Œuvres complètes (poésies), 1826‑1846· Poésies diverses
Laisse-moi
Non, laisse-moi, je t’en supplie ;En vain, si jeune et si jolie,Tu voudrais ranimer mon cœur !Ne vois-tu pas, à ma tristesse,Que mon front pâle et sans jeunesseNe doit plus sourire au bonheur ?
Quand l’hiver aux froides haleinesDes fleurs qui brillent dans nos plainesGlace le sein épanoui,Qui peut rendre à la feuille morteSes parfums que la brise emporteEt son éclat évanoui ?
Oh ! si je t’avais rencontréeAlors que mon âme enivréePalpitait de vie et d’amours,Avec quel transport, quel délireJ’aurais accueilli ton sourireDont le charme eût nourri mes jours !
Mais à présent, ô jeune fille !Ton regard, c’est l’astre qui brille,Aux yeux troublés des matelots,Dont la barque en proie au naufrage,A l’instant où cesse l’orage,Se brise et s’enfuit sous les flots.
Non, laisse-moi, je t’en supplie ;En vain, si jeune et si jolie,Tu voudrais ranimer mon cœur :Sur ce front pale et sans jeunesseNe vois-tu pas que la tristesseA banni l’espoir du bonheur ?
1830.
30 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, Michel Lévy frères, 1877· numérisation gallica.fr· Sources