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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes (poésies), 1826‑1846· Élégies nationales et satires politiques

Nos adieux a la chambre des députés de l’an 1830

ou ALLEZ-VOUS-EN VIEUX MANDATAIRES PAR LE PÈRE GÉRARD PATRIOTE DE 1789, ANCIEN DÉCORÉ DE LA PRISE DE LA BASTILLE DÉDIÉS AUX ÉLECTEURS DE PARIS ET DE TOUTE LA FRANGE

Gérard de Nerval· 367 vers

AIR : Allez-vous-en, gens de la noce.

Votre insupportable éloquenceNeuf mois nous fit gémir assez.Il était bien temps que la FranceVît tous ses sauveurs enfoncés.Allez-vous-en, vieux mandataires.Allez-vous-en chacun chez vous

Vous avez pris toutes les places ;Après vous il ne reste rien,Et nous voyons, heureux paillasses,Que vous voulez tous notre bien.Allez-vous-en, etc.

Blin de Bourdon et Lardemelle,Bois-Bertrand, Noaille et Berryer,Votre collège vous appelle,Les électeurs vont vous crier :Allez-vous-en, etc.

Cachez votre figure blême,Vous avez trop versé de pleurs.Sur la duchesse d’AngoulêmeEt sur les bons rois mitrailleurs.Allez-vous-en, etc.

Vous aurez beau vous mettre en quatre,Pour vous plus de majorité,Et l’électeur saura rabattreVotre goût pour l’hérédité.Allez-vous-en, etc.

Monsieur Périer, ta présidenceNe fut qu’intrigue et que rumeur :Tu n’étais pas à la séanceUn garçon de bien bonne humeur.Allez-vous-en, etc.

Si Viennet fut par son manègeDe Constant l’heureux substitut,A Béziers, le petit collégeVotera mieux que l’Institut.Allez-vous-en, etc.

Salvandy, défenseur des SuissesA presque vanté Trestaillon ;Il s’est mis dans les écrevisses,On doit le mettre au court-bouillon.Allez-vous-en, etc.

« L’argent fait tout, » a dit Gridaine,Le drapier veut des majorats ;On lui dira, dans les Ardennes :« Tu t’es mis dans de mauvais draps. »Allez-vous-en, etc.

Gaétan, qui se désespèrePleure les croix, pleure les lis.« Il n’est pas digne de son père ! »Voilà ce qu’on dit à Senlis.Allez-vous-en, etc.

Le gros Méchin souffle et soupire ;Il a bavardé sans esprit.Ce n’est qu’un préfet de l’Empire,Et tout son empire est détruit.Allez-vous-en, etc.

Renard, député de Marseille,N’a rien dit pour la liberté ;Aux électeurs, moi, je conseilleDe dire au jeune député :Allez-vous-en, etc.

Monsieur Jars prêcha plus d’un prôneEn l’honneur du juste milieu,Et déjà l’électeur du RhôneLui prépare un dernier adieu.Allez-vous-en, etc.

L’avocat Barthe eut la simarreEn se réveillant en sursaut ;Mais, un beau jour, ainsi qu’Icare,Il pourra faire un fameux saut.Allez-vous-en, etc.

Agier, tout fier de sa cocarde,Marmier, deux pauvres orateurs,Vont bientôt descendre la garde,Sous le feu de nos électeurs.Allez-vous-en, etc.

Guizot, grand professeur d’histoire,On va rabattre ton caquet.Vatimesnil, réquisitoire,Tu retourneras au parquet.Allez-vous-en, etc.

Salins, pauvre ville de France,A vu son dernier toit roussi ;Plus grande encor fut sa souffranceEn prenant l’homme de BercyAllez-vous-en, etc.

Lameth, avec sa peur panique,Parle comme un spectre aux abois ;Il rêve tant la République,Qu’il a dit : « Deux et deux font trois ! »Allez-vous-en, etc.

Royer-Collard, par ses manèges,N’est plus qu’un carliste importun ;Il eut les voix de huit collèges :Maintenant en aura-t-il un ?Allez-vous-en, etc.

Bien qu’il s’échauffe en une serre,Et qu’il parle sur tous les tons.Engageons Poyferré de CerreA retourner à ses moutons.Allez-vous-en, etc.

Faut-il une bouche éloquentePour bâiller au juste milieu ?Duboys (d’Angers), ta voix tonnanteDans l’Assemblée a fait long feu.Allez-vous-en, etc.

Sébastiani, ta renomméeS’en va tout à fait à vau-l’eau ;Tu ne rappelles plus l’armée :Tu ne rappelles qu’un tonneau.Allez-vous-en, etc.

Monsieur Baron, grand personnage,Quinze ans aux Chambres fut porté :Grasse va le laisser en gage,En gage au mont-de-piété.Allez-vous-en, etc.

André (du Rhin), avec rudesseTraite nos journaux quotidiens ;Il donne un soufflet à la presse,Rendez-le-lui, bons Alsaciens.Allez-vous-en, etc.

Amiens doit rendre enfin justiceAu muet qui si bien feignit,Et renvoyer à la policeLe haut baron de RumignyAllez-vous-en, etc.

Pendant trente ans, Favard-LangladeNe fut qu’un député tory,Et pour cet orateur maussade,Issoire fut un bourg pourriAllez-vous-en, etc.

Monsieur Gautier crie au scandaleEt voit la presse tout en noir.Bordeaux ! que l’urne électoraleMontre un quatrième pouvoir.Allez-vous-en, etc.

Delessert paraît sans malice,Mais il est brutal à l’excès ;Il est poli comme un gros Suisse,Il parle suisse à des Français.Allez-vous-en, etc.

Persil, amateur des menottesNous fit appréhender au corps ;Il mit dedans les patriotes,Condom va le mettre dehors.Allez-vous-en, etc.

Villèle a perdu la pairie,Il s’agite encore en tous sens ;Mais Toulouse aime la patrie.Qui veut nommer un des trois cents ?Allez-vous-en, etc.

Le baron Laugier, maire d’Arles,Parmi nous peut-il être admis ?Le bon ami du bon roi CharlesPeut-il rester de nos amis ?Allez-vous-en, etc.

Saint-Criq tripote à la douaneEt rêve de nouveaux impôts.Son ami Duvergier d’HauranneA, comme lui, droit au repos.Allez-vous-en, etc.

Les électeurs livrent batailleAux bons carlistes de l’Hérault ;A Montpellier, monsieur PatailleNe servira plus de héraut.Allez-vous-en, etc.

Lunéville est cité guerrière,Et se rappellera, dit-on,Qu’elle doit porter en bannièreUn coq et non pas un moutonAllez-vous-en, etc.

D’une période éternelle,Lyon nous fit le don fatal,Et doit laisser monsieur PrunelleDe service à son hôpital.Allez-vous-en, etc.

Nous avons trop vu la grimaceDe tous les hommes de château ;Laissons avec leur garde-chasseMessieurs Clarac et Rambuteau.Allez-vous-en, etc.

Les Provençaux que l’on renommeDe leur choix ne seront pas fiers ;Ils avaient cru nommer un homme,Mais ils n’avaient nommé qu’un ThiersAllez-vous-en, etc.

Bertin de Vaux par sa gazetteNe fait qu’un méchant bacchanal.Versaille a sonné la retraiteDu rédacteur et du journal.Allez-vous-en, etc.

Montbrison n’aime pas la fraude,Les électeurs le prouveront ;Des éperons de monsieur BaudeLes électeurs se souviendront.Allez-vous-en, etc.

Badigeonneur de notre charte,Qu’est devenu monsieur Bérard ?Il ne dit mot ; perd-il la carte ?Les canaux l’engraissent à lard.Allez-vous-en, etc.

Benjamin meurt ; sans espéranceIl voit nos droits à leur déclin.Est-ce pour consoler la FranceQue l’Alsace nomme Athalin ?Allez-vous-en, etc.

Madier-Montjau, grand escogriffeN’a plus qu’un esprit très-bouché ;Il a tant hurlé sur l’afficheQue lui-même s’est affiché.Allez-vous-en, etc.

Mestadier, bavard sans logique,Amende, amende à tout moment,Et notre urne patriotiqueL’oublîra par amendement.Allez-vous-en, etc.

Nommez au bord de la GaronneUn éligible à cinq cents francs,Car l’oiseau Jay nous abandonneEt nous voulons des garçons francs.Allez-vous-en, etc.

D’un avocat plein de rancuneL’Yonne va donc se purger.Jacqueminot de PampeluneN’accusera plus Béranger.Allez-vous-en, etc.

Ce bon monsieur de Ribeyrole,S’attaquant au brave Marschal,N’a pris qu’une fois la parole,Encore a-t-il parlé fort mal.Allez-vous-en, etc.

Aussi bon préfet de la SeineQu’orateur du juste milieu,A monsieur de Bondy, sans peine,Les électeurs diront adieu.Allez-vous-en, etc.

En gardant son préfet novice,Aubernon, parleur entêté,Versailles rend un grand serviceAux amis de la liberté.Allez-vous-en, etc.

Humann était de bonne pâte,Strasbourg avait un bon sujet ;Mais il paraît que l’on se gâte,En tripotant dans le budget.Allez-vous-en, etc.

Baron de nouvelle fabrique,Pierrefeu n’est pas un malin.Toulon apprête sa musiquePour honorer cet ex-vilain.Allez-vous-en, etc.

Châteaudouble a pris tous les rôles,Tout son esprit est d’émarger.Les bonnes prunes de Brignoles,Il ne pourra plus les manger.Allez-vous-en, etc.

Soutien de la liste civile,Monsieur Thil, orateur gratis,Veut que l’on paye à domicileLes favoris de Charles Dix.Allez-vous-en, etc.

On a parlé d’un sacrilège ;A Tournon résonne le glas,Et le président du collégeDit au jeune Boissy d’Anglas :Allez-vous-en, etc.

Blois connaît bien notre misère.A l’homme sec, au cœur d’airain,Au sieur Pelet (de la Lozère)On répétera ce refrain :Allez-vous-en, etc.

Du gros banquier bien impassibleQui pour lui toujours votera,Du sieur Durand l’inamovible,Perpignan nous délivrera.Allez-vous-en, etc.

Monsieur de Leyval, vieux carliste,Fut tantôt blanc, et tantôt brun.Clermont va rayer de sa listeCe bourbonien deux-cent-vingt-un.Allez-vous-en, etc.

Le grand chef de nos catacombes,Le sieur Héricart de Thury,Ira s’égayer dans ses tombes,Près du vieux saule Kératry.Allez-vous-en, etc.

Par des mesures salutaires,Tout en l’honneur du vieux Bourbon,On va renvoyer dans ses terresMonsieur le marquis de Cambon.Allez-vous-en, etc.

De Quélen crie au sacrilège,Et, pour consoler le pleurard,On lui mande de son collégeUne lettre de faire part.Allez-vous-en, etc.

Pauvre Chilhaud la Rigaudie !Tu n’as plus d’huile en ton flacon.Qui nous rendra ta parodie,Ta queue et ton accent gascon ?Allez-vous-en, etc.

Bizen-Lézard change de vote,Et c’est presque un petit Brutus ;Mais qui peut voir un patrioteDans le serviteur des pointus ?Allez-vous-en, etc.

Destourmel a tendu la patte,Cambrai ne veut plus du souplet ;On en a fait un diplomate,Bon voyage, cher Dumolet !Allez-vous-en, etc.

Sir Arthur de la Bourdonnaie,En vain vous mendiez nos voix,Passez, on n’a pas de monnaie :D’Henri V cherchez le pavois.Allez-vous-en, etc.

Lemore, grand voteur du centre,Est religieux à l’excès.Tout au ministre et tout au ventre,C’est un vrai chevalier français.Allez-vous-en, etc.

Monsieur Lefèvre a la folieD’enfler un budget indiscret ;Nos charges, il les multiplie,Et tous nos droits, il les soustrait.Allez-vous-en, etc.

Chef de la Banque, et plus terrible,Odier nous semble encor plus grec,Autant qu’un chiffre est insensible,Comme un chiffre il a le cœur sec.Allez-vous-en, etc.

Messager du duc d’Angoulême,Et pour Charle implorant merci,Dans les trois jours on vit tout blêmeCe pauvre monsieur de Sussy.Allez-vous-en, etc.

A Digne, les baigneurs maladesAu repos vont le convier.Le payé de. nos barricadesDevait mettre à nu le Gravier.Allez-vous-en, etc.

L’électeur prendra sa revancheAvec Esnouf, brave escargot,Et ne mettra plus dans sa mancheLe mari de madame Angot.Allez-vous-en, etc.

Électeur, le pays t’implore,Ne nomme plus d’hommes en gnac.Martignac, Mayrinhac encore,Sans oublier monsieur Preissac.Allez-vous-en, etc.

Enfin la France libéraleAux deux-cent-vingt disant adieu,D’un coup de cloche électoraleVa briser le juste milieu.Allez-vous-en, etc.

A la Pologne, à l’ItalieLa France offrant son bras nerveux,Doit se défaire d’une lieQui corrompt son sang généreux.Allez-vous-en, etc.

Brave Dupont, bon Lafayette,Un tel refrain n’est pas pour vous.La France entière vous répète :Patriotes, veillez pour tous.Grands citoyens, chefs populairesNous vous nommons, défendez-vous !

367 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, Michel Lévy frères, 1877· numérisation gallica.fr· Sources