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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les Vivants et les Morts, 1913· II Les climats

Ainsi les jours s’en vont…

Anna de Noailles· quatrains, alexandrins, 55 vers

Ainsi les jours s'en vont,‖ rapides et sans but,Nous les appelons doux‖ quand ils sont monotones,Et l'âme, habituée‖ à combattre, s'étonneDe ne plus espérer‖ et de ne souffrir plus.

Qu'est-ce donc que l'on veut,‖ qu'on espère et prépare,Que souhaitons-nous donc,‖ quand, l'esprit plus disposQu'un bleu matin qui luit‖ dans le vitrail des gares,Nous sommes harassés‖ de calme et de repos ?

Les délices, la paix‖ ne sont pas suffisantes,Un courageux élan‖ veut aller jusqu'aux pleurs.La passion convie‖ à des fêtes sanglantes :Tout est déception‖ qui n'est pas la douleur !

Souffrir, c'est tout l'espoir,‖ toute la diligenceQue nous mettons à fuir‖ le paisible présent,Lorsque ignorants du but‖ et tentés par la chanceNous rêvons au départ,‖ brutal et complaisant.

Je le sais et je songe‖ à mes brûlants voyages,Au sol oriental,‖ crayeux, sombre et vermeil,Au campanile aigu,‖ brillant sur le rivageComme un blanc diamant‖ lancé vers le soleil !

Je songe au frais palais‖ de Naple, à ses muséesOù règne un blanc climat,‖ nonchalant, engourdi,Où, dans l'albâtre grec,‖ amplement s'arronditLa face de Junon,‖ éclatante et rusée !

Je songe à cette salle‖ illustre, où je voyaisDes danseuses d'argent,‖ dans leurs gaines de lave,Fixer sur mon destin,‖-fortes, riantes, braves,Leurs yeux d'émail, pareils‖ à de sombres œillets.

Je vois le vieil Homère‖ et ses yeux sans prunelle,Où mon triste regard‖ s'enfonçait pas à pas,Comme ces voiliers qui,‖ sur la mer éternelle,Se perdent dans la brume‖ et ne reviennent pas…

Je me souviens de vous,‖ jeune Milésienne,Beau torse mutilé‖ qui demeurez debout,Comme on voit, en été,‖ les gerbes de blé rouxNoblement se dresser‖ dans l'onde aérienne ;

Et de vous, Amazone‖ à cheval, et pliantSous le choc d'une flèche‖ impétueuse et fourbe,Et qui semblez mourir‖ d'amour, en suppliantLe vague meurtrier‖ qui vous blesse et vous courbe.

— Aigle maigre et divin‖ convoitant un enfant,Je vous vois, Jupiter,‖ auprès de Ganymède ;Votre œil de proie, où brille‖ un amour sans remède,Mêle un rêve soumis‖ à vos airs triomphants.

Je me souviens de vous,‖ jeune guerrier de marbre,Agile Harmodius‖ auprès de votre ami,Qui figurez, levant‖ vos deux bras à demi,L'élan de l'épervier‖ et du vent dans les arbres !

Qu'il fut beau le voyage‖ anxieux que je fisSur des rives qu'assaille‖ un été frénétique !Et je songe ce soir,‖ avec un cœur surpris,A ces temps où ma vie,‖ errante et nostalgique,Ressemblait par ses pleurs,‖ ses rêves, ses défis,Son ardeur à mourir‖ et ses sursauts lyriques,Aux groupes des héros‖ dans les musées antiques…

Versification

Forme
Quatrains
Rimes
6(abba) 6(abab) 1(ababacc)
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
12 quatrains, 1 septain
Mots à la rime
a but / plus masculine, non classiqueb monotones / s'étonne féminine, non classiquea prépare / gares féminine, non classiqueb dispos / repos masculine, classiquea suffisantes / sanglantes féminine, classiqueb pleurs / douleur masculine, non classiquea diligence / chance féminine, classiqueb présent / complaisant masculine, classiquea voyages / rivage féminine, non classiqueb vermeil / soleil masculine, classiquea musées / rusée féminine, non classiqueb engourdi / s'arrondit masculine, non classiquea voyais / œillets masculine, classiqueb lave / braves féminine, non classiquea prunelle / éternelle féminine, classiqueb pas masculine, classiquea Milésienne / aérienne féminine, classiqueb debout / roux masculine, non classiquea pliant / suppliant masculine, classiqueb fourbe / courbe féminine, classiquea enfant / triomphants masculine, non classiqueb Ganymède / remède féminine, classiquea marbre / arbres féminine, non classiqueb ami / demi masculine, classiquea fis / surpris / défis masculine, classiqueb frénétique / nostalgique féminine, classiquec lyriques / antiques féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 2.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

55 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les vivants et les morts, Paris, ARTHÈME FAYARD et Cie, ÉDITEURS, 1913· numérisation inlibroveritas.net· Sources