Chant du soir, 1917
L’Orangisme en Colère
POUR obtenir la paix faut-il courber la têteEt laisser s’épuiser l’effort de la tempête ?Mais non, il faut lutter et lutter jusqu’au bout.Pour être sûrs de vaincre il faut rester debout !Et forts de notre droit en face de l’orage,Avoir, non point la peur mais un noble courageQui, se dressant devant l’orangisme brutal,Veut qu’un peuple soit libre en son pays natal.Il faut, pour obtenir la paix, quoiqu’il advienne,Que l’ennemi maté malgré lui se souvienneQu’avant lui sur es sol rougi de notre sangDe la Gaule on parlait le verbe éblouissant ;Que nous, les descendants d’une race héroïque,Nous, les premiers colons sur ce sol d’Amérique,Nous devons garder pur, comme un dépôt sacréLégué par nos aïeux, ce verbe vénéré.Et qu’ils sachent enfin que pour ce droit de vivreVont lutter sans merci tous ceux qui vont survivre,Comme ceux de la veille et ceux-là d’aujourd’hui,Jusqu’au jour où la paix bien gagnée aura lui.S’il faut lutter, vingt ans, trente ans, luttons, quand mêmePour garder chez l’enfant le doux parler qu’il aime.Et pendant ce temps-là notre nombre tripléSe dressera devant l’orangisme affolé.Formuler cet espoir, ce n’est point un vain rêve,Car l’Ontario nouveau, sans relâche et sans trêve,Se peuplant de nos gars, sera notre rempartContre le vent mauvais qui souffle d’autre part.
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Chant du soir, Arthabaska, Impr. de l’Union, 1917· numérisation archive.org· Sources