Œuvres complètes (poésies), 1826‑1846· Poésies diverses
Mélodie irlandaise
(IMITÉ DE THOMAS MOORE.)
Le soleil du matin commençait sa carrière-,Je vis près du rivage une barque légèreSe bercer mollement sur les flots argentés.Je revins quand la nuit descendait sur la rive :La nacelle était là, mais l’onde fugitiveNe baignait plus ses flancs dans le sable arrêtés.
Et voilà notre sort ! au matin de la viePar des rêves d’espoir notre âme poursuivieSe balance un moment sur les flots du bonheur ;Mais, sitôt que le soir étend son voile sombre,L’ombre qui nous portait se retire, et dans l’ombreBientôt nous restons seuls en proie à la douleur.
Au déclin de nos jours on dit que notre têteDoit trouver le repos sous un ciel sans tempête ;Mais qu’importe à mes vœux le calme de la nuit !Rendez-moi le matin, la fraîcheur et les charmes ;Car je préfère encor ses brouillards et ses larmesAux plus douces lueurs du soleil qui s’enfuit.
Oh ! qui n’a désiré voir tout à coup renaîtreCet instant dont le charme éveilla dans son êtreEt des sens inconnus et de nouveaux transports !Où son âme semblable à l’écorce embaumée,Qui disperse en brûlant sa vapeur parfumée,Dans les feux de l’amour exhala ses trésors !
Janvier 1830.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, Michel Lévy frères, 1877· numérisation gallica.fr· Sources