Chant du soir, 1917
Les Ennuis de Chamberlain
Vers écrits lors de la guerre des Boers
J’ARRIVE au Colonial OfficeBien sûr dans un mauvais momentOù tout ce que peut l’artificeDoit être employé savamment.Partout les nations hautaines,Préparant de traîtres assautsDe nos possessions lointainesConvoitent les plus beaux morceaux.
Faut-il souffrir ces avanies,Endurer ces cruels affronts ?Plier le dos, courber nos fronts ?Tout n’est pas rose aux colonies.
L’Europe en armes et jalouseDe notre empire colonial,De tous nos ennemis épouseLe sans-gêne proverbial.L’ours du nord a levé la tête,Pendant que la France au Congo,Voulant arrondir sa conquête,Contre nous s’en donne à gogo.
Faut-il souffrir ces avanies ? etc.
Maîtres des mers et de la terre,De la Guianne nous voulionsReculer un peu la frontièreSans mauvaises intentions,Lorsque soudain ouvrant ses serres,L’aigle américain irritéDe nous mêler de nos affairesNous a poliment invité,
Faut-il souffrir ces avanies ? etc.
Est-ce notre faute à nous-autresSi nous avons grand appétitEt si partout ce sont les nôtresQui se font servir le rôti ?Pendant que le pays digèreUn morceau trop vite avaléAu Siam, honte passagère,Mon prédécesseur fut roulé.
Faut-il souffrir ces avanies ? etc.
Je croyais que mon ministèreVite allait changer tout cela,Malheur ! Voici que l’AngleterreTombe de Charybde en Scylla.Les Achantis. les MatabèlesNous ont donné quelque souci,Mais à ces peuplades rebellesNous avons fait crier : merci.
Faut-il souffrir ces avanies ? etc.
Le Transvaal, ô flétrissure !Est en plein dans le mouvementEt pour moi c’est une blessureQui va guérir bien lentement.Ces Boers, qui pouvait s’attendreA les voir si récalcitrantsQuand nous ne voulions qu’entreprendreDe déniaiser ces ignorants.
Faut-il souffrir ces avanies ? etc.
Pour ce bienfait qu’on leur apporteEn échange des mines d’orAu nez ils nous ferment la porteEt bravent le lion qui dort.Partis comme pour une fêteNos troupiers se sont aperçus,Après défaite sur défaite,Que les Boers ont le dessus.
Faut-il souffrir ces avanies ? etc.
Adieu lé joyeux pique-niqueDans les montagnes du Natal !C’est là que l’orgueil britanniqueReçoit un coup rude et fatal.Malgré l’effort de ses géniesLe léopard est impuissantEt fait appel aux colonies ;C’est le premier impôt du sang.
Faut-il souffrir ces avanies ? etc.
Car dans cette impasse où nous sommes,En proie au mépris étranger,Il nous faudrait trois cent mille hommesContre les fermiers de Kruger.Afin de nous couvrir de gloireQuêtons un secours opportun.Nous serons sûrs de la victoireLorsque nous serons dix contre un.
83 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Chant du soir, Arthabaska, Impr. de l’Union, 1917· numérisation archive.org· Sources