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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Chants canadiens, 1880

A Monsieur Fabien Vanasse, M. P

Adolphe Poisson· 92 vers

Non fecit taliter omni nationi.

I

Jaloux de ses grands noms, tout peuple a son histoire,Et nous avons la nôtre écrite avec du sang.Nous avons traversé deux siècles de victoire,Nuage enveloppant de fumée et de gloireTout un peuple naissant.

Évoquons aujourd’hui dans la fète publiqueTous les vieux héros morts qui furent nos aïeux,Lançons aux quatre coins de la grande AmériqueLeurs exploits immortels et leurs noms glorieux !Nommons avec orgueil le brave d’Iberville,Le noble Frontenac, l’audacieux Cartier,Daulac, l’humble héros, Verchères, la virile,Qui parmi tous ces preux marche le front altier.

Saluons un grand nom dont la Patrie est fière ;Québec, le vieux Québec est l’œuvre de Champlain.N’oublions pas Lévis ! Dans sa gloire éphémèreL’audacieux faillit un jour rendre la mèreA son fils orphelin.

Sur nos rives la croix lutta près de l’épée ;Brébeuf et Lallemant brillent près de Laval,Et plus humble au milieu de la grande épopée,Le pieux Maisonneuve est nommé leur rival.Pionniers immortels, l’aventureux LaSalle,Marquette et Joliet, dans des pays nouveaux,Lèguent avec orgueil, ô l’œuvre colossale !Tout un monde à la France, au progrès leurs travaux.

Quels combats glorieux près de ces noms magiques !Écoutez le canon de Monongahéla !Dans ces champs labourés par des mains pacifiques,Encor remplis du bruit de ces temps héroïquesL’étranger dit : c’est là !

Époque solennelle où l’héroïsme abonde,Où, sauvant son drapeau qui n’est plus qu’un haillon,La France fait surgir de sa veine fécondeLa Tour à Port-Royal, Montcalm à Carillon !Où plus tard, devenus les vrais fils de nos pères,Nous versions notre sang tant de fois prodiguéQuand, chassant l’ennemi de nos plaines prospères,Salaberry vainqueur nous donnait Châteauguay !

O mon noble pays, quel passé magnifique !Quels merveilleux récits à dire à tes enfants !Le sang de tes héros par toute l’AmériqueJadis a fécondé, du Golfe au Pacifique,Leurs traces de géants !

Par tout le continent, le long des vastes fleuves,Au fond des bois épais se dresse un souvenir,Et suprême leçon, de ces grands jours d’épreuves,Le passé déjà vieux enseigne à l’avenir.De nos illustres morts la renommée accrue,Cherchant leurs vieux tombeaux, proclame leur succès.Jusqu’au fond des déserts le soc de la charrueRemue à chaque instant des ossements français !

II

Après tous ces grands noms exhumés entre milleO frères, saluons encore avec respectLes Bédard, les Viger, l’éloquence virileAprès le sabre et le mousquet.

N’allons pas oublier dans ce jour de mémoirePapineau, le tribun, et le second Cartier.Des vertus de Laval ainsi que de sa gloirePlessis fut le noble héritier.

DeLorimier, Duquet, Cardinal, ô victimesDont le patriotisme avait armé le bras,Vous aviez des vertus ; on les nomma des crimes…Et le crime mène au trépas !

Martyrs de la patrie, âmes grandes et fortes,Patriotes taillés pour faire des héros,Vous avez fait trembler de superbes cohortesPour tomber devant les bourreaux !

Quel moment glorieux quand notre Lafontaine,Calmant les flots grondants du peuple révolté,Força sans coup férir Albion la hautaineA nous donner la liberté !

Inclinons- nous aussi sur des tombes modestes,Sur vous qui de l’histoire avez scruté les plis,Liverdière, Garneau, Ferland, ô nobles restesSous le travail ensevelis.

Saluons en passant la sainte poésie,Rappelons-nous les chants d’un barde harmonieux ;Que la Patrie en pleurs te place, ô Crémazie,Parmi ses enfants glorieux !

III

Soyons fiers ! nous avons un passé sans exemple,Rempli de grands exploits et de hautes leçons.A nos nobles aïeux la gloire ouvre son temple ;C’est à nous, leurs enfants, d’y buriner nos noms.

De ce passé géant rien ne manque à la gloire.Le poète surgit pour chanter le guerrier ;Nous avons l’éloquence et nous avons l’histoire.Et la palme repose à côté du laurier.

Scrutons avec orgueil ces immortelles pages,En n’oubliant jamais de nous ressouvenirAux héros du passé, dans les grands jours d’orages,Répondront aussitôt les proux de l’avenir !

92 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Chants canadiens à l’occasion du 24 juin 1880, Québec, P.-G. DELISLE, 1880· numérisation books.google.fr· Sources