Œuvres complètes (poésies), 1826‑1846· Fragments de Faust
Le soir
Marguerite chante dans sa chambre.
Le roi de Thulé.
Il était un roi de Thulé,A qui son amante fidèleLégua, comme souvenir d’elle,Une coupe d’or ciselé.
C’était un trésor plein de charmesOù son amour se conservait :A chaque fois qu’il y buvaitSes yeux se remplissaient de larmes.
Voyant ses derniers jours venir,Il divisa son héritage,Mais il excepta du partageLa coupe, son cher souvenir.
Il fit à la table royaleAsseoir les barons dans sa tour ;Debout et rangée alentour,Brillait sa noblesse loyale.
Sous le balcon grondait la mer.Le vieux roi se lève en silence.Il boit, — frissonne, et sa main lanceLa coupe d’or au flot amer !
Il la vit tourner dans l’eau noire,La vague en s’ouvrant fit un pli,Le roi pencha son front pâli.Jamais on ne le vit plus boire.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, Michel Lévy frères, 1877· numérisation gallica.fr· Sources