Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Premières poésies, 1835

Mardoche

Alfred de Musset· 59 distiquess, alexandrins, 590 vers

Voudriez-vous dire, comme de fait on peut
logicalement inférer, que par ci-devant le monde
eust été fat, maintenant seroit devenu sage ?Pantagruel, liv. V..

I

J'ai connu, l'an dernier,‖ un jeune homme nomméMardoche, qui vivait‖ nuit et jour enfermé.Ô prodige ! il n'avait‖ jamais lu de sa vieLe Journal de Paris,‖ ni n'en avait envie.Il n'avait vu ni Kean,‖ ni Bonaparte, niMonsieur de Metternich ;‖ — quand il avait finiDe souper, se couchait,‖ précisément à l'heure.Où (quand par le brouillard‖ la chatte rôde et pleure)Monsieur Hugo va voir‖ mourir Phœbus le blond.Vous dire ses parents,‖ cela serait trop long.

II

Bornez-vous à savoir‖ qu'il avait la pucelleD'Orléans pour aïeule‖ en ligne maternelle.D'ailleurs son compagnon,‖ compère et confident,Était un chien anglais,‖ bon pour l'œil et la dent.Cet homme, ainsi reclus,‖ vivait en joie. — A peineLe spleen le prenait-il‖ quatre fois par semaine.Pour ses moments perdus,‖ il les donnait parfoisÀ l'art mystérieux‖ de charmer par la voix :Les muses visitaient‖ sa demeure cachée,Et quoiqu'il fît rimer‖ idée avec fâchée,

III

On le lisait. C'était‖ du reste un esprit fort ;Il eût fait volontiers‖ d'une tête de mortUn falot, et mangé‖ sa soupe dans le crâneDe sa grand'mère. — Au fond,‖ il estimait qu'un âne,Pour Dieu qui nous voit tous,‖ est autant qu'un ânier.Peut-être que, n'ayant‖ pour se désennuyerQu'un livre (c'est le cœur‖ humain que je veux dire),Il avait su trop tôt‖ et trop avant y lire ;C'est un grand mal d'avoir‖ un esprit trop hâtif.— Il ne dansait jamais‖ au bal par ce motif.

IV

Je puis certifier‖ pourtant qu'il avait l'âmeAussi tendre en tout point‖ qu'un autre, et que sa femme(En ne le faisant pas‖ c_u) n'eût pas étéPlus fort ni plus souvent‖ battue, en vérité,Que celle de monsieur‖ de C***. En politique,Son sentiment était‖ très aristocratique,Et je dois avouer‖ qu'à consulter son goût,Il aimait mieux la Porte‖ et le sultan Mahmoud,Que la chrétienne Smyrne,‖ et ce bon peuple hellèneDont les flots ont rougi‖ la mer hellespontienne,

V

Et taché de leur sang‖ tes marbres, ô Paros !— Mais la chose ne fait‖ rien à notre héros.Bien des heures, des jours,‖ bien des longues semainesPassèrent, sans que rien‖ dans les choses humainesLe tentât d'y rentrer.‖ — Tout à coup, un beau jour…Fut-ce l'ambition,‖ ou bien fut-ce l'amour ?(Peut-être tous les deux,‖ car ces folles ivressesViennent à tous propos‖ déranger nos paresses) ;Quoi qu'il en soit, lecteur,‖ voici ce qu'il advintA mon ami Mardoche,‖ en l'an mil huit cent vingt.

VI

Je ne vous dirai pas‖ quelle fut la douairièreQui lui laissa son bien‖ en s'en allant en terre,Sur quoi de cénobite‖ il devint élégant,Et n'allait plus qu'en fiacre‖ au boulevard de Gand.Que dorme en paix ta cendre,‖ ô quatre fois bénieDouairière, pour le jour‖ où cette sainte envie,Comme un rayon d'en haut‖ te vint prendre en toussant,De demander un prêtre,‖ et de cracher le sang !Ta tempe fut huilée,‖ et sous la lame neuveTu te laissas clouer,‖ comme dit Sainte-Beuve.

VII

Tes meubles furent mis,‖ douairière, au Châtelet ;Chacun vendu le tiers‖ de l'argent qu'il valait.De ta robe de noce‖ on fit un parapluie ;Ton boudoir, ô Vénus,‖ devint une écurie.Quatre grands lévriers‖ chassèrent du tapisTon chat qui, de tout temps,‖ sur ton coussin tapi,S'était frotté le soir‖ l'oreille à ta pantoufle,Et qui, maigre aujourd'hui,‖ la queue au vent, s'essouffle,A courir sur les toits‖ des repas incertains.— Admirable matière‖ à mettre en vers latins !

VIII

Je ne vous dirai pas‖ non plus à quelle dameMardoche, ayant d'abord‖ laissé prendre son âme,Dut ces douces leçons,‖ premier enseignementQue l'amie, à regret,‖ donne à son jeune amant.Je ne vous dirai pas‖ comment, à quelle fêteIl la vit, qui des deux‖ voulut le tête-à-tête,Qui des deux, du plus loin,‖ hasarda le premierL'œillade italienne,‖ et qui, de l'écolierOu du maître, trembla‖ le plus. — Hélas ! qu'en sais-jeQue vous ne sachiez mieux,‖ et que vous apprendrais-je ?

IX

Il se peut qu'on oublie‖ un rendez-vous donné,Une chance, — un remords,‖ — et l'heure où l'on est né,Et l'argent qu'on emprunte.‖ — Il se peut qu'on oublieSa femme, ses amis,‖ son chien, et sa patrie. —Il se peut qu'un vieillard‖ perde jusqu'à son nom.Mais jamais l'insensé,‖ jamais le moribond,Celui qui perd l'esprit,‖ ni celui qui rend l'âme,N'ont oublié la voix‖ de la première femmeQui leur a dit tout bas‖ ces quatre mots si douxEt si mystérieux :‖ « My dear child, I love you. »

X

Ce fut aux premiers jours‖ d'automne, au mois d'octobre,Que Mardoche revint‖ au monde. — Il était sobre.D'habitude, et mangeait‖ vite. — Son cuisinierNe le gênait pas plus‖ que son palefrenier.Il ne prit ni cocher,‖ ni groom, ni gouvernante,Mais (honni soit qui mal‖ y pense !) une servante.De ses façons d'ailleurs‖ rien ne parut changé.Peut-être dira-t-on‖ qu'il était mal logé ;C'est à quoi je réponds‖ qu'il avait pour voisineDeux yeux napolitains‖ qui s'appelaient Rosine.

XI

J'adore les yeux noirs‖ avec des cheveux blonds.Tels les avait Rosine,‖ — et de ces regards, longsA s'y noyer. — C'étaient‖ deux étoiles d'ébèneSur des cieux de cristal :‖ — tantôt mourants, à peineEntr'ouverts au soleil,‖ comme les voiles blancsDes abbesses de cour ;‖ — tantôt étincelants,Calmes, livrant sans crainte‖ une âme sans mélange,Doux, et parlant aux yeux‖ le langage d'un ange.— Que Mardoche y prît goût,‖ ce n'est aucunement,Judicieux lecteur,‖ raison d'étonnement.

XII

M'en croira qui voudra,‖ mais depuis qu'en décembreLa volonté du ciel‖ est qu'on garde la chambre,A coup sûr, paresseux‖ et fou comme je suis,A rêver sans dormir‖ j'ai passé bien des nuits.Le soir, au coin du feu,‖ renversé sur ma chaise,Mon menton dans ma main‖ et mon pied dans ma braise,Pendant que l'aquilon‖ frappait à mes carreaux,J'ai fait bien des romans,‖ — bâti bien des châteaux ; —J'ai, comme Prométhée,‖ animé d'une flammeBien des êtres divins‖ portant des traits de femme ;

XIII

Blonds cheveux, sourcils bruns,‖ front vermeil ou pâli :Dante aimait Béatrix,‖ — Byron la Guiccioli.Moi (si j'eusse été maître‖ en cette fantaisie),Je me suis dit souvent‖ que je l'aurais choisieA Naple, un peu brûlée‖ à ces soleils de plombQui font dormir le pâtre‖ à l'ombre du sillon ;Une lèvre à la turque,‖ et, sous un col de cygne,Un sein vierge et doré‖ comme la jeune vigne ;Telle que par instants‖ Giorgione en devina,Ou que dans cette histoire‖ était la Rosina.

XIV

Il en est de l'amour‖ comme des litaniesDe la Vierge. — Jamais‖ on ne les a finies ;Mais une fois qu'on les‖ commence, on ne peut plusS'arrêter. — C'est un mal‖ propre aux fruits défendus.C'est pourquoi chaque soir‖ la nuit était bien procheEt le soleil bien loin,‖ quand mon ami MardocheQuittait la jalousie‖ écartée à demi,D'où l'indiscret lorgnon‖ plongeait sur l'ennemi.— Même, quand il faisait‖ clair de lune, l'auroreA son poste souvent‖ le retrouvait encore.

XV

Philosophes du jour,‖ je vous arrête ici.Ô sages demi-dieux,‖ expliquez-moi ceci.On ne volerait pas,‖ à coup sûr, une oboleA son voisin ; pourtant,‖ quand on peut, on lui vole…Sa femme ! — Car il faut,‖ ô lecteur bien appris,Vous dire que Rosine,‖ entre tous les maris,Avait reçu du ciel,‖ par les mains d'un notaire,Le meilleur qu'à Dijon‖ avait trouvé son père.On pense, avec raison,‖ que sa mère, en partant,N'avait rien oublié‖ sur le point important.

XVI

Rien n'est plus amusant‖ qu'un premier jour de noce ;Au débotté, d'ailleurs,‖ on avait pris carrosse.— Le reste à l'avenant.‖ — Sans compter les chapeauxD'Herbeau, rien n'y manquait.‖ — C'est un méchant proposDe dire qu'à six ans‖ une poupée amuseAutant qu'à dix-neuf ans‖ un mari. — Mais tout s'use.Une lune de miel‖ n'a pas trente quartiersComme un baron saxon.‖ — Et gare les derniers !L'amour (hélas ! l'étrange‖ et la fausse nature !)Vit d'inanition,‖ et meurt de nourriture.

XVII

Et puis, que faire ? — Un jour,‖ c'est bien long. — Et demain ?Et toujours ? — L'ennui gagne.‖ — A quoi rêver au bain ?— Hélas ! l'Oisiveté‖ s'endort, laissant sa porteOuverte. — Entre l'Amour.‖ — Pour que la Raison sorteIl ne faut pas longtemps.‖ La vie en un momentSe remplit ; — on se trouve‖ avoir pris un amant.— L'un attaque en hussard‖ la déesse qu'il aime,L'autre fait l'écolier ;‖ chacun a son système.Hier un de mes amis,‖ se trouvant à souperAuprès d'une duchesse,‖ eut soin de se tromper

XVIII

De verre. « Mais, vraiment,‖ dit la dame en colère,Êtes-vous fou, monsieur ?‖ vous buvez dans mon verre. »Ô l'homme peu galant,‖ qui ne répondit rien,Si ce n'est. « Faites-en,‖ madame, autant du mien. »Assurément, lecteur,‖ le tour était perfide,Car, l'ayant pris tout plein,‖ il le replaça vide.La dame avait du blanc,‖ et pourtant en rougit.Qu'y faire ? On chuchota.‖ Dieu sut ce qu'on en dit.Mon Dieu ! qui peut savoir‖ lequel on récompenseLe mieux, ou du respect —‖ ou de certaine offense

XIX

Je n'ai dessein, lecteur,‖ de faire aucunementIci ce qu'à Paris‖ on appelle un roman.Peu s'en faut qu'un auteur,‖ qui pas à pas chemine,Ne vous fasse coucher‖ avec son héroïne.Ce n'est pas ma manière,‖ et, si vous permettez,Ce sera quinze jours‖ que nous aurons sautés.— Un dimanche (observez‖ qu'un dimanche la rueVivienne est tout à fait‖ vide, et que la cohueEst aux Panoramas,‖ ou bien au boulevard),Un dimanche matin,‖ une heure, une heure un quart,

XX

Mardoche, habit marron,‖ en landau de louage,Par devant Tortoni‖ passait en grand tapage.— Gare ! criait le groom.‖ — Quoi ! Mardoche en landau ?— Oui. — La grisette à pied,‖ trottant comme un perdreau,Jeta plus d'une fois‖ sans doute à la portièreDu jeune gentleman‖ l'œillade meurtrière.Mais il n'y prit pas garde ;‖ un important projetA ses réflexions‖ semblait donner sujet.Son regard était raide,‖ et jamais diplomateNe parut plus guindé,‖ ni plus haut sur cravate.

XXI

Où donc s'en allait-il !‖ — Il allait à Meudon.— Quoi ! Si matin, si loin,‖ si vite ? Et pourquoi donc ?— Le voici. D'où sait-on,‖ s'il vous plaît, qu'on approcheD'un village, sinon‖ qu'on en entend la cloche ?Or, la cloche suppose‖ un clocher, — le clocherUn curé. — Le curé,‖ quand c'est jour de prêcher,A besoin d'un bedeau.‖ — Le bedeau, d'ordinaire,Est en même temps cuistre‖ à l'école primaire.Or le cuistre du lieu,‖ lecteur, était l'ancienAllié des parents‖ de Mardoche, et le sien.

XXII

Ayant donc débarqué,‖ notre héros fit mettreSa voiture en un lieu‖ sûr, qu'il pût reconnaître,Puis s'éloigna, sans trop‖ regarder son chemin,D'un pas plus mesuré‖ qu'un sénateur romain.Longtemps et lentement,‖ comme un bayeur aux grues,Il marcha, coudoyant‖ le monde par les rues.Il savait dès longtemps‖ que le bon magister,Les dimanches matins‖ sortait pour prendre l'air ;C'est pourquoi, sans l'aller‖ demander à sa porte,Il détourna d'abord‖ le coin du bois, en sorte.

XXIII

Qu'au bout de trente pas‖ il était devant lui :« And how do you do,‖ mon bon père, aujourd'hui ? »Le vieillard, à vrai dire,‖ un peu surpris, et commeDistrait d'un rêve, ôta‖ de ses lèvres la pommeDe sa canne. « Mon fils,‖ tout va bien, Dieu merci,Dit-il, et quel sujet‖ vous fait venir ici ?— Sujet, reprit Mardoche,‖ excessivement sage,Très moral, un sujet‖ très logique. Je gageMa barbe et mon bonnet,‖ qu'on pourrait vous donnerDix-sept éternités‖ pour nous le deviner. »

XXIV

La matinée était‖ belle ; les alouettesCommençaient à chanter ;‖ quelques lourdes charrettesSoulevaient çà et là‖ la poussière. C'étaitUn de ces beaux matins‖ un peu froids, comme il faitEn octobre. Le ciel‖ secouait de sa robeLes brouillards vaporeux‖ sur le terrestre globe.« Asseyez-vous, mon fils,‖ dit le prêtre ; voilàL'un des plus beaux instants‖ du jour. — Pour ce vent-là,Je le crois usurier,‖ bon père, dit Mardoche,Car il vous met la main‖ malgré vous à la poche.

XXV

— L'un des plus beaux instants,‖ mon fils, où les humainsPuissent à l'Éternel‖ tendre leurs faibles mains ;L'âme s'y sent ouverte,‖ et la prière aisée.— Oui ; mais nous avons là‖ les pieds dans la rosée,Bon père ; autant vaudrait‖ prier en plus bas lieu.— Les monts, dit le vieillard,‖ sont plus proches de Dieu,Ce sont ses vrais autels,‖ et si le saint prophèteMoïse le put voir,‖ ce fut au plus haut faite.— Hélas ! reprit Mardoche,‖ un homme sur le hautDu plus pointu des monts,‖ serait-ce le Jung-Frau ;

XXVI

Me fait le même effet‖ justement qu'une moucheAu bout d'un pain de sucre.‖ Ah ! bon père, la boucheDes hommes, à coup sûr,‖ les met haut, mais leurs piedsLes mettent bas. — Mon fils,‖ dit le docteur, voyezQue vos cheveux sont d'or‖ et les miens sont de neige.Attendez que le temps‖ vienne. — Et qu'en apprendrai-je ?Prit l'autre, souriant‖ de son méchant souris ;Science des humains‖ n'est-elle pas mépris ?Il s'assit à ce mot.‖ « Laissons cela, mon père,Dit-il, je suis venu‖ pour vous parler d'affaire.

XXVII

Comme vous le disiez‖ tout à l'heure, je suisJeune, par conséquent‖ amoureux. Je ne puisVoir ma maîtresse ; elle a‖ son mari. La fenêtreEst haute, à parler franc,‖ et… — Je vous ai vu naître,Mon ami, dit le prêtre,‖ et je vous ai tenuSur les fonts baptismaux.‖ Quand vous êtes venuAu monde, votre père‖ (et que Dieu lui pardonne,Car il est mort) vous prit‖ des bras de votre bonne,Et me dit : Je le mets‖ sous la protectionDu ciel ; qu'il soit sauvé‖ de la corruption !

XXVIII

— Le malheur, dit Mardoche,‖ est que les demoisellesSont toutes, par nature‖ ou par mode, cruelles ;Car je vous entends bien,‖ et je sais que c'est mal.Mais que voudriez-vous,‖ monsieur, qu'on fît au bal ?— Oui ! vous avez raison,‖ dit le bedeau, le mondeEst un lieu de misère‖ et de pitié profonde.— Donc, dit Mardoche, avec‖ votre consentement,Je reprends mon récit‖ et mon raisonnement.Or je ne puis pas voir‖ ma maîtresse ; hier mêmeJ'ai failli m'y casser‖ le cou. — Bonté suprême !

XXIX

Dit le bedeau, c'est Dieu‖ qui vous aurait frappé.Quel est le malheureux‖ que vous avez trompé ?— Malheureux ? dit Mardoche ;‖ il n'en sait rien, mon père.— Il n'en sait rien, mon fils !‖ Nul secret sur la terreN'est secret bien longtemps.‖ — Bon, dit Mardoche, maisJe ne bavarde guère,‖ et je n'écris jamais.— Et quand cela serait,‖ mon fils, je le demande,Une injure cachée‖ en est-elle moins grande ?En aurez-vous donc moins‖ desséché, désuniUn lien que la main‖ d'un prêtre avait béni ?

XXX

En aurez-vous moins fait‖ le plus coupable outrageA la société,‖ dans sa loi la plus sage ?Ce secret, qu'à jamais‖ la terre ignorera,Pensez-vous que le ciel,‖ qui le sait, l'oubliera ?Songez à ce que c'est‖ qu'un monde, et que le nôtreA quatre pas de long,‖ et, pour l'horizon, l'autre.— Quittons ce sujet-ci,‖ dit Mardoche, je voiQue vous avez le crâne‖ autrement fait que moi.Je vous racontais donc‖ comme quoi ma maîtresseÉtait gardée à vue :‖ on la promène en laisse.

XXXI

— Et l'on a, dit le prêtre,‖ éminemment raison.Ah ! qu'elle pense donc‖ à garder sa maison,A vouer au Seigneur‖ un cœur exempt de feinte,A donner à ses fils‖ un lait pur et la crainteDu ciel. — Mon révérend,‖ dit l'autre, les oiseauxQui sont les plus charmants,‖ sont ceux qui chantent faux.Ne vous paraît-il pas‖ simple et tout ordinaireQu'un rossignol soit laid,‖ honteux, lorsqu'au contraireLe paon, ce mal-appris,‖ porte un manteau doré,Comme un diacre à Noël‖ à côté du curé ?

XXXII

Ne vous étonnez donc‖ aucunement, bon père,Que le plus bel oiseau‖ que nous ayons sur terre,La femme, chante faux,‖ et sur ce, laissez-moiVous finir mon récit,‖ je vous dirai pourquoi.Hier donc, je revenais,‖ ayant failli me rompreLes… — Et, dit le vieillard,‖ qui donc l'a pu corrompreAinsi, fils d'un tel père,‖ et jeune comme il est !N'est-ce pas monstrueux ?‖ — J'ai, dit Mardoche, faitMes classes de bonne heure,‖ et puis, dans les familles,Voyez-vous, j'ai toujours‖ trouvé quatre ou cinq filles

XXXIII

Contre un ou deux garçons,‖ ce qui m'a fait penserQu'on pouvait en aimer‖ la moitié, sans blesserDieu. — Dieu ! mon cher enfant !‖ voyons, soyez sincère.Y croyez-vous ? — Monsieur,‖ dit Mardoche, VoltaireY croyait. — Comment donc‖ l'offensez-vous ainsi ?— Or, dit le jouvenceau,‖ je reprends mon récit.J'adore cette femme,‖ et ne connais de joieQu'à la voir ; vous sentez‖ qu'il faut que je la voie.Et j'ai compté sur vous‖ dans cette occasion.— Sur moi ! dit le bedeau,‖ perdez-vous la raison ?

XXXIV

— La raison, révérend,‖ hélas ! je l'ai perdue ;Et si, par un miracle,‖ elle m'était rendue,Vous me la verriez fuir,‖ ou plutôt renvoyerComme un pigeon fidèle‖ au toit du colombier.Ah ! secourez-moi donc ;‖ votre bonne assistancePeut seule me sauver‖ dans cette circonstance.— Et de quelle façon,‖ mon ami ? — Vous sentez,Dit Mardoche, que j'ai‖ cherché de tous côtés,Pour la voir, une chambre,‖ un lit, un trou, n'importe ;Y venir n'était rien,‖ mais il faut bien qu'on sorte.

XXXV

Et le rustre la guette.‖ — Eh bien ! dit le bedeau,Puis-je l'en empêcher ?‖ — Vous avez un très beauLit à rideaux bleu-ciel,‖ monsieur ; un presbytèreN'est pas suspect… — Jamais !‖ dit le vieillard. — Bon père,Dit l'autre, je n'ai pas‖ si peu de temps vécuQu'au premier jour d'ennui‖ je croie une vertuDe partir (en parlant‖ ainsi, l'ami MardocheTirait tout bas un long‖ pistolet de sa poche).— Porter la main sur vous,‖ mon fils ! dit le chrétien.En êtes-vous donc là ?‖ ne croyez-vous à rien ?

XXXVI

— Révérend, répondit‖ Mardoche, je m'ennuie.Shakspeare, dans Hamlet,‖ dit qu'on tient à la vieParce qu'on ne sait pas‖ ce qu'on doit voir après ;Ses vers me semblent beaux,‖ mais ils seraient plus vrais,S'ils disaient qu'on y tient‖ parce qu'une cervelleA peur d'un pistolet‖ qui s'applique sur elle,Pour la faire craquer‖ et sauter d'un seul bond,Comme un bouchon de vin‖ de Champagne, au plafond.Je ne suis pas douillet !‖ — Un suicide ! on se damne,Mon fils ! — Nous n'avons pas,‖ dit Mardoche, le crâne

XXXVII

Fait de même. — Attendez‖ du moins jusqu'à demain,Mon fils, et retirez‖ ceci de votre main.Songez-y donc : chez moi !‖ dans ma chambre ! une femme !Mon enfant, un suicide !‖ Ah ! songez à votre âme.— Henri huit, révérend,‖ dit Mardoche, fut veufDe sept reines, tua‖ deux cardinaux, dix-neufÉvêques, treize abbés,‖ cinq cents prieurs, soixante-Un chanoines, quatorze‖ archidiacres, cinquanteDocteurs, douze marquis,‖ trois cent dix chevaliers,Vingt-neuf barons chrétiens,‖ et six-vingt roturiers.

XXXVIII

Moi, je n'en tuerai qu'un,‖ révérend ; mais, de grâce,Parlez, et dites-nous‖ ce qu'il vous plaît qu'on fasse.— Qu'on fasse ! dit le prêtre ;‖ et l'enfer, mon cher fils !L'enfer ! — Monsieur, reprit‖ Mardoche, je ne puisRépondre là-dessus,‖ n'ayant eu pour nourriceQu'une chèvre. » Le bout‖ de l'arme tentatriceBrillait en plein soleil.‖ « Eh bien ! je le veux bien,S'écria le vieillard,‖ mais vous n'en direz rien.Sur votre foi, mon fils !‖ songez à ce qu'on pense…— Touchez là, dit Mardoche,‖ et Dieu vous récompense ! »

XXXIX

Telle fut, de tout point,‖ la conversationQu'avec son oncle Évrard‖ Mardoche eut à Meudon(Car Évrard du bedeau‖ fut le nom véritable).De l'oncle ou du neveu‖ qui fut le plus coupable ?Le neveu fut impie,‖ et l'oncle fut trop bon.L'un plaidait pour le ciel,‖ l'autre pour le démon.Le parallèle prête‖ à faire une élégie :Oncle, tu fus trop bon ;‖ neveu, tu fus impie.Mais n'importe ; il suffit‖ de savoir pour l'instant,Quel qu'en soit le motif,‖ que Mardoche est content.

XL

De plus, j'ai déjà dit,‖ que c'était jour de fête.Une fête, à Meudon,‖ tourne plus d'une tête ;Et qui pouvait savoir,‖ tandis que, soucieux,Notre héros à terre‖ avait fixé ses yeux,Ce qu'il cherchait encor ?‖ — Le fait est qu'en silenceAu digne magister‖ il fit sa révérence,Puis s'éloigna pensif,‖ sans trop regarder où,La tête basse, et, comme‖ on dit, à pas de loup.— Toujours un amoureux‖ s'en va tête baissée,Cheminant de son pied‖ moins que de sa pensée.

XLI

Heureux un amoureux !‖ — Il ne s'enquête pasSi c'est pluie ou gravier‖ dont s'attarde son pas.On en rit ; c'est hasard‖ s'il n'a heurté personne.Mais sa folie au front‖ lui met une couronne,A l'épaule une pourpre,‖ et devant son cheminLa flûte et les flambeaux,‖ comme un jeune Romain !Tel était celui-ci,‖ qu'à sa mine inquièteOn eût pris pour un fou,‖ sinon pour un poète.Car vous verriez plutôt‖ une moisson sans pré,Sans serrure une porte,‖ et sans nièce un curé,

XLII

Que sans manie un homme‖ ayant l'amour dans l'âme.Comme il marchait pourtant,‖ un visage de femmeQui passa tout à coup‖ sous un grand voile noir,Le jeta dans un trouble‖ horrible à concevoir.Qu'avait-il ? Qu'était donc‖ cette beauté voilée ?Peut-être sa Rosine !‖ — Au détour de l'allée,Avait-il reconnu,‖ sous les plis du schall blanc,Sa démarche à l'anglaise,‖ et son pas nonchalant ?Elle n'était pas seule ;‖ un homme à face pâleL'accompagnait, d'un air‖ d'aisance conjugale.

XLIII

Quoi qu'il en soit, lecteur,‖ notre héros suivitCette beauté voilée,‖ aussitôt qu'il la vit.Longtemps, et lentement,‖ au bord de la terrasse,Il marcha comme un chien‖ basset sur une trace,Toujours silencieux,‖ car il délibéraitS'il devait passer outre‖ ou bien s'il attendrait.L'ennemi tout à coup,‖ à sa grande surprise,Fit volte-face. Il vit‖ que l'instant de la criseApprochait ; tenant donc‖ le pied ferme, aussitôtIl rajusta d'un coup‖ son col et son jabot.

XLIV

Muses ! — Depuis le jour‖ où John Bull, en silence,Vit jadis par Brummel,‖ en dépit de la France,Les gilets blancs proscrits,‖ et jusques aux talons(Exemple monstrueux !‖) traîner les pantalons ;Jusqu'à ces heureux temps‖ où nos compatriotesEnfin jusqu'à mi-jambe‖ ont relevé leurs bottes,Et, ramenant au vrai‖ tout un siècle enhardi,Dégagé du maillot‖ le mollet du dandy !Si jamais, retroussant‖ sa royale moustache,Gentilhomme au plein vent‖ fit siffler sa cravache ;

XLV

D'un air tendre et rêveur,‖ si jamais merveilleux,Pour montrer une bague,‖ écarta ses cheveux ;Oh ! surtout, si jamais‖ manchon aristocrateFit mollement plier‖ la douillette écarlate ;Ou si jamais, pareil‖ à l'étoile du soir,Put sous un voile épais‖ scintiller un œil noir ;Ô Muses d'Hélicon !‖ — Ô chastes Piérides !Vous qui du double roc‖ buvez les eaux rapides,Dites, ne fut-ce pas‖ lorsque, la canne en l'air,Mardoche en sautillant‖ passa comme un éclair ?

XLVI

Ce ne fut qu'un coup d'œil,‖ et, bien que passé maître,Notre époux, à coup sûr,‖ n'y put rien reconnaître.Un vieux Turc accroupi,‖ qui près de là fumait,N'aurait pas eu le temps‖ de dire : Mahomet.La dame, je crois même,‖ avait tourné la tête ;Et, sans s'inquiéter‖ autrement de la fête,Ni des gens de l'endroit,‖ ni de son bon parent,Mardoche regagna‖ sa voiture en courant.« A Paris ! » dit le groom‖ en fermant la portière.A Paris ! oh ! l'étrange‖ et la plaisante affaire !

XLVII

Lecteur, qui ne savez‖ que penser de ceci,Et qui vous préparez‖ à froncer le sourcil,Si vous n'avez déjà‖ deviné que MardocheEmportait de Meudon‖ un billet dans sa poche,Vous serez, en rentrant,‖ étonné de le voirSe jeter tout soudain‖ le nez contre un miroir,Demander du savon,‖ et gronder sa servante ;Puis, laissant son laquais‖ glacé par l'épouvante,Se vider sur le front,‖ ainsi qu'un flot lustral,Un flacon tout entier‖ d'huile de Portugal.

XLVIII

Vénus ! flambeau divin !‖ — Astre cher aux pirates !Astre cher aux amants !‖ — Tu sais que de cravates,Un jour de rendez-vous,‖ chiffonne un amoureux !Tu sais combien de fois‖ il en refait les nœuds !Combien coule sur lui‖ de lait de rose et d'ambre !Tu sais que de gilets‖ et d'habits par la chambreVont traînant au hasard,‖ mille fois essayés,Pareils à des blessés‖ qu'on heurte et foule aux pieds !Vous surtout, dards légers,‖ qu'en ses doctes emphasesDelille a consacrés‖ par quatre périphrases !

XLIX

Ô bois silencieux !‖ ô lacs ! — Ô murs gardés !Balcons quittés si tard !‖ si vite escaladés !Masques, qui ne laissez‖ entrevoir d'une femmeQue deux trous sous le front,‖ qui lui vont jusqu'à l'âme !Ô capuchons discrets !‖ — Ô manteaux de satin,Que presse sur la taille‖ une amoureuse main !Amour, mystérieux‖ amour, douce misère !Et toi, lampe d'argent,‖ pâle et fraîche lumièreQui fait les douces nuits‖ plus blanches que le lait !— Soutenez mon haleine‖ en ce divin couplet !

L

Je veux chanter ce jour‖ d'éternelle mémoireOù, son dîner fini,‖ devant qu'il fît nuit noire,Notre héros, le nez‖ caché sous son manteau,Monta dans sa voiture‖ une heure au moins trop tôt !Oh ! qu'il était joyeux,‖ et, quoi qu'on n'y vît goutte,Que de fois il compta‖ les bornes de la route !Lorsqu'enfin le tardif‖ marchepied s'abaissa,Comme, le cœur battant,‖ d'abord il s'élança !Tout le quartier dormait‖ profondément, en sorteQu'il leva lentement‖ le marteau de la porte.

LI

Êtes-vous quelquefois‖ sorti par un temps doux,Le soir, seul, en automne,‖ — ayant un rendez-vous ?Il est de trop bonne heure,‖ et l'on ne sait que fairePour tuer, comme on dit,‖ le temps, ou s'en distraire.On s'arrête, on revient.‖ — De guerre lasse, enfin,On entre. — On va poser‖ son front sur un coussin. —Sur le bord de son lit,‖ — place à jamais sacrée !Tiède encor des parfums‖ d'une tête adorée !— On écoute. — On attend.‖ — L'ange du souvenirPasse, et vous dit tout bas :‖ « L'Entends-tu pas venir ? »

LII

J'ai vu, sur les autels,‖ le pudique hyménéeJoindre une sèche main‖ de prude surannéeA la main sans pudeur‖ d'un roué de vingt ans.Au Havre, dans un bal,‖ j'ai vu les yeux mourantsD'une petite Anglaise,‖ à l'air mélancolique,Jeter un long regard‖ plein d'amour romantiqueSur un buveur de punch,‖ et qui, dans le moment,Venait de se griser‖ abominablement !J'ai vu des apprentis‖ se vendre à des douairièresEt des Almavivas‖ payer leurs chambrières.

LIII

Est-il donc étonnant‖ qu'une fois, à Paris,Deux jeunes cœurs se soient‖ rencontrés — et compris ?Hélas ! de belles nuits‖ le ciel nous est avareAutant que de beaux jours !‖ — Frère, quand la guitareSe mêle au vent du soir‖ qui frise vos cheveux,Quand le clairet vous a‖ ranimé de ses feux,Oh ! que votre maîtresse,‖ alors surtout, soit belle !Sinon, quand vous voudrez‖ jeter les yeux sur elle,Vous sentirez le cœur‖ vous manquer, et soudainL'instrument, malgré vous,‖ tomber de votre main.

LIV

L'auteur du présent livre,‖ en cet endroit, supplieSa lectrice, si peu‖ qu'elle ait la main jolie(Comme il n'en doute pas‖), d'y jeter un momentLes yeux, et de penser‖ à son dernier amant.Qu'elle songe, de plus,‖ que Mardoche était jeune,Amoureux, qu'il avait‖ pendant un mois fait jeûne,Que la chambre était sombre,‖ et que jamais baiséPlus long ni plus ardent‖ ne put être poséD'une bouche plus tendre,‖ et sur des mains plus blanchesQue celles que Rosine‖ eut au bout de ses manches.

LV

Car, à dire le vrai,‖ ce fut la RosinaQui parut tout à coup,‖ quand la porte tourna.Je ne sais, ô lecteur !‖ si notre ami MardocheEn cette occasion‖ crut son bien sans reproche,Mais il en profita.‖ — Pour la table, le thé,Les biscuits et le feu,‖ ce fut vite apporté.— Il pleuvait à torrents.‖ — Qu'on est bien deux à table !Une femme ! un souper !‖ je consens que le diableM'emporte, si jamais‖ j'ai souhaité d'avoirRien autre chose avant‖ de me coucher le soir.

LVI

Lecteur, remarquez bien‖ cependant que RosineÉtait blonde, l'œil noir,‖ avait la jambe fineMême, hormis les pieds‖ qu'elle avait un peu forts,Joignait les qualités‖ de l'esprit et du corps.Il paraît donc assez‖ simple et facile à croireQue son féal époux,‖ sans être d'humeur noire,Voulût la surveiller.‖ — Peut-être qu'il étaitAverti de l'affaire‖ en dessous ; le fait estQue Mardoche et sa belle,‖ au fond, ne pensaient guèreA lui, quand il cria‖ comme au festin de Pierre :

LVII

Ouvrez-moi ! — Pechero !‖ dit la dame, je suisPerdue !… Où se cacher,‖ Mardoche ? » Au fond d'un puits,Il s'y serait jeté,‖ de peur de compromettreLa reine de son cœur.‖ Il ouvrit la fenêtre.Stratagème excellent !‖ — Rien n'était mieux trouvé.Et zeste ! il se démit‖ le pied sur un pavé.Ô bizarre destin !‖ ô fortune inconstante !Ô malheureux amant !‖ plus malheureuse amante !Après ce coup fatal‖ qu'allez-vous devenir,Hélas ! et comment donc‖ ceci va-t-il finir ?

LVIII

De tout temps les époux,‖ grands dénoueurs de trames,Ont mangé les soupers‖ des amants de leurs femmes.On peut voir, pour cela,‖ depuis maître Gil Blas,Jusqu'à Crébillon fils‖ et monsieur de Faublas.Mais notre Dijonnais‖ à la face chagrineJugea la chose mal‖ à propos. — Et Rosine,Que fit-elle ? — Elle avait‖ cet air désappointéQue fait une perruche‖ à qui l'on a jetéMalicieusement‖ une fève arrangéeDans du papier brouillard‖ en guise de dragée.

LIX

Elle prend avec soin‖ l'enveloppe, ôte tout,Tire, et s'attend à bien,‖ puis, quand elle est au boutDu papier imposteur,‖ voyant la moquerie,Reste moitié colère‖ et moitié bouderie.« Madame, dit l'époux,‖ vous irez au couvent. »Au couvent ! — Ô destin‖ cruel et décevant !Le calice était plein ;‖ il fallut bien le boire.Et que dit à ce mot‖ la pauvre enfant ? — L'histoireN'en sait rien. — Et que fit‖ Mardoche ? — Pour changerD'amour, il lui fallut‖ six mois à voyager.

Versification

Forme
59 distiquess (distiques)
Rimes
295((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6−6
Strophes
59 distiquess
Mots à la rime
a nommé / enfermé masculine, classiqueb vie / envie féminine, classiquec ni / fini masculine, classiqued l'heure / pleure féminine, classiquee blond / long masculine, non classiquea pucelle / maternelle féminine, classiqueb confident / dent masculine, classiquec peine / semaine féminine, classiqued parfois / voix masculine, classiquee cachée / fâchée féminine, classiquea fort / mort masculine, classiqueb crâne / âne féminine, classiquec ânier / désennuyer masculine, classiqued dire / lire féminine, classiquee hâtif / motif masculine, classiquea l'âme / femme féminine, classiqueb été / vérité masculine, classiquec politique / aristocratique féminine, classiqued goût / Mahmoud masculine, classiquee hellène / hellespontienne féminine, classiquea Paros / héros masculine, classiqueb semaines / humaines féminine, classiquec jour / l'amour masculine, classiqued ivresses / paresses féminine, classiquee advint / vingt masculine, classiquea douairière / terre féminine, classiqueb élégant / Gand masculine, classiquec bénie / envie féminine, classiqued toussant / sang masculine, non classiquee neuve / Sainte-Beuve féminine, classiquea Châtelet / valait masculine, classiqueb parapluie / écurie féminine, classiquec tapis / tapi masculine, non classiqued pantoufle / s'essouffle féminine, classiquee incertains / latins masculine, classiquea dame / âme féminine, classiqueb enseignement / amant masculine, classiquec fête / tête-à-tête féminine, classiqued premier / l'écolier masculine, classiquee sais-je / apprendrais-je féminine, classiquea donné / né masculine, classiqueb oublie / patrie féminine, classiquec nom / moribond masculine, non classiquee doux / you masculine, non classiquea d'octobre / sobre féminine, classiqueb cuisinier / palefrenier masculine, classiquec gouvernante / servante féminine, classiqued changé / logé masculine, classiquee voisine / Rosine féminine, classiquea blonds / longs masculine, classiqueb d'ébène / peine féminine, classiquec blancs / étincelants masculine, classiqued mélange / ange féminine, classiquee aucunement / d'étonnement masculine, classiquea décembre / chambre féminine, classiqueb suis / nuits masculine, classiquec chaise / braise féminine, classiqued carreaux / châteaux masculine, classiquee flamme / femme féminine, classiquea pâli / Guiccioli masculine, classiqueb fantaisie / choisie féminine, classiquec plomb / sillon masculine, non classiqued cygne / vigne féminine, classiquee devina / Rosina masculine, classiquea litanies / finies féminine, classiqueb plus / défendus masculine, classiquec proche / Mardoche féminine, classiqued demi / l'ennemi masculine, classiquee l'aurore / encore féminine, classiquea ici / ceci masculine, classiqueb obole / vole féminine, classiquec appris / maris masculine, classiqued notaire / père féminine, classiquee partant / important masculine, classiquea noce / carrosse féminine, classiqueb chapeaux / propos masculine, classiquec amuse / s'use féminine, classiqued quartiers / derniers masculine, classiquee nature / nourriture féminine, classiquea demain / bain masculine, classiqueb porte / sorte féminine, classiquec moment / amant masculine, classiqued aime / système féminine, classiquee souper / tromper masculine, classiquea colère / verre féminine, classiqueb rien / mien masculine, classiquec perfide / vide féminine, classiqued rougit / dit masculine, classiquee récompense / offense féminine, classiquea aucunement / roman masculine, non classiqueb chemine / héroïne féminine, classiquec permettez / sautés masculine, classiqued rue / cohue féminine, classiquee boulevard / quart masculine, classiquea louage / tapage féminine, classiqueb landau / perdreau masculine, classiquec portière / meurtrière féminine, classiqued projet / sujet masculine, classiquee diplomate / cravate féminine, classiquea Meudon / donc masculine, non classiqueb approche / cloche féminine, classiquec clocher / prêcher masculine, classiqued d'ordinaire / primaire féminine, classiquee l'ancien / sien masculine, classiquea mettre / reconnaître féminine, classiqueb chemin / romain masculine, classiquec grues / rues féminine, classiqued magister / l'air masculine, classiquea lui / aujourd'hui masculine, classiqueb comme / pomme féminine, classiquec merci / ici masculine, classiqued sage / gage féminine, classiquee donner / deviner masculine, classiquea alouettes / charrettes féminine, classiqueb C'était / fait masculine, classiquec robe / globe féminine, classiqued voilà / vent-là masculine, classiquee Mardoche / poche féminine, classiquea humains / mains masculine, classiqueb aisée / rosée féminine, classiquec lieu / Dieu masculine, classiqued prophète / faite féminine, classiquee haut / Jung-Frau masculine, non classiquea mouche / bouche féminine, classiqueb pieds / voyez masculine, classiquec neige / apprendrai-je féminine, classiqued souris / mépris masculine, classiquee père / d'affaire féminine, classiquea suis / puis masculine, classiqueb fenêtre / naître féminine, classiquec tenu / venu masculine, classiqued pardonne / bonne féminine, classiquee protection / corruption masculine, classiquea demoiselles / cruelles féminine, classiqueb mal / bal masculine, classiquec monde / profonde féminine, classiqued consentement / raisonnement masculine, classiquee même / suprême féminine, classiquea frappé / trompé masculine, classiqueb père / terre féminine, classiquec mais / jamais masculine, classiqued demande / grande féminine, classiquee désuni / béni masculine, classiquea outrage / sage féminine, classiqueb ignorera / l'oubliera masculine, classiquec nôtre / l'autre féminine, classiqued voi / moi masculine, classiquee maîtresse / laisse féminine, classiquea raison / maison masculine, classiqueb feinte / crainte féminine, classiquec oiseaux / faux masculine, classiqued ordinaire / contraire féminine, classiquee doré / curé masculine, classiqueb laissez-moi / pourquoi masculine, classiquec rompre / corrompre féminine, classiqued est / fait masculine, classiquee familles / filles féminine, classiquea penser / blesser masculine, classiqueb sincère / Voltaire féminine, classiquec ainsi / récit masculine, non classiqued joie / voie féminine, classiquee occasion / raison masculine, classiquea perdue / rendue féminine, classiqueb renvoyer / colombier masculine, classiquec assistance / circonstance féminine, classiqued sentez / côtés masculine, classiquee n'importe / sorte féminine, classiquea bedeau / beau masculine, classiqueb presbytère / père féminine, classiquec vécu / vertu masculine, classiquee chrétien / rien masculine, classiquea m'ennuie / vie féminine, classiqueb après / vrais masculine, classiquec cervelle / elle féminine, classiqued bond / plafond masculine, classiquee damne / crâne féminine, classiquea demain / main masculine, classiqueb femme / âme féminine, classiquec veuf / dix-neuf masculine, classiqued soixante / cinquante féminine, classiquee chevaliers / roturiers masculine, classiquea grâce / fasse féminine, classiqueb fils / puis masculine, classiquec nourrice / tentatrice féminine, classiqued bien / rien masculine, classiquee pense / récompense féminine, classiquea conversation / Meudon masculine, classiqueb véritable / coupable féminine, classiquec bon / démon masculine, classiqued élégie / impie féminine, classiquee l'instant / content masculine, classiquea fête / tête féminine, classiqueb soucieux / yeux masculine, classiquec silence / révérence féminine, classiqued où / loup masculine, non classiquee baissée / pensée féminine, classiquea pas masculine, classiqueb personne / couronne féminine, classiquec chemin / Romain masculine, classiqued inquiète / poète féminine, classiquee pré / curé masculine, classiqueb noir / concevoir masculine, classiquec voilée / l'allée féminine, classiqued blanc / nonchalant masculine, classiquee pâle / conjugale féminine, classiquea suivit / vit masculine, classiqueb terrasse / trace féminine, classiquec délibérait / attendrait masculine, classiqued surprise / crise féminine, classiquee aussitôt / jabot masculine, classiquea silence / France féminine, classiqueb talons / pantalons masculine, classiquec compatriotes / bottes féminine, classiqued enhardi / dandy masculine, classiquee moustache / cravache féminine, classiquea merveilleux / cheveux masculine, classiqueb aristocrate / écarlate féminine, classiquec soir / noir masculine, classiqued Piérides / rapides féminine, classiquee l'air / éclair masculine, classiquea maître / reconnaître féminine, classiqueb fumait / Mahomet masculine, classiquec tête / fête féminine, classiqued parent / courant masculine, classiquee portière / affaire féminine, classiquea ceci / sourcil masculine, non classiquec voir / miroir masculine, classiqued servante / l'épouvante féminine, classiquee lustral / Portugal masculine, classiquea pirates / cravates féminine, classiqueb amoureux / nœuds masculine, classiquec d'ambre / chambre féminine, classiqued essayés / pieds masculine, classiquee emphases / périphrases féminine, classiquea gardés / escaladés masculine, classiqueb femme / l'âme féminine, classiquec satin / main masculine, classiqued misère / lumière féminine, classiquee lait / couplet masculine, classiquea mémoire / noire féminine, classiqueb manteau / tôt masculine, non classiquec goutte / route féminine, classiqued s'abaissa / s'élança masculine, classiquee sorte / porte féminine, classiquea doux / rendez-vous masculine, classiqueb faire / distraire féminine, classiquec enfin / coussin masculine, classiqued sacrée / adorée féminine, classiquee souvenir / venir masculine, classiquea hyménée / surannée féminine, classiqueb ans / mourants masculine, classiquec mélancolique / romantique féminine, classiqued moment / abominablement masculine, classiquee douairières / chambrières féminine, classiquea Paris / compris masculine, classiqueb avare / guitare féminine, classiquec cheveux / feux masculine, classiqued belle / elle féminine, classiquee soudain / main masculine, classiquea supplie / jolie féminine, classiquec jeune / jeûne féminine, classiqued baisé / posé masculine, équivalentee blanches / manches féminine, classiquea Rosina / tourna masculine, classiqueb Mardoche / reproche féminine, classiquec thé / apporté masculine, classiqued table / diable féminine, classiquee d'avoir / soir masculine, classiquea Rosine / fine féminine, classiqueb forts / corps masculine, classiquec croire / noire féminine, classiqued était / est masculine, classiquee guère / Pierre féminine, classiquea suis / puits masculine, classiqueb compromettre / fenêtre féminine, classiquec trouvé / pavé masculine, classiqued inconstante / amante féminine, classiquee devenir / finir masculine, classiquea trames / femmes féminine, classiqueb Blas / Faublas masculine, classiquec chagrine / Rosine féminine, classiqued désappointé / jeté masculine, classiquee arrangée / dragée féminine, classiquea tout / bout masculine, classiqueb moquerie / bouderie féminine, classiquec couvent / décevant masculine, classiqued boire / L'histoire féminine, classiquee changer / voyager masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.9· écart moyen à la rime classique 0.2

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

590 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Premières poésies, Paris, Texte établi par Maurice Allem, Paris, Garnier Frères, 1967, publié par les éditions Classiques Garnier, 1967· numérisation Enclitt· Sources