Chant du soir, 1917
Les petits paniers
PETITS paniers aux rubans roses,Aux rubans bleus, aux rubans verts,Que l’on suspend aux portes closes,Malgré la rigueur des hivers,
Vous qu’on enlève sans vergogneAux boudoirs bien capitonnés,Tous penauds de votre besogne,Vous nous semblez des condamnés.
Que ce soit de forme carrée,Soyez ovale ou soyez longs,Tous vous nous défendez l’entréeEt des boudoirs et des salons.
Et pendant ce temps-là madame,Les pieds posés sur les chenetsD’où s’échappe une claire flamme,Se rit de nous, pauvres bénets.
Risquant un œil à la fenêtre,Elle nous voit gelés, transis,Paraître et bientôt disparaître,Et se moque de nos soucis.
Qu’il vente, qu’il neige ou qu’il pleuve,Qu’il fasse chaud, qu’il fasse froid,Pour ajouter à notre épreuveC’est un panier qui nous reçoit.
Et d’un geste toujours le même,L’un après l’autre, nous venonsDe porte en porte, comme on sème,Sans dire un mot jeter nos noms.
Mais en dépit de ces disgrâces,Tous du premier jusqu’au dernier,Nous songeons : Minois plein de grâcesPourtant vaut bien mieux qu’un panier.
Et vous en convenez vous-mêmes ;Et votre but est, je le crois,Nous faire faire un court carême,Du premier l’An jusqu’aux Rois.
Mais après cette promenadeQue nous promet le lendemain ?Un bol de chaude limonadeAccompagné d’un tiède bain.
40 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Chant du soir, Arthabaska, Impr. de l’Union, 1917· numérisation archive.org· Sources