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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Chant du soir, 1917

Onze ans plus tard

Adolphe Poisson· 36 vers

O bourdon des Bois-Francs, qu’es-tu donc devenuAprès avoir été jadis le bienvenu ?Serait-ce, vieille cloche, un acte autoritaireQui t’aurait sans pitié condamnée à te taire ?Ou serait-ce plutôt quelque clocher jalouxDe ton timbre si pur, si limpide et si doux,Qui, souffrant de t’entendre, ô chanteur d’un autre âge,Ne peut pas endurer ton humble voisinage ?O bourdon dans l’oubli, je comprends ton tourmentD’entendre du clocher voisin, à tout momentUne cloche narguer ton étrange mutisme ;Et je pleure tout bas de ce favoritisme.Car tout près, sous les pins, tu comptes un amiQui voudrait réveiller le battant endormiEt qui rêve tout bas qu’une main courageuseFaisant vibrer encor ta note harmonieuse,Sans tarder brisera ton silence trop longEn nous faisant goûter un nouveau carillon.

Rappelle-toi là-bas tes nobles envoléesQue l’écho renvoyait de vallées en vallées.Et moi qui t’aurai vu venir avec l’espoirDe t’entendre souvent je souffre de te voirMuet quand tu pourrais à la gent juvénileMarquer l’heure du haut de l’humble campanile.Je crains que les oiseaux chassés par toi jadis,Croyant trouver encor un nouveau paradis,Reviennent, au printemps, y fixer leur demeure.Hâte-toi de sonner sans attendre cette heure.Si tu restes muet les merles reviendront,Et ce sera pour toi le plus cruel affrontDe voir la campanile, à la tâche infidèle,Laisser la place libre au nid de l’hirondelle.Vite, réveille-toi, sonne, je t’en supplie,Et si je m’aperçois que toujours l’on t’oublieEn te laissant dormir d’un repos sans honneur,Par amitié pour toi je me ferai sonneur !

36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Chant du soir, Arthabaska, Impr. de l’Union, 1917· numérisation archive.org· Sources