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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Chant du soir, 1917

Salut à sherbrooke

Poème lu au stadium de cette ville le 27 juin 1908

Adolphe Poisson· 64 vers

SUR, les bords enchanteurs du St-François se dresseLa reine des Cantons, la bruyante cité,Et dans ces jours bénis la foule qui s’y presseSalue avec transport son hospitalité.

Ici le dualisme a créé des merveilles ;Aussi Sherbrooke, né de ce commun effort,A surgi comme exemple à des cités plus vieillesQui, fières du passé, n’ont point son large essor.

Descendants vigoureux de deux puissantes racesDont la cordiale entente a comblé tous les vœux,Vous suivez sur ces bords leurs immortelles traces,Et les fils d’aujourd’hui sont dignes des aïeux.

Pour les œuvres de paix vous travaillez ensemble,Jouissant sans orgueil des travaux accomplis,Sans chercher quel drapeau sous ce toit vous rassembleEt quelle est la couleur qu’il cache dans ses plis.

Nobles fils d’Albion, rejetons delà France,Qui rêvez pour la ville un brillant avenir,Vous portez dans vos cœurs une même espéranceSans partager jamais le même souvenir.

Car vous avez compris qu’aux champs de l’AmériqueVous êtes appelés à des destins nouveaux ;Ce n’est plus aujourd’hui cette lutte homériqueTeignant d’un noble sang les étendards rivaux.

Non, ce n’est plus le temps du sabre et de l’épée,Non, ce n’est plus la haine et ce n’est plus la mort.Puisque deux races vont, pacifique épopée,En mêlant leurs drapeaux mêler aussi leur sort.

En visitant hier vos puissantes usines,Étonnés, l’on s’est dit, sans en être jaloux :" C’est, bien là le champ clos où deux races voisines,Émules de la paix, se donnent rendez-vous. "

Que tu sois à l’usine ou que tu sois au temple,Oui, l’étranger t’admire, ô vaillante cité ;A tous les bourgs voisins tu sais donner l’exempleEt par ta tolérance et ton activité.

Hélas ! Arthabaska n’est pas aussi pratique ;Poètes, orateurs, peintres, musiciens,Valent moins pour créer la fortune publiqueQue tes ingénieurs et tes mécaniciens.

Pourtant tu sais encore aux jours de grande fêteUn instant faire trêve au travail journalier,Car elle peut encore écouter le poèteL’oreille accoutumée au bruit de l’atelier.

Aussi dans ce beau jour où la même penséeFait battre tous les cœurs, exalte les cerveaux,O qu’il fait bon de voir cette foule empresséePour fêter le passé suspendre les travaux,

O qu’il fait bon de voir ces fils de nobles racesCheminer cœur à cœur et la main dans la main,Viser le même but, avoir mêmes audacesEt songer tous les deux au même lendemain.

Ne te désoles pas de n’avoir pas l’histoire,Ni grands noms à jeter à notre souvenir.Ton présent n’est-il pas un présage de gloireQui nous fait entrevoir un brillant avenir ?

Au nom d’Arthabaska dont je suis l’interprète,Au nom de tous ceux-là qui t’admirent chez nous,Au nom de ceux encor qui pour te faire fêtePar milliers sont venus à ce gai rendez-vous,

Je viens, moi, l’humble barde, oublieux de la prose,T’offrir avec émoi ces vers, si tu les veux,Et, frêle note au sein de cette aposthéose,Te crier nos bravos et t’apporter nos vœux.

24 juin 1908.

64 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Chant du soir, Arthabaska, Impr. de l’Union, 1917· numérisation archive.org· Sources