Chant du soir, 1917
A ma mère
SUR son front refroidi je viens de déposerPour la dernière fois un filial baiser,Et, penché sur la couche où gît l’inanimée,J’ai contemplé sa lèvre à tout jamais fermée.Ému, j’ai cru saisir dans son regard éteint,L’aube de l’au-delà qui scelle son destin.Oh ! si je n’avais point l’espoir d’une autre vie,Si celle que je pleure et qui nous fut ravieDescendait tout entière au fond du trou béant,Sa poussière à la tombe et son âme au néant,Je dirais au Seigneur : * ’A quoi sert sur la terreD’être épouse fidèle et d’être bonne mèreSi pour tant de soucis et tant de dévouementsIl ne reste de nous que de vils ossements ? "Oh ! non, Dieu de bonté, cela n’est pas possible ;Ton cœur est plein d’amour si ton bras est terrible,Et ceux que tu fis naître ont droit à ta pitié !Je t’en supplie au nom du Grand Crucifié,Pour éclairer mon deuil d’un rayon d’espérance,Faire taire le doute et calmer la souffrance,Permets que je la voie, ô douce vision !Contemplant pour toujours les splendeurs de Sion.
22 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Chant du soir, Arthabaska, Impr. de l’Union, 1917· numérisation archive.org· Sources