Œuvres complètes (poésies), 1826‑1846· Poésies diverses
Stances élégiaques
Ce ruisseau, dont l’onde tremblanteRéfléchit la clarté des cieux,Paraît dans sa course brillanteÉtinceler de mille feux :Tandis qu’au fond d’un lit paisible,Où, par une pente insensible,Lentement s’écoulent ses flots,Il entraîne une fange impureQui d’amertume et de souillurePartout empoisonne ses eaux.
De même un passager délire,Un éclair rapide et joyeuxEntr’ouvre ma bouche au sourire,Et la gaieté brille en mes yeux ;Cependant mon âme est de glace,Et rien n’effacera la traceDes malheurs qui m’ont terrassé.En vain passera ma jeunesse,Toujours l’importune tristesseGonflera mon cœur oppressé.
Car il est un nuage sombre,Un souvenir mouillé de pleurs,Qui m’accable et répand son ombreSur mes plaisirs et mes douleurs.Dans ma profonde indifférence,De la joie ou de la souffranceL’aiguillon ne peut m’émouvoir ;Les biens que le vulgaire enviePeut-être embelliront ma vie,Mais rien ne me rendra l’espoir.
Du tronc à demi détachéePar le souffle des noirs autans,Lorsque la branche desséchéeRevoit les beaux jours du printemps.Si parfois un rayon mobile,Errant sur sa tête stérile,Vient brillanter ses rameaux nus,Elle sourit à la lumière ;Mais la verdure printanièreSur son front ne paraîtra plus.
1828.
40 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, Michel Lévy frères, 1877· numérisation gallica.fr· Sources