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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes (poésies), 1826‑1846· Poésies diverses

Mélodie

(IMITÉE DE THOMAS MOORE)

Gérard de Nerval· 40 vers

Quand le plaisir brille en tes yeuxPleins de douceur et d’espérance ;Quand le charme de l’existenceEmbellit tes traits gracieux, —Bien souvent alors je soupireEn songeant que l’amer chagrin,Aujourd’hui loin de toi, peut t’atteindre demain,Et de ta bouche aimable effacer le sourire ;Car le Temps, tu le sais, entraîne sur ses pasLes illusions dissipées,Et les feux refroidis, et les amis ingrats,Et les espérances trompées !

Mais crois-moi, mon amour ! tous ces charmes naissantsQue je contemple avec ivresse,S’ils s’évanouissaient sous mes bras caressants,Tu conserverais ma tendresse !Si tes attraits étaient flétris,Si tu perdais ton doux sourire,La grâce de tes traits chérisEt tout ce qu’en toi l’on admire,Va, mon cœur n’est pas incertain :De sa sincérité tu pourrais tout attendre.Et mon amour, vainqueur du Temps et du Destin,S’enlacerait à toi, plus ardent et plus tendre !

Oui, si tous tes attraits te quittaient aujourd’hui.J’en gémirais pour toi ; mais en ce cœur fidèleJe trouverais peut-être une douceur nouvelle,Et, lorsque loin de toi les amants auraient fui,Chassant la jalousie en tourments si féconde,Une plus vive ardeur me viendrait animer.« Elle est donc à moi seul, dirais-je, puisqu’au mondeIl ne reste que moi qui puisse encor l’aimer ! »

Mais qu’osé-je prévoir ? tandis que la jeunesseT’entoure d’un éclat, hélas ! bien passager,Tu ne peux te fier à toute la tendresseD’un cœur eu qui le temps ne pourra rien changer.Tu le connaîtras mieux : s’accroissant d’âge en âge,L’amour constant ressemble à la fleur du soleil,Qui rend à son déclin, le soir, le même hommageDont elle a, le matin, salué son réveil !

1828.

40 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, Michel Lévy frères, 1877· numérisation gallica.fr· Sources