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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les Vivants et les Morts, 1913· II Les climats

Je n’ai vu qu’un instant…

Anna de Noailles· strophes variées, alexandrins, 50 vers

Je n'ai vu qu'un instant‖ les pays beaux et clairs,Sorrente, qui descend,‖ fasciné par la mer,Tarente, délaissé,‖ qui fixe d'un œil vagueLe silence entassé‖ entre l'air et les vagues ;Salerne, au cœur d'ébène,‖ au front blanc et salé,Où la chaleur palpite‖ ainsi qu'un peuple ailé ;Amalfi, où j'ai vu‖ de pourpres funéraillesQu'accompagnaient des jeux,‖ des danses et des chants,Surprises tout à coup,‖ sous le soleil couchant,Par les parfums, croisés‖ ainsi que des broussailles…Foggia, ravagé‖ de soleil, étonnéDe luire en moisissant‖ comme un lis piétiné ;Pompéi, pavoisé‖ de murs peints qui s'écaillent ;Paestum qu'on sent toujours‖ visité par les dieux,Où le souffle marin‖ tord l'églantier fragile,Où, le soir, on entend‖ dans l'herbage fiévreuxCe long hennissement‖ qui montrait à Virgile,Ébloui par son rêve‖ immense et ténébreux,Apollon consolant‖ les noirs chevaux d'Achille…

— Ces rivages de marbre‖ embrassés par les flots,Où les mânes des Grecs‖ ensevelis m'attirent,Je ne les ai connus‖ que comme un matelotVoit glisser l'étendue‖ au bord de son navire ;Ce n'était pas mon sort,‖ ce n'était pas mon lotD'habiter ces doux lieux‖ où la sirène expireDans un sursaut d'azur,‖ d'écume et de sanglot !Loin des trop mols climats‖ où les étés s'enlizent,C'est vous mon seul destin,‖ vous, ma nécessité,Rivage de la Seine,‖ âpre et sombre cité,Paris, ville de pierre‖ et d'ombre, aride et grise,Où toujours le nuage‖ est poussé par la brise,Où les feuillages sont‖ tourmentés par le vent,Mais où, parfois, l'été,‖ du côté du levant,On voit poindre un azur‖ si délicat, si tendre,Que, par la nostalgie,‖ il nous aide à comprendreLa clarté des jardins‖ où Platon devisait,La cour blanche où Roxane‖ attendait Bajazet,La gravité brûlante‖ et roide des VestalesQu'écrasait le fardeau‖ des nuits monumentales ;La mer syracusaine‖ où soudain se répand— Soupir lugubre et vain‖ que la nature exhale,Le cri du batelier‖ qui vit expirer Pan…— Oui, c'est vous mon destin,‖ Paris, cité des âmes,Forge mystérieuse‖ où les yeux sont la flamme,Où les cœurs font un sombre‖ et vaste rougeoiment,Où l'esprit, le labeur,‖ l'amour, l'emportement,Élèvent vers les cieux,‖ qu'ils ont choisis pour cible,Une Babel immense,‖ éparse, intelligible,Cependant que le sol,‖ où tout entre à son tour,En mêlant tous ses morts‖ fait un immense amour !

Versification

Forme
Strophes variées
Rimes
10[aa] 1[abbacca] 1[ababab] 1[ababcbc] 1[abbaa] 1[aabab]
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a clairs / mer masculine, non classiqueb vague / vagues féminine, non classiquec salé / ailé masculine, classiqued funérailles / broussailles / s'écaillent féminine, classiquee chants / couchant masculine, non classiquef étonné / piétiné masculine, classiqueg dieux / fiévreux / ténébreux masculine, non classiqueh fragile / Virgile / d'Achille féminine, classiquea flots / matelot masculine, classiqueb m'attirent / navire / expire féminine, classiquec lot / sanglot masculine, classiqued s'enlizent / grise / brise féminine, non classiquee nécessité / cité masculine, non classiquef vent / levant masculine, classiqueg tendre / comprendre féminine, classiqueh devisait / Bajazet masculine, non classiquei Vestales / monumentales / exhale féminine, classiquej répand / Pan masculine, classiquek âmes / flamme féminine, classiquel rougeoiment / l'emportement masculine, classiquem cible / intelligible féminine, classiquen tour / amour masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.5· écart moyen à la rime classique 1.8

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

50 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les vivants et les morts, Paris, ARTHÈME FAYARD et Cie, ÉDITEURS, 1913· numérisation inlibroveritas.net· Sources