Chant du soir, 1917
Si j’étais
SI j’étais riche j’emploieraisMon or à de belles dentellesJ’aurais les chapeaux les plus fraisEt les modes les plus nouvelles.Je me couvrirais de bijoux,Et de cet or loin d’être chiche,Avec je ferais des jalouxSi j’étais riche !
Si j’étais jeune je sauraisEmployer bien mieux mes journées.Je serais prudente et j’auraisMieux soin de mes pâles années.J’éviterais le moindre excèsDans les plaisirs et dans le jeûne ;J’apprendrais un peu de françaisSi j’étais jeune !
Si j’étais belle je voudraisM ’amuser à mille conquêtesJ’aurais plaisir pannes attraitsA voir pâlir les plus coquettes.Je me parerais avec artPour séduire le plus rebelle ;Je n’aurais pas besoin de fardSi j’étais belle !
Si j’étais fine j’emploieraisMon esprit à mainte malice,En gerbes je le lancerais,Véritable feu d’artifice !J’étonnerais par mes discours,Ma gaîté, ma grâce badineEt j’en userais tous les joursSi j’étais fine !
Si j’étais bonne je verraisSur moi s’exhaler moins de bileEt peut-être je trouveraisUn vieux garçon pas difficile.Les pauvres plus souvent viendraientMe demander un peu d’aumôneEt les mains pleines s’en iraientSi j’étais bonne !
40 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Chant du soir, Arthabaska, Impr. de l’Union, 1917· numérisation archive.org· Sources