Chant du soir, 1917
Le supplément
A l’abbé Edmond Buisson qui était alors curé d’Arthabaska
J’OUBLIAIS que par mandementDe l’an dernier le supplémentAvait souffert d’un règlementQui le gonflait honnêtement,J’ajoute : à notre détriment.Or, l’autre jour, tout bonnement,Peut-être même étourdiment,Je vous payai le supplémentSans réfléchir aucunementA ce tout récent changement,Croyant avoir assurémentFait ma part généreusement.Si vous aviez été normand.Ou juif, ou même seulementUn curé comme, rarement,On en rencontre, un peu gourmand,Vous auriez alors poliment,En même temps que carrément,Sans colère et sans truchement,Réclamé tout le supplémentEn me mettant complaisammentAu courant de ce règlement.Mais non, vous avez gentimentTouché le maigre rendementSans un mot de dissentiment,Sans le moindre ressentiment ;Et je crus fort naïvementM’être acquitté complètement.Depuis lors, sans aucun tourment,Je dormais pacifiquement,Quand, ce matin, heureusementEt tout providentiellement,Un ami qui jamais ne ment(Voyez-vous ça communément),Et qui parle assez sensémentAux heures de désœuvrement,Me rappela le mandement ;Jugez de mon étonnement !Et de mon ahurissement !Aussi sans perdre un seul moment,J’accours parfaire le paiementEt tiens à vous dire commentM’arriva ce désagrémentQue je regrette amèrement.J’aurais voulu tout en rimantFinir quelque peu sensément,Pour ne pas dire : finement,Mais grâce à ces rimes en mentDont j’ai fait choix dans un momentOu de spleen, ou d’égarement,Je le puis difficilement.J’essaie à tout événementA finir pas trop bêtement,Vous priant bien sincèrement,Malgré ce discours assommant,De croire à l’entier dévouementDe celui qui signe humblement.Du bureau d’enregistrement.
3 août 1893.
58 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Chant du soir, Arthabaska, Impr. de l’Union, 1917· numérisation archive.org· Sources