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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Chants canadiens, 1880

A nos hotes français

Adolphe Poisson· 36 vers

La France se souvient ! La France nous envoieDe glorieux enfants. De par delà les mersIls viennent sur ces bords partager notre joieComme autrefois nos grands revers !

La France se souvient que l’arbre séculaire,Secoué par les vents dans des jours malheureux,Vit tomber de son tronc robuste et musculaireUn rameau jeune et vigoureux.

Plongée un siècle entier dans ses fréquents orages,Elle avait oublié le peuple délaissé.Rien ne la rappelait vers nos humbles rivages,Elle qui brisait son passé !

Mais le ciel est moins noir et l’orage s’apaise !La France a pris le temps de se ressouvenir !Étonnée, elle voit sous la bannière anglaiseDes fils nombreux se réunir !

Nous vous saluons tous, grands citoyens de France ;Vous êtes nos amis et nos frères ainés,Après avoir été la dernière espérance.De nos héros abandonnés !

Vous ne revenez pas avec le lourd tonnerreComme vous attendait le vieux soldat mourant ;Vous venez célébrer la fète centenaireDes joyeux fils du Saint- Laurent.

Vous venez entourés d’un reflet pacifique,La foudre dort aux flancs de vos larges vaisseauxEt vous jetez aux vents de la jeune Amérique,Sans la troubler, vos vieux drapeaux !

Contemplez notre force et comptez notre nombreEt dites à la France, enviant nos succès,Ce que peut accomplir sous la verge et dans l’ombreL’héroïsme chrétien, le courage français !

Car nous avons la foi, car nous avons la sèveQui font les peuples forts, les rameaux vigoureux.Aussi sur cette rive un peuple entier se lève ;Les flots du Saint- Laurent ne sont pas plus nombreux.

36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Chants canadiens à l’occasion du 24 juin 1880, Québec, P.-G. DELISLE, 1880· numérisation books.google.fr· Sources