons Blandusiæ)
Fontaine au flot plus clair‖ que le cristal sacréOù des libations‖ le vin est préparé,Demain, dans ce bassin‖ où ton onde caresseUn rivage de marbre‖ apporté de la Grèce,Je veux semer des fleurs‖ et répandre le sangD'un chevreau jeune encor,‖ dans l'herbe bondissant.
C'est vainement déjà‖ que son instinct devineLa chèvre en liberté,‖ paissant sur la colline ;Vainement qu'il s'apprête‖ à la lutte, à l'amour :Demain, je te l'immole‖ à la chute du jour.
Victime dont les fleurs‖ parfument l'agonie,Ses derniers bêlements‖ à la douce harmonieQue la brise du Tibre‖ éveille en tes roseauxSe mêleront ainsi‖ qu'à tes limpides eaux,Miroir de la naïade‖ amante des fontaines,Se mêlera le sang‖ échappé de ses veines.Puis, sur le luth d'ivoire‖ à mon bras suspendu,Des siècles à venir‖ pour qu'il soit entendu,Je veux chanter ton nom,‖ ô fraîche Blandusie !Mais de mon sacrifice‖ et de ma poésie,En acceptant l'hommage,‖ oh ! du moins quelquefoisSi ma voix te supplie,‖ écoute alors ma voix,Ma voix qui te dira,‖ doucement amoureuseN'attends-tu pas ce soir‖ la craintive baigneuse,Néobulé la blonde,‖ aux regards ingénus,Que, sur l'autel du temple,‖ on prendrait pour Vénus ;Néobulé que j'aime‖ et qui fuit ma parolePour celle d'un enfant‖ vainqueur au discobole,Timide adolescent‖ qui ne sait que rougir,Et qu'un baiser d'amour‖ ferait évanouir,Mais qu'elle me préfère‖ aujourd'hui, l'infidèle,Car il est, cet enfant,‖ aussi beau qu'elle est belle ?Et depuis que trois fois,‖ au milieu des bravos,Son nom fut proclamé,‖ même par ses rivaux,Le jeune Hébrus, partout,‖ à son pas attachée,Trouve Néobulé,‖ pour moi seule cachée.
Mais, puisque dans ton onde‖ elle revient souventBaigner son pied d'albâtre‖ et dénouer au ventSes cheveux, que, suivant‖ les modes lesbiennes,Ont tressés sur son front‖ d'autres mains que les miennes ;Puisque souvent encor,‖ sur le sable doré,L'un après l'autre elle a‖ lentement retiréJusqu'à son dernier voile,‖ et qu'alors elle mireSon beau corps, caressé‖ par l'amoureux Zéphyre, —Dans tes flots transparents,‖ de ma Néobulé,Ce beau cygne inconstant‖ de mon toit envolé,Dans tes flots pour mes yeux‖ conserve au moins l'image,Miroir de Blandusie,‖ et que sous ton bocageJe rencontre toujours,‖ flottant à mon côté,Le mensonge aussi bien‖ que la réalité.
1842
Versification
- Forme
- 4 distiquess (distiques)
- Rimes
- 25((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 4 distiquess
- Mots à la rime
- a sacré / préparé masculine, classiqueb caresse / Grèce féminine, classiquec sang / bondissant masculine, non classiquea devine / colline féminine, classiqueb l'amour / jour masculine, classiquea l'agonie / harmonie féminine, classiqueb roseaux / eaux masculine, classiquec fontaines / veines féminine, classiqued suspendu / entendu masculine, classiquee Blandusie / poésie féminine, classiquef quelquefois / voix masculine, classiqueg amoureuse / baigneuse féminine, classiqueh ingénus / Vénus masculine, classiquei parole / discobole féminine, classiquej rougir / évanouir masculine, classiquek l'infidèle / belle féminine, classiquel bravos / rivaux masculine, classiquem attachée / cachée féminine, classiquea souvent / vent masculine, classiqueb lesbiennes / miennes féminine, classiquec doré / retiré masculine, classiqued mire / Zéphyre féminine, classiquee Néobulé / envolé masculine, classiquef l'image / bocage féminine, classiqueg côté / réalité masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.2
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
50 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Nuits d’hiver, M. Levy,Paris, 1868· numérisation FRANTEXT· Sources