Heures perdues, 1894
Aurea Mediocritas
Quand l’homme d’état cherche, ô fardeau qui le ploie !À combler du budget l’énorme déficit,Moi, dans mon rôle obscur, je répète avec joie :Deus hæc otia fecit !
Mais ce n’est pas le dieu d’Horace ou de Virgile,Un mortel comme moi qui tombera demain.Mon bonheur ne tient pas dans un vase fragileQui peut se briser dans ma main !
Je n’ai pas à courber le front devant Mécène.Libre de tout souci, j’accomplis mon devoirSans jamais m’informer, en secouant ma chaîne,Si mon œuvre plait au pouvoir.
Le Dieu qui m’a donné cette douce retraite,Ce repos bienfaisant et ces graves loisirsN’eut pour me rendre heureux, dans son œuvre discrète,Qu’à borner un peu mes désirs.
Or voilà le secret du bonheur sur la terre.Désirez peu ; la joie illumine vos fronts.Plus que les vins mousseux l’eau du roc désaltèreLa rude soif des vignerons !
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Heures perdues, Paris, Imprimerie générale A. Côté, 1894· numérisation wikisource.org· Sources