Sonnets et poésies, 1875· Première partie Sonnets publiés en 1835
Malédiction
Paris est comme un fleuve au cours rapide et fort.Je m’y suis élancé plein d’ardeur et de joie ;Mais, débile nageur, des flots je suis la proie,Et mon bras à les vaincre épuise un vain effort.
Le dur courant m’emporte et m’éloigne du bord.— « Au secours ! au secours ! ! au secours ! ! ! je me noie ! »J’ai beau lutter, je roule au remous qui tournoie :Je vais être englouti. Mais que leur fait ma mort ?
Ceux qu’un heureux hasard, leur force ou leur courage,A tirés du péril et poussés au rivage,Passent, sans écouter mes cris désespérés.
S’il faut qu’en plein soleil meure ainsi le Poëte,Sous l’œil indifférent de ces gens affairés,Puisse mon sang un jour retomber sur leur tête !
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Sonnets et poésies, Nantes - Paris, V; FOREST ET ÉM. GRIMAUD - Alphonse LEMERRE, 1875· numérisation gallica.bnf.fr· Sources