Chant du soir, 1917
Impromptu
Sur réception de mon diplôme
NON, ce n’était pas un fantôme.Un sylphe dans l’air emportéIl existait ce cher diplôme,Malgré mon incrédulité.
Et dans son langage admirableIl montre en pleine frondaisonNotre antique feuille d’érableOrnant notre jeune blason.
Pour plaire aux yeux mille arabesquesS’entremêlent aux lettres d’or,Et leurs caprices pittoresquesPont au diplôme un gai décor.
Quand je le tirai de sa tige— J’en fais candidement l’aveu —Mon cœur comme pris de vertigeFaisait ma main trembler un peu.
Pensez ! un auteur sans diplôme !Mieux vaut un chef sans escadrons,Mieux vaut un prince sans royaume,Un maître coq sans ses chaudrons !
Rien à payer ! Quelle surprise !J’en suis encor tout interdit.Siècle vénal que l’on méprise,Je mets le fait à ton crédit.
Ce diplôme — je n’ose y croire —On dit que je l’ai mérité.Est-ce l’aurore de la gloire ?J’en doute, il m’a si peu coûté !
Or, la gloire coûte la vie,Et ma foi je me porte bien.Pour vivre vieux j’ai bonne envieDe n’écrire plus jamais rien.
Le paysan dort sur le chaumeEt le soldat sur son laurier ;Moi je m’endors sur mon diplômeChacun choisit son oreiller.
Mon fils est là qui me surveilleIl est encor là près de moi.C’est l’encre d’or qui l’émerveille.Papa, pourquoi cet or, pourquoi ?
Dans leur attention discrèteEt de l’or sachant la valeur,Ils ont voulu que le poèteEn connut du moins la couleur !
44 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Chant du soir, Arthabaska, Impr. de l’Union, 1917· numérisation archive.org· Sources