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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Chant du soir, 1917

Le Nouveau Collège d’Arthabaska

Poème lu lors de l’inauguration, le 29 août 1906

Adolphe Poisson· 64 vers

UN jour j’avais rêvé qu’au pied du Mont ChristoIl surgirait plus tard une noble demeure ;Quelle forme aurait-elle ? Un collège ? Un château ?Un asile où l’on prie ? Un hospice où l’on pleure ?

Ce rêve fantaisiste, à peine dessiné,Voilà qu’il a pris corps et qu’il se réalise,Et je vais promenant mon regard étonnéDu clocher du collège au clocher de l’église.

Ce clocher tout luisant est, je crois, très discret ;Nul carillon n’y sonne et seul l’oiseau s’y loge,Et le merle pillard et le chardonneretDe leur nouvel abri chantent en chœur l’éloge.

Ils croient, les chers petits, que c’est exprès pour euxQue l’homme a préparé ce nid si confortableQui les met à l’abri des pas aventureux,Les soustrait au regard de l’enfant redoutable.

Mais au premier réveil de la cloche d’airain -Vous verrez ces oiseaux, aux nids pourtant fidèles,Dirigeant leur essor vers le grand ciel serein,Laisser la campanile et fuir à tire d’ailes.

La flèche du clocher est svelte mais vraimentLa croix ne semble point franchement catholique ;Le cercle qui l’étreint accidentellementA, je le dis tout bas, presque un air hérétique.

Mais un jour une main charitable viendra,Par le remords poussée, enlever cet insigne,Et la croix soulagée à l’instant paraîtraS’élancer vers le ciel, plus alerte et plus digne.

Mais à part ce défaut l’édifice est parfait ;On y trouve partout de l’air, de la lumière,Ensemble de bien être et de calme qui faitQu’on sort de là le cœur plus fort, l’âme plus fière.

Sans jamais espérer, un jour être à l’honneur,On vous voit toujours prêts au travail, à la peine,Quelque soit le fardeau, vous le portez sans peur,Le cœur toujours joyeux, l’âme toujours sereine.

Dès le premier appel merci d’être venusA l’heure où nous étions plongés dans la détresse ;Et des nôtres de suite on vous a reconnusCar vous êtes chez vous où pousse la jeunesse.

Et dans cette maison, nouvelle Alma-Mater,Qui nous ouvre aujourd’hui ses portes toutes grandes,Demain nous entendrons la voix du magisterMesurée à l’éloge et douce aux réprimandes.

Lorsqu’aujourd’hui, le doute envahit les esprits,Infusez dans les cœurs un souffle d’espéranceEt faites que malgré la haine et le méprisSe conserve chez nous le doux parler de France.

On y trouve surtout de grands éducateurs :Des hommes de devoir, amis de la jeunesseQui toujours, défaisant l’œuvre des faux rhéteurs,Travaillent sans repos, sans regret, sans faiblesse.

Aussi parmi nous tous soyez les bienvenus,O dignes successeurs du grand Saint de la Salle,Apôtres dont l’ardeur vous a tous soutenusEt dont l’ombre aujourd’hui plane sur cette salle.

Soyez les bienvenus pour la tâche à remplir,Soyez les bienvenus pour tout le bien à faire ;Ce qu’on attend de vous, vous saurez l’accomplirEt toujours faire grand dans votre étroite sphère.

L’œuvre que vous allez continuer iciEst une œuvre de foi, d’amour et d’espérance.Faire des hommes c’est votre unique souci ;Puissiez-vous réussir comme dans l’autre France.

64 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Chant du soir, Arthabaska, Impr. de l’Union, 1917· numérisation archive.org· Sources