Napoléon et la France guerrière, 1826
Les Étrangers à Paris
Le Soleil qui sur nous‖ dardait ses feux rapides,A donc été vaincu‖ par des astres perfides,Et ses feux endormis‖ ont fait place aux éclairs.Quel charme assez puissant‖ put fasciner la vueDe cet aigle, enfant de la nue,Dont les regards ardens‖ dévoraient l’univers ?
Un dieu vient de céder‖ à des forces humaines ;Quels bras l’ont enchaîné ?‖ Des bras chargés de chaînes.Avec lui, s’est dissoute‖ à nos regards surpris,Tant de puissance amoncelée,Il tombe, et la terre ébranléeA tremblé sous le poids‖ de son vaste débris.
Sur un rocher désert,‖ sur la roche obscurcie,Que le temps, que la flamme‖ ont tour-à-tour noircie,On le voit s’endormir,‖ pour ne s’éveiller plus ;Autour de sa prison,‖ roule la mer profonde ;O Français, contemplez‖ cet autre Marius,Assis sur un débris du Monde !
Ah, si dans le combat‖ qui décida son sort,Il eût pu rencontrer‖ une honorable mort,De quel divin éclat‖ eût brillé sa mémoire !Mais, en proie aux chagrins,‖ dans le malheur bercé,Peut-être il va vieillir,‖ comme un glaive émoussé,Qui se ronge dans l’ombre,‖ et se rouille sans gloire ! !
Il est là pour toujours ;‖ plus d’espoir, plus d’appui ;Il reste en butte‖ à la fureur commune,Et les lâches flatteurs‖ qui grandirent sous lui,L’ont renié dans l’infortune.
Il eut de grands succès ;‖ mais, hélas ! à quel prix !Secourable à-la-fois‖ et funeste à la France,Au plus haut période‖ il porta sa puissance,…Mais la France, en pleurant,‖ lui demande ses fils !…
Tes fils, ne pleure pas,‖… ils sont morts pour la gloire,Un laurier toujours vert,‖ ornera leur mémoire,Partout où les guida‖ le destin des combats,Partout où pénétra‖ leur rapide vaillance,Leurs compagnons vainqueurs‖ vengèrent leur trépas…L’ennemi paya cher…‖ Mais Waterloo… Silence !…Ceux-ci n’ont obtenu‖ qu’un trépas sans vengeance !
Français, courons sous les drapeaux,Vengeons leur cendre profanée,De la gloire d’une journéeDépouillons nos lâches rivaux.A la France qui nous appelleRendons son antique splendeur,Et sur sa mourante grandeur,Entons une grandeur nouvelle !
Marchons, et si le sort‖ cesse de protégerUn peuple généreux‖ secouant ses entraves,Soyons plutôt de l’étrangerLes victimes que les esclaves ;Marchons ! en expirant,‖ ils nous léguaient, nos braves,Ou leur exemple à suivre,‖ ou leur mort à venger.
Qu’offrir, en sacrifice,‖ à leur cendre irritée ?C’est du sang qu’il leur faut,‖ nous n’avons que des pleurs ;Tu parles de vengeance,‖ ô France ensanglantée,Qu’as-tu fait de tes défenseurs ?
Déjà des ennemis‖ les clairons retentissent ;Nous n’avons en nos murs‖ qu’un peuple désarmé,De femmes et d’enfans,‖ un amas alarmé,Et les lâches qui nous trahissent.Malheureux ! Nous cédons‖ au destin irrité !O désespoir !‖ Une foule ennemieAu poids de l’or,‖ au poids de l’infamie,Nous vendra notre liberté !
Mais il faut dévorer‖ nés chagrins en silence.Que de fois les sermens,‖ les droits sont méconnus !Que de fois l’équité‖ gémit sous la puissance,Que de fois penche la balance,Sous le fer d’un nouveau Brennus !
Naguère riche et florissante,Notre patrie,‖ orgueilleuse et puissante,S’applaudissait‖ de sa fertilité,Mais l’étranger‖ y pose un pied perfide,…Et nous cherchons en vain‖ sur ce sol attristé,Qui ne présente plus‖ qu’une surface aride,Son antique fécondité.
Nous voyons sous les mains‖ de ces nouveaux Vandales,Disparaître nos monumens,Et ces antiques ornemensQui décoraient jadis‖ nos pompes triomphales ;Où sont-ils ces débris‖ de cent peuples soumis,Ces immortels travaux‖ faits d’une main mortelle,Ces amas d’étendards‖ pris sur les ennemis,Registres imposans‖ d’une gloire éternelle !
L’étranger les enlève,‖ il soustrait à nos yeuxDe nos anciens travaux‖ ces témoins glorieux ;
Des produits de nos arts‖ à son tour il s’empare,Dépouille d’ornemens‖ nos palais violés,Et promène sa main barbareSur nos monumens mutilés.
Mais sa fureur en vain‖ sans cesse les menace ;Et ces lâches en vain‖ tâcheront de ternirLes exploits étonnans‖ que tenta notre audace ;En vain ils essaieront‖ d’en effacer la trace…,En effaceront-ils‖ l’immortel souvenir ?
Ce souvenir des temps‖ bravera les injures,Et perçant au travers‖ des âges entassés,Ira dire aux races futuresLes exploits des siècles passés.
Ainsi le peuple roi‖ devint le peuple esclave,Le Français s’endormit‖ sous une indigne entrave,Et ce cri de surprise,‖ au bruit de sa valeur,Qui réveillait jadis‖ les échos de la France,Ne fut plus qu’un cri de douleur ;
Mais que notre ennemi‖ cesse en son arroganceD’insulter à notre malheur,Ou, de nos cœurs brûlans‖ d’une héroïque ardeur,Partirait un cri de vengeance.
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 3(aabccb) 1(aabcbc) 4(abab) 2(abba) 1(aabcbcc) 2(abbacddc) 1(ababba) 2(abaab) 1(aabcbcb) 1(abbacdcd) 1(aa) 1(aabcb)
- Mètre
- Alexandrins et octosyllabes (72 de 12, 31 de 8, 6 de 10)· profil 8, 4+6, 6+6
- Strophes
- 6 quatrains, 5 sizains, 3 huitains, 3 quintils, 2 septains, 1 distique
- Mots à la rime
- a rapides / perfides féminine, classiqueb éclairs / l’univers masculine, classiquec vue / nue féminine, classiquea humaines / chaînes féminine, classiqueb surpris / débris masculine, classiquec amoncelée / ébranlée féminine, classiquea obscurcie / noircie féminine, classiqueb plus / Marius masculine, classiquec profonde / Monde féminine, classiquea sort / mort masculine, classiqueb mémoire / gloire féminine, classiquec bercé / émoussé masculine, classiquea d’appui / lui masculine, classiqueb commune / l’infortune féminine, classiquea prix / fils masculine, classiqueb France / puissance féminine, classiquea gloire / mémoire féminine, classiqueb combats / trépas masculine, classiquec vaillance / Silence / vengeance féminine, classiquea drapeaux / rivaux masculine, classiqueb profanée / journée féminine, classiquec appelle / nouvelle féminine, classiqued splendeur / grandeur masculine, classiquea protéger / l’étranger / venger masculine, classiqueb entraves / esclaves / braves féminine, classiquea irritée / ensanglantée féminine, classiqueb pleurs / défenseurs masculine, classiquea retentissent / trahissent féminine, classiqueb désarmé / alarmé masculine, classiquec irrité / liberté masculine, classiqued ennemie / l’infamie féminine, classiquea silence / puissance / balance féminine, classiqueb méconnus / Brennus masculine, classiquea florissante / puissante féminine, classiqueb fertilité / attristé / fécondité masculine, classiquec perfide / aride féminine, classiquea Vandales / triomphales féminine, classiqueb monumens / ornemens masculine, classiquec soumis / ennemis masculine, classiqued mortelle / éternelle féminine, classiquea yeux / glorieux masculine, classiquea s’empare / barbare féminine, classiqueb violés / mutilés masculine, classiquea menace / audace / trace féminine, classiqueb ternir / souvenir masculine, classiquea injures / futures féminine, classiqueb entassés / passés masculine, classiquea esclave / entrave féminine, classiqueb valeur / douleur masculine, classiquec France / arrogance / vengeance féminine, classiqueb malheur / ardeur masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
109 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Napoléon et La France Guerrière, Élégies nationales, LADVOCAT, LIBRAIRE, 1826· numérisation poesies.net· Sources