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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Heures perdues, 1894

L’hospitalité du poète

Adolphe Poisson· 48 vers

Le silence s’est fait dans mon humble demeure,Les enfants sont partis, les ormes effeuillés ;Et parmi les débris d’un bel été je pleureMes petits oiseaux envolés.

Les vents doux qui faisaient courber les tiges vertesEt berçaient les rameaux de l’érable orgueilleuxNe viennent plus le soir aux fenêtres désertesCaresser mes rideaux soyeux.

Tous les chants se sont tus, et cette étroite allée,Où souvent se perdait mon rêve aux ailes d’or,N’a plus de frais ombrage, et voici la geléeQui tisse un blanc linceul à la source qui dort.

Plus rien… Mais, ô bonheur ! sur la neige durcieJ’ai vu s’abattre un soir de petits oiseaux grisQui voltigent par bande et dont l’aile transieLaisse les bois frileux pour de plus chauds abris.

Ils avaient fait leurs nids dans la forêt voisineEt se faisaient l’amour à l’ombre des halliers,Mais la neige est venue, et la troupe mutineFond sur nos toits hospitaliers.

Soyez les bienvenus, hôtes toujours fidèlesQui n’avez pas suivi dans leur rapide essorLes merles oublieux, les folles hirondelles,Et qui restez ici pour partager mon sort !

Je vous ai fait construire une retraite douce.Quand les rameaux plieront sous l’effort des autans,Vous y réchaufferez dans des nids faits de mousseVos petits membres grelottants.

Au lieu de disputer à la nature avareLe petit grain de mil sous la neige oublié,Vous trouverez au nid que ma main vous prépareLe grain de mil multiplié.

Fuyez le trait perfide et l’embûche méchanteQue suspend l’oiseleur aux tiges des roseaux ;Approchez-vous de moi : le poète qui chanteToujours fut l’ami des oiseaux.

Libres vous resterez, car, mes chers petits êtres,Vous aimez comme moi la douce liberté.La cage vous effraie et mes larges fenêtresVous offrent l’hospitalité !

Que le vent de novembre effeuille le bocage,Que la brise de mai ramène les beaux jours,Pour vous c’est la patrie, et votre aile voyageDe ma main bienfaisante au lieu de vos amours.

Soyez les bienvenus, hôtes toujours fidèles,Qui n’avez pas suivi dans leur rapide essorLes merles oublieux, les folles hirondelles,Et qui restez ici pour partager mon sort.

48 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Heures perdues, Paris, Imprimerie générale A. Côté, 1894· numérisation wikisource.org· Sources