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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Chant du soir, 1917

La Journée de l’Enfant

Adolphe Poisson· 90 vers

I Chante

L’AUBE blanchit le ciel, c’est l’heureOù sa pâle lumière effleureLes épis d’or de la moisson,Pendant que dans les bois en fêteL’oiseau joyeux s’éveille et jetteSa plus ravissante chanson.

L’oreille surprend dans la plaineLes voix dont la nature est pleine,Murmures descendus du ciel ;Il faut chanter, Irma, la blonde,Toi qui ne connais de ce mondeNi l’amertume, ni le fiel.

Oui, chante, enfant, le Seigneur aimeTon front qu’orne le diadèmeDe l’innocence et du bonheur.Que ta voix chantant ses louangesSe mêle aux douces voix des anges ;Ici-bas n’es-tu pas leur sœur ?

II Cours

Cours, va rejoindre tes compagnes,Allez dans les vertes campagnesEt fatiguez-vous à loisir.Laissez la brise et ses caressesSe perdre dans vos longues tresse »,Vos cœurs se livrer au plaisir.

Cours avec elles, à ton âgeOn est sans souci de l’orageQui frappe les fronts orgueilleux ;Tu te ris bien de la tempêteQui ne fait qu’effleurer ta têteSans troubler l’azur de tes yeux.

Cours, ce qu’il te faut c’est l’espaceUn rayon de soleil qui passeJetant l’or dans tes cheveux blonds,Un nid d’oiseau dans la ramure,Du ruisseau le coquet murmureEt de l’herbe plein les vallons.

Puis le sourire de ta mèreQuand de retour à la chaumièreTu te reposes de tes jeux,Sans te douter, petite reine,Qu’elle voit la beauté sereineDe ton âme dans tes yeux bleus.

III Ris

La joie est brève sur la terreRis pendant que tu peux le faireSans aucun ride sur ton front.Avant que l’heure des souffrancesVienne, brisant tes espérances,Marquer la place où tous iront.

Quand viendra l’heure où dans ton âmeS’allumera la pure flamme,Don du ciel qu’on nomme l’amourAlors adieu douces pensées.Et les larmes que j’ai verséesTu les verseras à ton tour.

IV Prie

L’ombre descend sur la colline,La bruyère déjà s’inclineSous la tiède haleine des nuits ;L’astre du soir au ciel s’allume ;Sous les bois, sous le toit qui fumeSe taisent les chants et les bruits.

A genoux et que ta paroleVers l’Être suprême s’envoleComme l’encens de nos autels.Pour t’écouter, colombe blanche,Ne sais-tu pas que Dieu se pencheDu haut des parvis immortels ?

Enfant, ne mêle à ta prièreAucun regret, ni plainte amère ;Exalte, chante et bénis Dieu,Et ta louange si candide,Comme une légère sylphide,S’envolera vers le ciel bleu.

V Dors

L’eau du rocher seule murmure ;La brise meurt sous la ramure ;Chère, c’est l’heure du sommeil,Et près du lit où tu reposesJe vois déjà des rêves rosesSe poser sur ton front vermeil.

Ton repos est pur et paisibleCar tu n’as pas servi de cibleAux traits empoisonnés de fiel.Quand tu dors on te voit sourireAux anges qui viennent te direLes^récits merveilleux du ciel.

Repose en paix, tête bénie ;Tu ne connais point l’insomnieNi songe affreux pour t’effrayer,Et le matin, quand tu te lèvesTu n’as toujours que de beaux rêvesA raconter près du foyer.

90 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Chant du soir, Arthabaska, Impr. de l’Union, 1917· numérisation archive.org· Sources